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Les deux journalistes de France 3, libérés après 18 mois de détention, sont arrivés jeudi matin à Villacoublay

Après avoir quitté l'aéroport, Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier se sont rendus à l'hôpital Bichat pour des examens médicaux. Ils semblaient ce matin en bonne santé.Ils sont arrivés vers 14h00 au siège de France Télévisions. "On a juste fait notre boulot de journaliste (...) et on continuera à la faire", a alors déclaré Hervé Ghesquière.
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Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière sur le tarmac de l'aéroport de Villacoublay à leur retour d'Afghanistan (AFP PHOTO / PHILIPPE DUPEYRAT)

Après avoir quitté l'aéroport, Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier se sont rendus à l'hôpital Bichat pour des examens médicaux. Ils semblaient ce matin en bonne santé.

Ils sont arrivés vers 14h00 au siège de France Télévisions. "On a juste fait notre boulot de journaliste (...) et on continuera à la faire", a alors déclaré Hervé Ghesquière.

"On n'est pas allé à l'aventurette. On était bien préparé. On a pris le moins de risque possible", a-t-il poursuivi avant d'ajouter devant des centaines de collaborateurs: "Là je suis 1.000 fois motivé pour faire mon métier".

"Je sais pas quoi vous dire à part Merci. Je suis submergé d'émotion. Merci", a déclaré de son côté Stéphane Taponier.

Pflimlin: "Pour informer, "il faut aller sur le terrain"
Peu après, le PDG de France Télévisions, Rémy Pflimlin, a pris la parole pour défendre les deux journalistes ex-otages de toute accusation de témérité en Afghanistan et en rappelant que pour informer, "il faut aller sur le terrain" et "prendre des risques" mesurés.

Devant l'ensemble du personnel du groupe, M. Pflimlin a rendu hommage à Hervé Guesquière et Stéphane Taponier: "Votre métier de journalistes, vous l'avez fait de manière exemplaire". "Notre mission, c'est dans un pays démocratique d'informer nos concitoyens, d'être exigeants. Qu'ils comprennent ce qui se passe et que nous soyons (...) une information de référence et de qualité. Pour cela, il faut aller sur le terrain. Il faut prendre des risques, il faut bien sûr mesurer ces risques", a-t-il poursuivi. "Mais notre métier doit être de faire comprendre ce qui se passe et en particulier sur des terrains comme l'Afghanistan, où nos soldats sont présents et où malheureusement nous comptons des morts", a-t-il ajouté.

Beaucoup de monde était présent pour accueillir les deux journalistes dans le hall de France Télévisions, comme le montre cette photo postée sur le compte Twitter .

Retour en France

L'avion qui transportait Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier enlevés le 29 décembre 2009, a atterri à Villacoublay, jeudi matin, vers 08h45.

Dès leur descente de l'avion, ils ont été reçus dans le pavillon d'honneur de l'aéroport par leurs proches et par Nicolas Sarkozy ainsi que son épouse. Les retrouvailles se sont faites dans l'intimité à l'abri des caméras.

Vers 09H30, Hervé Ghesquière était au téléphone en direct sur France 3. "Ca va relativement bien, a-t-il dit. Quelques problèmes de santé relativement mineurs", a-t-il précisé. Interrogé sur les conditions de détention, il a déclaré : "On n"a jamais été maltraité, jamais frappé, jamais enchaîné", a-t-il ajouté.

Quant à son avenir proche, il a dit vouloir "retrouver une vie normale au plus vite" et "surtout ne pas jouer les ex-otages".

Un quart d'heure plus tard, les deux journalistes ont rejoint leurs collègues. Les retrouvailles ont eu lieu en direct sur France 3. Ils étaient tous les deux souriants et visiblement heureux. Aussitôt, la conférence de presse a commencé. L'essentiel de leurs déclarations est visible . "On va très très très bien. On pouvait tenir encore", dit Stéphane Taponier. Hervé Ghesquière lui, a relaté le fait qu'ils étaient enfermés "23h45 sur 24". "On avait juste deux sorties pour aller aux toilettes", a-t-il précisé.

Loin d'être abattu, Hervé Ghesquière a affirmé son attachement à son métier : "J"ai envie de faire ce métier, plus que jamais".

Sur les conditions de libération, le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé , a affirmé que "la France ne paie pas de rançons". Le chef de la diplomatie a ajouté que le président afghan Hamid Karzaï avait beaucoup "aidé" à la libération des deux journalistes de France 3.

L'interprète afghan des deux journalistes, Reza Din, a également été relâché mercredi. Leurs deux autres accompagnateurs ont été libérés "il y a un certain temps", mais cette libération n'avait pas été rendue publique pour des raisons de sécurité, selon le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé.

Des journalistes aguerris
Hervé Ghesquière, 47 ans, et Stéphane Taponier, 46 ans, avaient été enlevés sur une route dans la vallée de Kapisa, au nord-est de Kaboul, en compagnie de leurs trois accompagnateurs afghans: leur traducteur, leur chauffeur et leur "fixeur" (celui qui organise les rendez-vous).

Journalistes aguerris, ils travaillaient à un reportage pour le magazine de France 3 "Pièces à conviction" au moment de leur enlèvement. Leurs ravisseurs réclamaient notamment aux autorités françaises qu'elles obtiennent de Kaboul et de Washington la libération de prisonniers en échange de leur remise en liberté.

La région où les deux journalistes ont été enlevés est instable, sous l'influence du Hezb-e-Islami, groupe armé rebelle du chef de guerre historique Gulbuddin Hekmatyar, recherché par les Américains mais toujours en fuite, et allié occasionnel des talibans contre les forces américaines et de l'Otan.

Dans un premier temps, les noms des deux journalistes n'avaient pas été divulgués pour des raisons de sécurité. Ce n'est que trois mois après leur rapt que France 3 avait révélé leur identité.

Le 12 avril 2010, la chaîne avait diffusé des images floutées d'une vidéo dans laquelle les talibans menaçaient de tuer leurs otages.

Hervé Ghesquière, amaigri et barbu, mais apparemment en bonne santé, y déclarait: "Cela fait trois mois que nous sommes otages et les talibans me demandent de vous envoyer ce message (...) Ils demandent à ce que toutes leurs revendications soient satisfaites, ce qui n'a pas été le cas, selon eux, lorsqu'ils vous ont donné leurs exigences".

"Le président français, M. Sarkozy, doit comprendre que nous sommes maintenant en danger de mort. Je répète, le président français doit négocier très vite, autrement nous serons bientôt exécutés", ajoutait-il.

Dans un texte en anglais et en pachtoune défilant à la fin de la vidéo, les talibans menaçaient de tuer les deux journalistes et leurs trois accompagnateurs si leurs revendications n'étaient pas satisfaites "rapidement".

La dernière preuve de vie connue des deux hommes, un enregistrement vidéo, datait de novembre 2010. A plusieurs reprises, les autorités françaises ont cru pouvoir annoncer leur libération imminente avant de devoir déchanter, les négociations se révélant très complexes.

France Télévisions avait mis en place début juillet 2010 un décompte quotidien des journées de détention des otages à la fin de chaque édition nationale d'information des chaînes du groupe.

Une première libération aurait dû avoir lieu en fin d'année. Elle avait échoué.

A voir : sur Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier

Le scénario de la libération

Après un reportage avec l'armée française dans la province de Kapisa, les deux journalistes quittent Kaboul le 29 décembre 2009 à l'aube pour retourner interroger des habitants sans présence militaire.

A 11 h locales, dernier contact téléphonique. Quelques heures plus tard, l'ambassade de France informe France 3 que ses deux reporters et leurs trois accompagnateurs afghans ont été enlevés à Omarkheil, à une cinquantaine de km au nord-est de Kaboul. Des forces spéciales américaines les localisent, mais l'idée d'un assaut, risqué, est écartée.

En vue d'obtenir des "preuves de vie" lors du premier contact avec les ravisseurs, le service de renseignement français (DGSE) établit rapidement avec France 3 une liste de questions, simples et personnelles, auxquelles seuls les deux otages peuvent répondre.

Le 31 décembre 2009, les militaires français les localisent dans une maison de la vallée d'Alasay, en Kapisa, mais ils sont constamment déplacés à pied durant les premiers jours de leur captivité.

Un jeu de pistes compliqué débute pour les agents de la DGSE: établir le contact avec les ravisseurs, des hommes de Qari Baryal, le chef taliban de la région, impliqué dans l'embuscade d'août 2008 qui a coûté la vie à dix soldats français. Il faut trouver le bon intermédiaire, qui mènera directement aux ravisseurs, parmi une foule d'inconnus prétendant avoir accès aux otages.

Des informations arrivent au compte-goutte. L'un des deux otages boite après une longue marche en pleine nuit, on leur donne de l'eau minérale, un luxe dans ces montagnes...

Début janvier, les agents français reçoivent une première preuve de vie. Parallèlement, les troupes françaises déployées en Kapisa verrouillent la région pour empêcher une exfiltration des otages vers le Pakistan voisin.

Le 21 janvier 2010, Lionel de Coninck, le rédacteur en chef du magazine "Pièces à conviction" pour lequel travaillaient les deux journalistes se trouvent dans un restaurant de Kaboul, quand son portable sonne. Une voix tente d'articuler en anglais: "Do you know Réré et Stifan ?" Lionel de Coninck passe son portable à un serveur qui parle le pachtoune.

"C'est un commandant taliban", explique ce dernier, blême. "Je veux vous parler de la santé de vos amis", dit l'interlocuteur avant que la ligne ne soit coupée. C'est un bras droit du chef qui retient les otages. Les véritables négociations viennent de commencer.

Quelques jours plus tard, les deux journalistes appellent les négociateurs français au téléphone, disent qu'ils vont bien et sont bien traités.

Le 14 février, une vidéo est livrée par les ravisseurs à l'AFP. Dix jours plus tard, une libération semble acquise. Le président Nicolas Sarkozy appelle même les familles. "Ils ne sont plus dans leur prison. Ils sont en marche vers une unité de l'armée afghane", dit M. Sarkozy à Béatrice Coulon, la compagne d'Hervé Ghesquière. Les heures passent. Le président a parlé trop vite, les ravisseurs ont changé d'avis au dernier moment.

Le 12 avril, deuxième vidéo. Hervé Ghesquière y évoque un "ultimatum" aux autorités françaises avant une exécution. Le 22 juin, les ravisseurs laissent Stéphane Taponier, puis Hervé Ghesquière quelques jours plus tard, appeler les négociateurs.

A ce moment, les Français négocient parallèlement avec les autorités afghanes, car les talibans demandent, en plus d'une rançon, la libération de prisonniers détenus par le régime de Kaboul.

A partir de l'été, des informations feront état à plusieurs reprises d'une proche libération, sans se concrétiser. En octobre, les deux otages, un temps séparés, sont de nouveau ensemble. Le mois suivant, des sources proches du dossier estiment que la négociation est "dans sa dernière ligne droite".

Mais le temps passe et l'espoir d'une libération pour les fêtes finit par s'évanouir. Fin décembre, les otages entament leur deuxième année de captivité.

Sur le terrain, les négociations semblent quasi finalisées. Mais la situation est compliquée par des tractations entre différentes cellules locales des talibans qui ont joué, de près ou de loin, un rôle dans la détention des otages.

En début d'année 2011, on semble toucher au but. Mais les ravisseurs affichent soudain de nouvelles exigences. Les négociateurs français finissent par hausser le ton. Et les démarches reprennent.

Mi-juin, les négociateurs disent avoir "bon espoir", notant que seuls des désaccords persistants entre les ravisseurs et d'autres groupes rebelles de la zone restent à lever. Le 29 juin, Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier sont libérés. Très exactement 18 mois après leur enlèvement.

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