L'Iran, le nouvel allié de la Syrie

Des centaines de soldats iraniens seraient arrivés en Syrie ces derniers jours, pour participer à ce qui serait une grande offensive, menée en commun avec les Russes et les Syriens. But : venir en aide au régime de Damas, très affaibli.

(Une rencontre entre le vice-ministre des Affaires étrangères iranien (à gauche) et son homologue syrien (à droite), début septembre à Damas © MaxPPP)

A ce jour, officiellement, Téhéran n'a sur le sol syrien que des conseillers militaires, pas de soldats en armes prêts à combattre. Même si, depuis le mois de septembre, il se dit que les gardiens de la révolution, le corps d'élite de l'armée iranienne, a largement pris pied dans le pays. 

Les autorités iraniennes n'ont rien confirmé pour l'instant. La seule chose qu'elles aient faites c'est d'afficher leur soutien sans réserve à l'intervention russe. Les deux pays sont dans le même camp, celui des soutiens du président syrien. Pour l'Iran, les frappes menées par Moscou sont extrêmement utiles, elles vont permettre de résoudre la crise. Ce qui n'est pas tout à fait l'avis des occidentaux.

Des attaques contre l'opposition, et pas seulement contre Daech

L'intervention iranienne inquiète d'ailleurs beaucoup l'Occident. Plusieurs pays ont aujourd'hui rédigé un communiqué commun adressé à la Russie : il faut immédiatement cesser les frappes, disent-ils, il s'agit d'attaques contre l'opposition syrienne dans son ensemble et pas uniquement contre les djihadistes. Les premières attaques ont fait des victimes civiles, disent-ils, et ça risque de créer un engrenage, d'alimenter l'extrémisme. Le  texte est signé à la fois par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne, la Turquie et les alliés arabes du Golfe.

 

Hier, le Kremlin a reconnu que ces cibles étaient effectivement plus larges que celles de l'Etat islamique. Pour Moscou, tous les rebelles sont des terroristes islamistes. Et c'est toute la différence d'appréciation avec les Occidentaux : car dans les groupes visés par les Russes, certes il y a le Front Al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaida – classé terroriste par Washington. Mais il y a aussi d'autres groupes financés par les USA, ou l’Arabie saoudite, ou le Qatar ou la Turquie. Des groupes plus "modérés" qui luttent eux aussi contre le régime de Bachar-al-Assad.

Des rebelles modérés ont d'ailleurs assuré qu'un de leur camp avait été détruit par des missiles russes. Ils ont demandé aux pays arabes qui les soutiennent des armes anti-aériennes pour se défendre. 

Iran et Russie, des intérêts convergents

Bref, dans ce contexte, on comprend bien que l'implication de la Russie et de l'Iran risque de mettre encore un peu plus le feu aux poudres. L'implication de ces deux pays pourrait être un tournant dans cette guerre qui dure depuis quatre ans et demi... même si les deux pays n'ont pas exactement les mêmes intérêts.

 

Les Russes cherchent surtout à protéger leur base navale de Tartous sur la côte ouest, c'est leur seul accès à la Méditerranée. Ils y sont depuis 1971, et ils veulent en faire une grosse base de ravitaillement. L'Iran, pays chiite, cherche en priorité à protéger les populations chiites de Syrie. Perdre le soutien de la Syrie, ce serait aussi perdre de l’influence face à son grand rival dans la région, l’Arabie saoudite.

Unis, la Russie et l'Iran pourraient bien réussir ce que les Occidentaux ne sont pas parvenus à faire depuis 2011. Depuis un an, et malgré ses quelque 2.500 frappes, la coalition américaine a fait "semblant de bombarder" Daech, disent des responsables russes, sans résultat. Nous, on va le faire de manière plus efficace...

 

Mais on l'a bien compris, sous couvert de lutter contre le terrorisme, les Russes et les Iraniens cherchent en réalité à conforter Bachar el Assad, aujourd'hui menacé. Ils sont renforcés évidemment par le manque de stratégie et d'engagement des Américains, pris de court visiblement par l'engagement massif, sans sommation presque, des Russes et peut-être bientôt des Iraniens.