Les familles de victimes de l'attentat de Karachi ont nommément accusé jeudi Nicolas Sarkozy

Elles affirment que le chef de l'Etat est "au coeur de la corruption" présumée qui serait, selon elles, le mobile de cet attentat. Lequel avait tué 11 Français dans la cité pakistanaise en 2002.Selon l'Elysée, ces propos "relèvent de la diffamation". M.Sarkozy "se réserve la possibilité d'y donner les suites de droit", ajoute cette source.

L\'attentat de Karachi s\'est produit le 8 mai 2002, tuant 14 personnes, dont trois Français
L'attentat de Karachi s'est produit le 8 mai 2002, tuant 14 personnes, dont trois Français (France 3 Normandie)

Elles affirment que le chef de l'Etat est "au coeur de la corruption" présumée qui serait, selon elles, le mobile de cet attentat. Lequel avait tué 11 Français dans la cité pakistanaise en 2002.

Selon l'Elysée, ces propos "relèvent de la diffamation". M.Sarkozy "se réserve la possibilité d'y donner les suites de droit", ajoute cette source.

Ces propos "ne sauraient être excusés par l'expression de la légitime douleur des victimes ou de leurs ayants droit", ajoute le communiqué de l'Elysée.

"Financement politique", selon les familles
Six familles de victimes de l'attentat de Karachi ont porté plainte à Paris pour corruption contre le club politique créé en 1995 par Edouard Balladur. Elles dénoncent un "financement politique illicite" à l'origine de l'attentat le 8 mai 2002 qui fit 14 morts, dont 11 ingénieurs et techniciens de la direction des Chantiers navals (DCN). Un kamikaze avait précipité une voiture bourrée d'explosifs contre un bus dans lequel circulaient ces salariés. Ceux-ci travaillaient sur place à la construction de sous-marins français de type Agosta.

L'enquête envisage l'hypothèse que des commissions versées sur la vente de sous-marins par la France au Pakistan en 1994 pourraient avoir donné lieu à des rétrocommissions illégales. Le but aurait été de financer l'activité politique d'Edouard Balladur, et notamment sa campagne présidentielle en 1995. Après son élection en 1995, Jacques Chirac avait ordonné l'arrêt du versement de ces commissions.

"La difficulté qu'il y a dans ce dossier, c'est que M. Sarkozy est au coeur de la corruption parce qu'elle a été validée non seulement lorsqu'il était ministre du Budget mais aussi lorsque c'est lui qui menait la campagne présidentielle de M. Balladur", a relevé devant la presse l'avocat de ces six familles, Me Olivier Morice. Cette piste suivie par les juges antiterroristes avait été qualifiée de "fable" par M. Sarkozy en juin.

La fille d'une des victimes, Magali Drouet, a déploré que le chef de l'Etat n'ait pas tenu sa promesse de recevoir les parties civiles chaque année. Il avait reçu les familles en 2008

Une affaire complexe
"Les investigations montrent que ce qui apparaît pour certains, notamment le président Sarkozy, comme étant une 'fable' est malheureusement de plus en plus au vu des investigations une réalité insoutenable pour les parties civiles", a estimé jeudi Me Morice.

Jusqu'à l'année dernière, la piste islamiste était privilégiée. Mais deux islamistes condamnés à mort initialement ont été acquittés en appel au Pakistan. Par ailleurs, le juge français, Marc Trévidic, a mis au jour une nouvelle piste. L'hypothèse désormais privilégiée est qu'une fraction de l'armée pakistanaise a commandité l'action pour punir la France de l'arrêt du paiement des commissions en marge de la vente des sous-marins.

L'arrêt du paiement des commissions a été confirmé publiquement par Charles Millon, ministre de la Défense en 1995. Les plaignants s'appuient notamment sur deux rapports d'enquête privée commandés par la DCN et appelés "Nautilus", et divers documents et auditions du juge d'instruction. Les commissions sur le marché des sous-marins versées à des intermédiaires et des sociétés-écrans et destinées à des décideurs pakistanais étaient d'environ 80 millions d'euros, selon les éléments de l'enquête auxquels Reuters a eu accès.

L'enquête envisage l'hypothèse qu'une partie de l'argent soit revenu en France pour financer la campagne Balladur. Le juge d'instruction Trévidic a recueilli des dépositions prêtant notamment un rôle à ce titre à Renaud Donnedieu de Vabres, qui travaillait alors au ministère de la Défense lorsqu'il était dirigé par François Léotard (entre 1993 et 1995).

Les policiers avaient trouvé à la DCN une note mentionnant l'aval pour la création d'une société off-shore du directeur de cabinet de M. Balladur à Matignon, Nicolas Bazire, et du ministre du Budget d'alors, Nicolas Sarkozy. Créée en 1994 par la DCN au Luxembourg, cette société, baptisée Heine, aurait servi à véhiculer une partie des fameuses commissions.