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La fin du nucléaire au Japon : un vœu pieux?

Après la catastrophe de Fukushima, le 11 mars 2011, le Japon a pris la décision d'arrêter ses 54 centrales nucléaires. Pourtant, deux mois après un arrêt total de la fourniture d'énergie d'origine atomique, deux réacteurs ont redémarré. Alors que les dégâts dus à l'accident nucléaire sont là pour de longues années, le développement de la production d'énergie verte demande aussi du temps.
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Mise en place d'éoliennes à Higashi-Dori, sur l'île de Honshu, le 10 juillet 2008. (AFP/KAZUHIRO NOGI)

Le rapport de la commission d'enquête mandatée par le Parlement japonais sur la catastrophe, dévoilé le 5 juillet, est accablant. La tragédie aurait pu être évitée, indique-t-il, mettant en avant le fait que  «personne n’a été capable de penser et d’agir correctement ». Les propos de Tepco (Tokyo Electric Power), l’opérateur de la centrale de Fukushima, qui soutient que l’accident s’est produit à cause d’un tsunami à l’ampleur imprévisible, sont réfutés. 

Le gouvernement n’a pas pris ,de son côté, les mesures suffisantes pour protéger la population de la radioactivité.

Objectif : économie verte
A la suite de l’évènement, qui a causé la mort de quelque 19.000 personnes et le déplacement de 100.000 personnes de leur lieu d’habitation, le gouvernement japonais s’est engagé à changer de modèle énergétique, le nucléaire étant remplacé par les énergies renouvelables.

Une des mesures phares du plan des autorités est l’obligation pour les compagnies d’électricité nippones d’acheter le courant produit par la biomasse, le solaire et l’éolien à un tarif plus cher que celui du marché.

Nombre d’entreprises se sont notamment lancées dans la construction de parcs solaires et d’autres ambitionnent d’installer un importante ferme éolienne flottante au large de Fukushima pour fournir du courant à 100.000 ménages. L’industrie verte, qui comprend également la géothermie provenant des volcans, peut compter sur les projets du PDG de Soft, Masayoshi Son, un milliardaire anti-nucléaire.

Acquérir de nouveaux comportements
Quant aux Japonais, pour économiser l'énergie au quotidien, ils ont su faire preuve d’invention, en matière de gestion d’équipements, en changeant nombre d’habitudes notamment au bureau, où ils viennent de bonne heure, et chez eux où ils tentent de cuisiner à froid. Objectif de ces efforts : économiser 20% de la consommation d’électricité.   

La facture du gaz explose
Dans l’immédiat, les Japonais sont handicapés par la chèreté de l’énergie de substitution au nucléaire: le gaz liquéfié. Ce qui handicape l'industrie. Ainsi Tokyo Electric, l’exploitant de Fukushima, a dû relever ses tarifs de 17% pour les industriels et de 10% pour les particuliers.

La moitié de la dégradation de la balance commerciale japonaise, qui est passé dans le rouge en 2011, est dû à ces importations énergétiques. 

 

Les dommages aux réacteurs 3 et 4 de la centrale de Fukushima, le 16 mars 2011. (AFP/TEPCO)

 

Deux réacteurs réactivés
Malgré les promesses du gouvernement de ne rien faire sans «avoir obtenu la compréhension de la population», deux réacteurs atomiques (Oi3 et Oi4) ont obtenu l’autorisation de redémarrer courant juillet 2012.

259 militants écologistes avaient déposé plainte devant un tribunal contre ce redémarrage et 7,5 millions de personnes avaient signé une pétition dans ce sens, arguant du fait que la centrale se trouve à proximité de failles sismiques.

Les écologistes ostracisés
Face une classe politique discréditée, le mouvement anti-nucléaire a repris de la vigueur. Les écologistes se plaignent notamment que l’instance de régulation japonaise du secteur atomique soit encore sous la tutelle du très puissant ministère de l’Industrie japonais. Ce que déplore l’Agence Internationale de l’Energie atomique (AIEA).

Mais les opposants au nucléaire se heurtent au manque de relais dans les medias. Face à la catastrophe de Fukushima, l'opinion japonaise a choisi l’unité nationale et ne veut pas de polémique. ONG et associations mobilisées ne peuvent principalement compter que sur diverses personnalités, toutes en colère contre l’opérateur Tepco.

Retour dans la zone interdite
Depuis le 16 avril, trois des onze communes de la région autour de Fukushima, placées en zone interdites, sont rouvertes aux habitants, sans qu'ils puissent y passer la nuit. Le check-point de la police s'est rapproché de 20 à 10 km de la centrale. Ceci étant la volonté du maire de Minamisoma, la plus grande ville de la province (72.000 habitants).

L'ONG GreenAction pose la question : « Est-ce que les autorités en font assez pour protéger les populations civiles des radiations ? »


Important seuil de radioactivité à Fukushima
Preuve que la situation est loin de revenir à la normale, Tepco a récemment enregistré des niveaux record de radiation dans le sous-sol du réacteur N°1 de la centrale accidentée de Fukushima. Juste au-dessus de l’eau radioactive, des radiations allant jusqu’à 10.320 millisieverts par heure ont été mesurées. Un niveau dépassant en vingt minutes la dose annuelle admissible pour un ouvrier travaillant sur le site. En cause : le combustible qui a fondu dans ce réacteur est plus abîmé que dans les autres unités.

Les travaux de démantèlement des réacteurs doivent durer une quarantaine d’années, mais les techniques à employer ne sont pas encore au point.

 

Les Japonais changent leurs habitudes alimentaires
 

AFP, le 1er mars 2012

 


Les Tokyoïtes inspectent leurs assiettes
Face au problème d’une possible radioactivité lors de l’ingestion des aliments, les Tokoyoïtes prennent des précautions . Il est, en effet, impossible d'évaluer la totalité de la nourriture vendue dans une ville de 35 millions d’habitants.

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