Les vingt ans de guerre de BHL

Bernard-Henri Lévy publie mercredi 9 novembre La Guerre sans l'aimer, qui retrace son engagement dans le conflit libyen. Une mobilisation qui n'est pas une première.

Bernard-Henri Lévy attend l\'arrivée de Nicolas Sarkozy à Tripoli (Libye), le 15 septembre 2011.
Bernard-Henri Lévy attend l'arrivée de Nicolas Sarkozy à Tripoli (Libye), le 15 septembre 2011. (ERIC FEFERBERG / POOL / AFP)

La Guerre sans l'aimer. Dans son livre qui paraît mercredi 9 novembre, Bernard-Henri Lévy retrace son engagement dans le conflit libyen. Le succès de l'intervention militaire et le renversement du colonel Kadhafi marquent une forme de consécration pour le philosophe français. Car la guerre est le domaine sur lequel s'engage depuis plus de vingt ans BHL, un temps surnommé le "ministre des Affaires étrangères bis".

• Libérer Sarajevo

En juin 1992, Bernard-Henri Lévy suggère à François Mitterrand, alors président de la République, de soutenir son homologue de Bosnie-Herzégovine, Alija Izetbegović. L'homme est reclus dans la ville assiégée de Sarajevo. Le locataire de l'Elysée y fait une visite surprise les 27 et 28 juin. Un coup d'éclat pour mettre la Bosnie "au cœur de la diplomatie européenne", rapporte Lexpress.fr. BHL pousse son avantage, veut voir en François Mitterrand "le libérateur du pays". Le philosophe veut que la France fournisse des armes aux Bosniaques. Le Président choisit, lui, une voie pacifique. De son séjour, Bernard-Henri Lévy tire, en décembre 1992, un documentaire coréalisé par Alain Ferrari et Thierry Ravalet, Un jour dans la mort de Sarajevo.

• "Bosna !" : "un film de combat" à Cannes

En 1994, BHL présente au festival de Cannes le film Bosna !. Aux côtés de l'armée de Bosnie, il a filmé les combats contre les milices serbes en 1991 et 1994. Le film est très critiqué. Dans "L'heure de vérité" sur France 2, un journaliste du quotidien Le Monde fustige "un film de propagande". "Un film de combat en hommage à la résistance bosniaque", répond BHL.

En 1994 encore, il publie La Pureté dangereuse. Un livre contre la purification ethnique, notamment celle menée au Kosovo. Dans une interview à l'hebdomadaire L'Express, il fait un lien entre intégrisme et pureté.

 • Emissaire en Afghanistan

En février 2002, le président de la République, Jacques Chirac, et le Premier ministre, Lionel Jospin, demandent à Bernard-Henri Lévy de se rendre en Afghanistan. Les Etats-Unis et des pays de l'Otan ont commencé à bombarder le pays en octobre 2001 après les attentats du 11-Septembre. Objectif du voyage de BHL : "évaluer les attentes et les besoins du peuple afghan'", rapporte l'hebdomadaire Le Point, et aider le pays pour la reconstruction culturelle d'un Afghanistan libre. Le journaliste de L'Express Renaud Revel avait alors dénoncé un déplacement digne de l'émission de téléréalité "Loft Story". A son retour en France, BHL présente au président de la République et au premier ministre son rapport, publié par La documentation française et Grasset. Il s'explique sur le plateau de Thierry Ardisson.

Pourquoi avoir nommé le philosophe pour cette mission ? Parce qu'il se targue de connaître l'Afghanistan, notamment parce qu'il s'y est rendu en 1998 pour rencontrer le commandant Massoud, chef militaire opposé à l'occupation soviétique puis au régime des talibans. Une visite d'ailleurs vivement critiquée par Le Monde diplomatique. 

• "Attaquer Saddam Hussein ? Oui, bien sûr"
 
En août 2002, Bernard-Henri Lévy publie une tribune dans Le Monde défendant sans concession la deuxième guerre d'Irak. "Attaquer Saddam Hussein ? Oui, bien sûr. Ce n'est pas ici que l'on défendra ce massacreur de Kurdes et de chiites, ce terroriste, ce mégalomane suicidaire, ce fou, ce Néron actionniste", écrivait-il. La France ne suit pas sa position. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne attaqueront seuls le pays de Saddam Hussein en 2003.

•  Voyage (un peu bidonné) en Géorgie

En août 2008, BHL se rend en Géorgie, plus exactement dans la région séparatiste d'Ossétie du Sud. Emaillé d'inexactudes, son récit dans Le Monde est épinglé par Arrêt sur images et Rue89. Un chercheur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) lui reproche d'avoir repris en totalité la thèse du gouvernement. Or, comme le rappelle le spécialiste, "les nombreuses différences entre la réalité des faits et les déclarations de Bernard-Henri Lévy ont été soulignées par des enquêtes indépendantes". Mais en soutenant la position du pouvoir géorgien, il a suivi la ligne de Nicolas Sarkozy qui, alors à la présidence tournante de l'Union européenne, avait demandé le retrait des troupes russes.

Soutien de l'opération "Plomb durci" d'Israël sur Gaza

En janvier 2009, il publie une note en faveur de l'opération "Plomb durci" dans l'hebdomadaire Le Point alors que l'attaque est très impopulaire en France et que l'ONU accuse Israël de crimes de guerre. Quelques jours plus tard, il publie dans Le Journal du dimanche son carnet de guerre "au cœur de l'opération". Mais il n'y fait aucune mention des accusations d'utilisation de bombes au phosphore blanc par l'armée israélienne. Des munitions pourtant interdites par les Nations unies depuis 1983.


Voyage tardif au Darfour

En 2009, il se rend via le Tchad au Darfour, où la situation humanitaire est alarmante depuis 2003. Il reconnaît que ce voyage est tardif. En effet, en 2007, il réclamait déjà l'arrêt des massacres. Mais il justifie son déplacement par le fait que la Cour pénale internationale a recensé cinquante et un chefs de crimes contre l'humanité : bébés empalés, femmes violées... Il dénonce les prémices d'un nouveau Rwanda.

 

"Chasser Kadhafi et sa petite mafia minable"

Dès le mois de mars 2011, BHL s'engage pour le conflit en Libye. Soucieux de ne pas reproduire l'inaction française dans le drame rwandais et dans le geste tardif de la France à Srebrenica, en Bosnie, il agit. Il affirme avoir réussi à convaincre Nicolas Sarkozy d'intervenir en dépit d'une absence de résolution des Nations unies. Sa détermination est semblable à celle affichée par le chef de la diplomatie française, Alain Juppé. Son ami, Gilles Hertzog, décrit sur le site de La Règle du jeu, la revue de BHL, le rôle éminent du philosophe dans la chute du régime de Kadhafi. Il souligne que c'est lui qui a organisé, au mois de mars, la première rencontre à l'Elysée entre Nicolas Sarkozy et les cadres du Conseil national de transition libyen. "Il faut chasser Kadhafi et sa petite mafia minable", clamait-il alors sur TV5 Monde. 

 

Pour LeJDD.fr, Sarkozy et Mitterrand, c'est "même combat" :  BHL triomphe aux côtés des présidents français, à Tripoli comme à Sarajevo. Toutefois, Courrier international rapporte que son engagement agace certains opposants à Kadhafi, embarrassés par ses habituelles prises de positions pro-israéliennes alors qu'ils sont, eux, des défenseurs des Palestiniens.