La menace terroriste permanente au Mali

Un groupe terroriste a attaqué ce vendredi un des principaux hôtels de Bamako, la capitale malienne, l'hôtel Radisson. Depuis la fin de la phase active de l'intervention militaire française, les groupes djihadistes privilégient l'infiltration partout dans le pays et tout particulièrement à Bamako. Le Mali vit sous la menace permanente d'attentats, visant en particulier des intérêts français.

(L'hôtel de Sévaré, dans le centre du pays, attaqué au mois d'août dernier. © REUTERS/Adama Diarra)

Malgré l'intervention française, la menace djihadiste n'a jamais véritablement cessé au Mali. En 2013-2014, il s'agissait de repousser une sorte d'invasion, qui faisait son chemin vers le sud du pays et la capitale, Bamako. Mise en échec, l'offensive a cessé mais les groupes terroristes ont changé de méthode. A l'affrontement avec les forces maliennes ou françaises, ils privilégient ou ajoutent l'infiltration de groupuscules partout dans le pays, dont le but est de commettre des attentats.

"Frapper la France là où elle se trouve, par le biais de ses ressortissants, de ses entreprises "

"Très clairement la menace terroriste est permanente. On sait très bien que les groupuscules djihadistes souhaitent frapper en France. Mais ils cherchent aussi, car c'est plus commode du point de vue logistique, à frapper la France là où elle se trouve, par le biais de ses ressortissants, de ses entreprises ", explique le journaliste Vincent Hugeux, grand reporter à l'Express. Les attentats commis cette année dans la capitale malienne le montre, comme celui de l'hippodrome, en mars, qui visait un lieu prisé des étrangers. Un Français, un Belge et trois Malien ont trouvé la mort dans l'attaque d'un restaurant voisin. "Un hôtel de Sévaré, dans le centre près de Mopti, a lui aussi subi un assaut en août 2015, faisant 13 morts ", rappelle Vincent Hugeux.

Multitude de groupes terroristes

La multitude de groupes, pas forcément coordonnés entre eux, complique encore la donne au Mali : "C'est assez précoce pour dire exactement qui est derrière cette attaque mais Daech n'est jamais que l'ordonnateur éventuel, ça peut tout à fait être des gens d'Aqmi, qui existent encore au Mali. Des gens du Front de libération du Macina, qui sont des Peuls. Pour le moment, il est très difficile de pouvoir dire qui sont ces gens ", souligne Pierre Boilley, directeur de l'IMAF, l'Institut des mondes africains de l'université Paris 1 - Panthéon Sorbonne. La France est visée, comme le montre l'appel lancé par le chef d'Ansar Dine sur internet, mais pas uniquement : "Si c'est le Macina, ou Aqmi ou Ansar Dine (on ne sait pas), l'idée est d'attaquer le "camp chrétien", le "camp croisé", ce qui rentre dans cette phraséologie un peu absurde ". Et pour semer le chaos, les terroristes ciblent aussi l'économie : "On ne parle pas seulement du tourisme, mais aussi des ressources naturelles, de l'agriculture, etc. Quand on veut empêcher la mise en place d'institutions étatiques solides, il faut tuer dans l'œuf les efforts entrepris ", avance Vincent Hugeux. 

Infiltration facile

Tous les groupes terroristes bénéficient de la facilité de circulation dans un pays très difficile à contrôler. L'armée malienne, déstructurée par le putsch de 2012, est encore en cours de reformation et seulement un millier d'hommes semblent réellement en état de sécuriser sérieusement le pays. Les forces françaises de l'opération Barkhane, qui comptent 3.500 hommes, doivent surveiller non seulement le nord du Mali, déjà plus grand que la France. "Si on y rajoute le sud algérien, le sud libyen, le nord Niger, etc. Cela fait une zone absolument immense, qui en plus est désertique, donc il est assez difficile de pouvoir suivre des gens à la trace ", ajoute Pierre Boilley.

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