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Les Américains quittent les villes

Les forces irakiennes ont repris le contrôle total des agglomérations six ans après l'invasion américaine
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France Télévisions
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Des militaires américains dans le sud-ouest de l'Irak (4-4-2003) (© AFP - Jim Watson)
Les forces irakiennes ont repris le contrôle total des agglomérations six ans après l'invasion américaineLes forces irakiennes ont repris le contrôle total des agglomérations six ans après l'invasion américaine

Chars, blindés et véhicules de police arborant des drapeaux du pays ont traversé mardi le centre de Bagdad.

Le président, Barack Obama, a qualifié ce retrait d'"étape importante" vers un désengagement total de son pays, mais a averti que l'Irak avait encore des "jours difficiles" à vivre.

f"Les Irakiens considèrent à juste titre cette journée comme un jour de fête. C'est un pas important en avant puisqu'un Irak souverain et uni continue à prendre en main les rênes de sa propre destinée", a-t-il dit dans une déclaration dont la brièveté contrastait avec les longs discours de son prédécesseur George W. Bush à chaque événement positif majeur en Irak.

"Ne vous y trompez pas, il y aura encore des jours difficiles. Nous savons que la violence va perdurer en Irak, nous l'avons vu dans l'attentat inepte qui s'est produit aujourd'hui à Kirkouk" (nord), a-t-il mis en garde, faisant allusion à l'attentat dans lequel au moins 27 personnes ont péri.

Intervention télévisée du premier ministre
Le premier ministre Nouri Al Maliki, qui a déposé une gerbe devant le monument du soldat inconnu dans une zone ultra-protégée, a critiqué les sceptiques qui ne croyaient pas les Irakiens capables de prendre en charge leur sécurité.

Il s'en ait pris aussi à ceux qui martelaient que les forces étrangères ne se retireraient pas et garderaient des bases permanentes dans le pays. "Ces derniers prenaient ces faux prétextes pour justifier leur soi-disant opposition (au processus politique) et ont donné le feu vert aux terroristes pour tuer des civils", a-t-il dit lors d'une intervention télévisée.

Il a réitéré sa "demande à tous les pays arabes et islamiques d'avoir une position commune contre les fatwas (édits religieux) destructrices", dans une claire allusion au cheikh Adel al-Gilbani, mufti de la Mecque, qui avait déclaré début juin à la BBC : "les religieux chiites sont sans aucun doute des renégats".

Les Américains se replient

Désormais, les forces US vont se regrouper dans des bases hors des villes: environ 133.000 soldats américains sont encore stationnés en Irak. Désormais, ce sont les 500.000 policiers et 250.000 militaires irakiens qui vont prendre en charge la sécurité dans les localités. Belle revanche pour l'armée et la police qui avaient été démantelées en 2003 par les Etats-Unis.

"Je crois que le peuple irakien est bien mieux depuis qu'il s'est débarrassé d'un dictateur comme Saddam Hussein. Il peut maintenant aller de l'avant et doit avoir son mot à dire sur le gouvernement", a affirmé le chef de la force multinationale, le général Ray Odierno.

Pour sa part, le président Jalal Talabani a rendu hommage aux forces américaines pour avoir renversé l'ancien dictateur : "Ils ont bravé le danger pour combattre le plus cruel des régimes et notre ennemi mutuel : la terreur", a-t-il affirmé à la télévision.

L'insécurité reste un problème

Bien que le gouvernement ait décrété un jour férié, les rues étaient désertes."Nous sommes heureux de prendre en charge la sécurité de la ville et nous sommes tout à fait capables de le faire", a affirmé un officier de police Ibrahim Al Machhadani. Il a toutefois estimé que les rues de la capitale éaient vides car les gens avaient peur d'attaques.

Ces dernières semaines ont été marquées par des attentats qui ont fait au moins 200 morts et le Premier ministre, Nouri Al Maliki. M. Al Maliki a accusé les Takfiri (sunnites extrémistes) et les baassistes d'en être les auteurs.

La guerre n'est plus la première préoccupation aux Etats-Unis
La guerre en Irak a profondément divisé le monde entier et l'opinion américaine. Elle a coûté la vie à plus de 4000 soldats américains et à des centaines de milliers d'Irakiens. Elle a aussi coûté des centaines de milliards de dollars. Pour autant, elle n'est plus, et de loin, la première préoccupation aux Etats-Unis. Un sondage en juin indiquait que 2 % des personnes interrogées la considéraient comme le problème le plus important auquel le pays était confronté, loin derrière la crise économique et le chômage (57 %).

Barack Obama a préféré transférer l'effort sur l'Afghanistan et sur le Pakistan voisin. Mais il a tout intérêt à la stabilité irakienne.

"La situation reste dangereuse", a dit le secrétaire à la Défense, Robert Gates. Les membres d'Al Qaïda et d'autres extrémistes veulent montrer que ce sont eux qui ont contraint les soldats américains à quitter les villes, a-t-il ajouté. Aussi le président des Etats-Unis a-t-il une nouvelle fois pressé les dirigeants irakiens de faire "certains choix difficiles" en vue d'une réconciliation politique. Il a promis que les Etats-Unis seraient "un partenaire solide" dans cet effort.

Pour Washington se profilent, après le Vietnam, une fin de guerre sans victoire. Aux journalistes qui lui demandaient si Barack Obama avait exclu de proclamer la victoire, son porte-parole Robert Gibbs a répondu: "Nous empêcherons les imprimeurs de banderoles de commettre une quelconque folie". Il faisait allusion à la bannière "mission accomplie" devant laquelle George W. Bush s'était montré en mai 2003, quelques semaines après le début de la guerre. Bannière devenue en quelque sorte le symbole des erreurs commises en Irak.

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