Journalistes tués au Mali : "La revendication d'Aqmi masque un ratage"

Al-Qaïda au Maghreb islamique, qui revendique l'assassinat des deux journalistes de RFI, voulait en fait enlever les deux Français, selon Mathieu Guidère, spécialiste du monde arabe.

Un soldat malien patrouille sur une route près de Kidal (Mali), où les deux journalistes français de RFI ont été assassinés le 2 novembre 2013.
Un soldat malien patrouille sur une route près de Kidal (Mali), où les deux journalistes français de RFI ont été assassinés le 2 novembre 2013. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Depuis le début de la crise malienne, Mathieu Guidère, islamologue et spécialiste du monde arabe, suit les évènements heure par heure. Voici sa première réaction après la revendication par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) de l'assassinat des deux journalistes de RFI.

Francetv info : Etes-vous surpris par cette revendication ?

Mathieu Guidère : On l’attendait depuis quelques jours, car les enquêteurs avaient très vite identifié les responsables. En fait, parmi les autres groupes islamistes de la zone, le groupe qui revendique l’assassinat des journalistes de RFI est le seul à ne compter que des Touareg. C’est ce qui explique que les ravisseurs décrits par le témoin au moment de l’enlèvement des Français parlaient le tamachek, la langue des Touareg.

Le nom du chef dont se réclament les signataires de la revendication est connu des services de renseignement. Il s’agit d’Abdelkrim Al-Targui. Il a formé son propre groupe baptisé Al-Ansar, "les soutiens". C’est une succursale d’Aqmi. Il est le neveu d’un autre grand chef de mouvement islamiste, Iyad Ag Ghali, qui, lui, dirige le groupe Ansar Dine. L'assassin présumé des journalistes de RFI est donc bien celui qui a enlevé Philippe Verdon et Serge Lazarevic, le 24 novembre 2011. Depuis, on le sait, Philippe Verdon a été assassiné d’une balle dans la tête. Enfin, c’est ce même groupe qui était impliqué dans la récente libération des quatre ex-otages enlevés au Niger.

Cette revendication constitue-t-elle une menace pour la France dans son ensemble ?

Selon moi, elle traduit une menace préexistante, pas nouvelle et de niveau local. Elle ne se situe pas à une échelle qui dépasserait les frontières maliennes. Qu’après il y ait des récupérations, soit, mais ce ne sont que des exploitations à des fins de propagande. Pour autant, on ne sait toujours pas pourquoi les journalistes de RFI ont été assassinés.

Dans le texte de la revendication, il est fait mention que la mort des Français ne serait qu’une part "de l’addition que paiera le président français et son peuple pour cette nouvelle croisade". Ce serait donc une riposte aux opérations militaires des forces françaises et maliennes. Pour moi, tout cela ne serait qu’une justification a posteriori d’un ratage sur le terrain. Compte tenu des récents évènements, je pense plutôt à quelque chose qui aurait mal tourné, juste après l’enlèvement. La prise d’otages devait être leur premier objectif. Et ensuite, que s’est-il passé ?