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Quand les Japonais choisissent leurs camarades... de tombe

Choisir de son vivant ses «camarades de cimetière»: c'est ce que font certains Japonais voulant s'éviter le coût exorbitant d'une stèle familiale. Pour mieux vivre la mort ensemble, ils entretiennent des relations avec des inconnus et apprennent à se connaître, notamment au sein d'un club, le «Moyainokai», qui organise des excursions à la campagne ou des sessions de lecture en groupe.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Ryukai Matsushima dirige le club «Moyainokai» qui organise des rencontres entre de futurs camarades de tombe.

 (KAZUHIRO NOGI / AFP)
Ils sont bien vivants, mais ont choisi de vivre l’éternité collectivement. Kumiko Kano est une  septuagénaire de Tokyo qui, avec son mari, a opté pour cette solution il y a une dizaine d'années. «Quand mon époux a vu l'argent que son frère aîné engloutissait pour les pierres tombales familiales, on a décidé ensemble qu'on n'avait pas besoin de ça, et qu'on ne voulait pas faire supporter une telle charge à nos enfants», raconte-t-elle.
 
Dans le cimetière de Sugamo, dans le nord-est de la capitale, Kumiko se recueille, les mains jointes, face à un long mur de marbre gris foncé brillant sur lequel sont gravés des milliers de noms. C'est la tombe collective où son mari repose depuis 2008 avec 3.000  «voisins». Et il y a de la place pour 6.000 défunts.
 
Pour mieux choisir ses futurs voisins de l’au-delà, Kumiko est membre d’un drôle de club: le Moyainokai, littéralement «travailler ensemble», qui organise des excursions à la campagne ou des activités en groupe comme des sessions de lectures.

Faire tombe à part
L'idée du Moyainokai remonte à environ 25 ans et a été imaginée par un prêtre bouddhiste «pour les gens qui sont préoccupés par leurs funérailles parce qu'ils n'ont soit pas d'enfants soit pas de famille», explique son fils, Ryukai Matsushima, qui a repris le flambeau. L’objectif du club, explique-t-il, est «de créer des liens qui ne soient pas basés sur le sang». «C’est injuste qu'il y ait des gens dont personne ne s'occupe après la mort juste parce qu'ils avaient fait le choix de vivre seuls», estime-t-il.
 
Mais les futurs «locataires» du mur sont parfois aussi des Japonais qui, après une longue vie de couple, ne sont pas emballés à l’idée de prolonger leur tête-à-tête marital dans un face-à face tombal éternel. Un tour opérateur, Sychei Maekawa, qui s’est spécialisé dans la visite de monuments funéraires collectifs, rapporte ce que certaines dames lui ont confié: «Ne le répétez surtout pas mais je ne veux pas être enterrée avec mon mari!».
 
Mais pour Haruyo Inoue, une sociologue de l'université Tokyo, «ce n'est pas forcément parce qu'elles avaient ou ont de mauvaises relations avec leurs maris, mais simplement parce qu'elles ont envie de pouvoir enfin avoir des choses par elles-mêmes». Au japon, le nombre d'habitants ayant plus de 65 ans, vient de dépasser le quart de la population.



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