Jean XXIII, le "bon pape" de Vatican II

PORTRAIT | Le 27 avril, les papes Jean XXIII et Jean-Paul II sont canonisés ce dimanche à Rome lors d'une cérémonie commune. Surnommé en Italie, le "bon pape" ou le "gentil pape", Jean XXIII demeure dans la mémoire collective le père de Vatican II, l'initiateur de la modernisation et de l'ouverture au monde de l'Eglise catholique. 

(Wikimedias Commons)

Pape à une époque bien moins médiatisée que celle de Jean-Paul II le globe-trotter, Jean XXIII a marqué autrement les fidèles, les théologiens et les historiens. C'est en ouvrant les portes du Vatican à un concile oecuménique qu'il a marqué les églises en modernisant l'Eglise. Un esprit novateur avec une simplicité affichée qui a valu le surnom de "bon pape".

De ses terres au Vatican, le respect 

Dimanche, la cérémonie de canonisation sera
suivie par plusieurs milliers de fidèles venus à Sotto il Monte, au pied des
Alpes dans le nord de l'Italie. C'est le village natal d'Angelo Giuseppe Roncalli,
élu pape le 28 octobre 1958. 

 Les fidèles regarderont les rites du Vatican sur
de grands écrans en 3D. Le culte est présent mais discret, dans ce village qui
a pris son temps pour creuser et affiner l'image du "bon pape". Une Maison du
Pèlerin s'y est ouverte récemment, en 2012, soit deux ans après la
béatification de Jean XXIII par Jean-Paul II. En 2001, déjà le pape avait souhaité rendre
hommage à ce prédécesseur en exposant ses reliques, place Saint-Pierre, le dimanche
de Pentecôte. 

Dans la Maison du Pèlerin du village natal de Jean XXIII, le parcours, somme toute classique
d'un enfant du pays, est retracé : la naissance en 1881 dans une famille de 14 enfants de milieu campagnard modeste, l'entrée au séminaire à 12 ans, une ordination à 24 ans et
plus tard une mission européenne pour l'Eglise. C'est cette période pré-pontificale
que veut marquer Gimmy Schiavi, le directeur de cette Maison consacrée au futur
saint :

"Il s'agit d'élever le débat, de faire connaître
ce qu'il a fait à l'étranger et d'expliquer son projet de changement que tous
ses successeurs, surtout François, poursuivent".

Ecoute, dialogue et diplomatie 

Angelo Roncalli a laissé le souvenir d'un fin diplomate, menant ses charges dans une Europe déchirée. En 1915, il est incorporé dans le service de santé des armées avant de devenir aumônier militaire
dans les hôpitaux. Après la guerre et en tant qu'évêque, c'est en Bulgarie orthodoxe
qu'il est envoyé, là où les rites latin et oriental éprouvent ses prédispositions à la diplomatie. A partir de 1935, c'est la Turquie et la Grèce qu'il découvre, avec
la même volonté d'écoute et de dialogue avec les différentes confessions.

Son rôle prend ensuite une autre dimension
lorsqu'il est informé de l'horreur des persécutions nazies par le biais de
témoignages. Bien que ses marges de manœuvre soient limitées, il joue alors un
rôle important pour empêcher des déportations. C''est lui que le Pape Pie XII choisit en 1944,
pour le poste de Nonce Apostolique à Paris, avec la délicate mission de régler
le cas des évêques français compromis avec le régime de Vichy.

En 1953, c'est le retour en Italie, patriarche
puis cardinal de Venise, il est élu pape en 1958 : un pape de transition
laisse alors entendre le Vatican, il sera surtout celui de la modernisation. Et à la bonté et la simplicité ressenties autour de lui, il faut y ajouter un certain humour dont l'Eglise n'avait pas l'habitude. 

Un concile oecuménique pour ouvrir l'Eglise

Quand Jean XXIII annonce au début de l'année
1959 qu'il va lancer un nouveau concile, dont doivent sortir la feuille de route et les références de l'Eglise, ce sont des fenêtres sur le monde qu'ouvre le
pape, en précisant d'emblée que ce concile, le XXIe de l'Eglise catholique, sera "œcuménique. " Pour
la première fois, des observateurs d'autres Eglises sont invités, ainsi que des
auditeurs laïcs, comme le philosophe Jean Guitton.

Ouvert le 11 octobre 1962, le IIe concile oecuménique du Vatican, appelé aussi Vatican II, se terminera le 8 décembre 1965, deux ans après le décès de Jean XXIII, le 3
juin 1963. Le pape vient alors de publier sa grande encyclique, Pacem in Terris, sur la paix entre toutes les nations.

Modernité et tradition s'affrontent

Voulue par Vatican II, la nouvelle Eglise frappe par la
possibilité de célébrer la messe en langue locale et non plus en
latin. Les laïcs peuvent aussi davantage s'impliquer dans des rites simplifiés. Deux
textes du concile résument en particulier la volonté d'ouverture au monde de
Jean XXIII
et ils s'enchâssent dans son empreinte passé d'émissaire européen de l'Eglise.

Ils concernent la liberté religieuse et le respect dû aux confessions non
chrétiennes. C'est un bouleversement dans l'approche des mondes juif et
musulman, sur lequel s'appuieront Benoît XVI et Jean-Paul II. Mais la nouvelle circulaire va aussi fédérer les traditionnalistes. L'ouverture voulue par le "bon
pape
" est toujours contestée par les "Lefebvristes",
qui ont condamné la double canonisation
du 27 avril 2014 en évoquant les papes de "l'autodestruction"  de l'Eglise.