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Le fils du chef religieux Ali Montazeri estime que la mort de Moussavi aurait des "conséquences catastrophiques"

Pour Saïd Montazeri, fils du dissident iranien Hossein Ali Montazeri, décédé le 19 décembre, la mort du neveu - tué par balles - du candidat malheureux des dernières présidentielles, Mir Hossein Moussavi, était "une sorte de dernier avertissement" adressé par les autorités de Téhéran.
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Mir Hossein Moussavi le 18 juin 2009 (AFP PHOTO/GHALAMNEWS.IR)

Pour Saïd Montazeri, fils du dissident iranien Hossein Ali Montazeri, décédé le 19 décembre, la mort du neveu - tué par balles - du candidat malheureux des dernières présidentielles, Mir Hossein Moussavi, était "une sorte de dernier avertissement" adressé par les autorités de Téhéran.

"Je ne sais pas si lui aussi sera abattu un jour. Ou si le régime va le faire arrêter. (Mais) cela aurait des conséquences catastrophiques", explique Montazeri, joint à son domicile de Qom, sur son portable, par l'hebdomadaire allemand Spiegel.

Interrogé sur l'éventualité d'un embrasement de l'Iran, Saïd Montazeri "espère qu'on n'en arrivera pas là". "J'espère encore que les gouvernants se montreront raisonnables, qu'ils accepteront un compromis pour emprunter la voie d'une réconciliation nationale. S'ils ne font pas ce choix, ma patrie sera, dans un an, dans un état bien plus grave qu'elle ne l'est maintenant", poursuit-il.

Théologien et juriste respecté, l'ayatollah Montazeri, le père de Saïd, était l'un des théoriciens de la révolution de 1979 et l'un des artisans de la constitution de la République islamique. Dauphin officiel de l'Imam Khomeyni pendant plusieurs années, ses dénonciations répétées des excès du régime avaient abouti à son éviction en 1989, suivie d'un exil forcé à Qom, où il était devenu une figure emblématique de l'opposition réformiste au sein du régime.

Moussavi prêt à mourir en "martyr"
Dans un communiqué publié sur son site Kaleme.org, le premier depuis les violentes manifestations anti-gouvernementales du 27 décembre, il explique qu'il entend poursuivre sa lutte contre la réélection contestée du président Mahmoud Ahmadinejad. Il appelle par ailleurs le gouvernement à mettre fin à la répression pour sortir de la crise.

Le neveu de Mir Hossein Moussavi, 59 ans, premier ministre de 1981 à 1989, figure parmi les huit personnes tuées (bilan officiel) lors des manifestations anti-gouvernementales du 27 décembre,
pendant la journée de deuil chiite de l'Achourail. Des centaines de personnes ont par ailleurs été blessées, selon les autorités.

Cette mobilisation de l'opposition a été la plus massive et la plus sanglante depuis les grandes manifestations qui ont suivi en juin la réélection en très contestée du président iranien Mahmoud Ahmadinejad. La répression de ces rassemblements avaient fait
36 morts, selon le gouvernement, et 72 selon l'opposition.

Une mobilisation qui ne s'arrête pas. Selon lemonde.fr, des milliers de personnes se sont rassemblées dimanche dans le grand cimetière de Behecht-e-Zarah à Téhéran où avait été enterré samedi le neveu de M.Moussavi. "D'autres rassemblements sporadiques auraient eu lieu également place Haft-e-Tir et place Mohseni à Téhéran, mais aussi dans plusieurs universités. Des heurts violents se seraient produits à Mashad où des centaines de miliciens auraient attaqué des étudiants faisant une dizaine de blessés", croit savoir par ailleurs le site du quotidien.


"Le gouvernement doit assumer ses responsabilités"
L'ancien candidat à la présidentielle n'abdique pas. "Je dis clairement et de manière explicite que les ordres pour exécuter, tuer ou emprisonner (un autre chef de l'opposition Mehdi) Karoubi, Moussavi et les gens comme nous ne résoudront rien" souligne le communiqué. Un influent dignitaire religieux, l'ayatollah Abbas Vaez Tabasi, avait affirmé mardi que les dirigeants de l'opposition iranienne étaient des "ennemis de Dieu" qui méritaient la mort en vertu de la loi islamique.

"Je ne refuse pas l'idée de devenir un martyr comme ceux qui ont fait ce sacrifice après l'élection pour obtenir satisfaction de leurs demandes nationales et religieuses", poursuit l'ancien Premier ministre dans son communiqué publié sur Kaleme.org.

Le gouvernement "doit assumer ses responsabilités pour les problèmes qu'il a créés dans le pays, (...) libérer les prisonniers politiques et reconnaître le droit du peuple à se rassembler", écrit par ailleurs le responsable politique. "Je dis clairement que tant qu'il n'y aura pas de reconnaissance qu'une crise grave existe dans le pays, il n'y aura pas de possibilité de sortir des problèmes". Réaction furieuse d'un influent religieux conservateur, cité par l'agence ISNA: "Il n'y a pas de crise dans le pays, c'est vous qui créez la crise, arrêtez !"

Le chef de file de l'opposition rejette par ailleurs les accusations des autorités, selon lesquelles les protestataires, pour qui le scrutin présidentiel du 12 juin est entaché de fraude, agiraient en connivence avec l'Occident. "Je crois qu'il est nécessaire de souligner que nous avons au sein du mouvement vert [couleur choisie par les manifestants], une identité islamique et nationale et sommes opposés à toute domination étrangère", a-t-il ajouté.

Nombreuses arrestations
La police dit avoir arrêté plus de 500 personnes. Des centaines d'autres auraient été interpellées depuis lors, selon le site internet d'opposition Jaras. "La police en civil a arrêté plus de 180 étudiants jeudi à Mashhad lors d'un rassemblement silencieux qui se tenait à l'université Azad", selon la même source.

Les arrestations d'opposants au président Ahmadinejad ont
notamment visé journalistes et militants des droits de l'homme mais aussi la soeur de Shirin Ebadi, prix Nobel de la paix en 2003. Cette dernière se trouve depuis plusieurs mois à Londres.

Dans un communiqué publié mardi par le site internet Rahesabz.net, Shirin Ebadi a déclaré que sa soeur, dentiste, "n'avait aucune activité politique... et son arrestation est une tentative de pression pour que j'arrête mes activités pour la défense des droits de l'homme". Le site Rahesabz, principal forum de l'opposition réformatrice, a annoncé sept nouvelles arrestations de journalistes, dont celles de deux dirigeants de l'Association des journalistes iraniens, Mashallah Shamsolvaezine et Badrolsadat Mofidi.

"Plus le gouvernement (iranien) est violent, plus le peuple se radicalise. En cas de heurts, sachez que l'entière responsabilité serait à mettre au compte des autorités", estime Shirin Ebadi dans une interview au Parisien. "Mais je reste persuadée que le peuple ne tombera pas dans le piège, car le pouvoir joue la provocation pour justifier la répression", ajoute-t-elle.

La lauréate du prix Nobel rejette en outre les accusations du pouvoir iranien selon lequel le mouvement de protestation actuel serait dirigé par les Occidentaux. "C'est uniquement le peuple iranien qui a lancé ce mouvement de contestation. C'est une insulte à son égard que d'oser affirmer que c'est l'Occident qui est derrière tout cela", dit-elle.

La police a aussi arrêté la militante des droits des femmes Mansoureh Shojaie, ainsi que Chapour Kazemi, beau-frère de l'opposant Mir Hossein Moussavi, selon Rahesabz.

Les autorités ont par ailleurs arrêté au moins une quinzaine de journalistes, défenseurs des droits de l'homme ou personnalités proches des dirigeants de l'opposition. Ceux-ci, contre lesquels plusieurs hauts responsables du régime avaient demandé des sanctions judiciaires exemplaires, ont reçu un nouvel avertissement.

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