La solution d'al-Sissi à la crise énergétique égyptienne

Le président a appelé vendredi les égyptiens à prendre leur vélo plutôt que leur voiture. L'objectif : réduire les dépenses de l'Etat, qui subventionne l'essence, et limiter les pénuries.

(Abdel Fattah al-Sissi lors d'une interview télévisée au Caire, en mai 2014 © Abdel Fattah al-Sisi)

En tenue de sport et les mains dans des gants de cyclisme, le président égyptien nouvellement élu, Abdel Fattah al-Sissi, a pris part, ce vendredi, à un grand marathon à vélo au Caire. Bien qu’amateur de cyclisme, il n’était pas seulement là pour l’amour du sport. Dans une intervention retransmise en direct à la télévision d’Etat, il a appelé ses compatriotes à utiliser davantage l’engin à deux roues pour se déplacer, afin d’aider le gouvernement à réduire la facture des subventions de l’Etat.

Les routes égyptiennes et leur trafic chaotique ne sont pas le meilleur endroit pour faire du vélo, puisque le taux de mortalité y est parmi un des plus élevés au monde. Mais selon al-Sissi, les efforts même infimes sont les bienvenus. Il a calculé : "Si vous utilisez votre voiture, vous dépensez environ 4 livres pour parcourir 20 ou 25 km et l'Egypte débourse 8 livres pour ces mêmes 20 km . Si 3.000 personnes faisaient cela (du vélo) avec moi, quelle somme cela représenterait-il chaque jour ? "

Des subventions lourdes à porter

Les prix de l’énergie en Egypte sont parmi les plus bas au monde. Pour les maintenir à ce niveau, l’Etat dépense chaque année des dizaines de milliers de dollars. Et le gaz, l’essence et l’électricité ne sont pas les seuls à être subventionnés : certains produits de première nécessité comme la farine, le sucre et l’huile, le sont également.

Résultat, lors de l’année budgétaire qui s’est achevée le 30 juin, le gouvernement a consacré 170 milliards de livres égyptiennes (17,5 milliards d’euros) en subventions énergétiques : cela représente  un cinquième de son budget total. L’objectif de Sissi est de réduire cette somme à 104 milliards de livres dans l’exercice en cours.

 

Depuis la destitution de Mohamed Morsi, la situation est en effet compliquée pour l’Egypte. L’instabilité politique a entraîné une fuite des investissements et la désertion des touristes : les revenus du pays ont chuté, et l'Etat cherche désespérément un moyen de diminuer ses dépenses. Pour le moment, l’économie est sous perfusion. En juillet, l’Arabie saoudite, le Koweit et les Emirats Arabes ont donné 12 milliards de dollars, dont un quart en approvisionnement direct en produits pétroliers, mais à terme cela ne suffira pas.

Un défi pour al-Sissi

Les prix très bas de l'électricité, de l'essence et du gaz n’encouragent pas les Egyptiens à faire attention à leur consommation et les coupures et pénuries sont de plus en plus fréquentes. Le pays fait face à une consommation énergétique en hausse, renforcée par la croissance démographie (l’Egypte est le pays le plus peuplé d’Afrique). Le carburant manque pour alimenter les centrales électriques. Et à l’arrivée de l’été, la consommation de climatiseurs risque de ne pas régler le problème des coupures d’électricité qui durent parfois jusqu’à 7 heures en Haute Egypte.

Le défi énergétique sera grand pour al-Sissi. En juillet dernier, ce sont des manifestations liées à un début de pénurie en carburant et en électricité qui avaient précipité l’éviction par le nouveau président de Mohamed Morsi.