Japon : Okinawa voudrait en finir avec ses bases américaines

La préfecture d'Okinawa concentre la moitié de l'effectif militaire américain au Japon, malgré sa petite superficie. Une nuisance quotidienne aux yeux des habitants, qui veulent les voir partir. Mais le gouvernement nippon n'est pas de cet avis.

Des centaines de personnes manifestaient contre l\'ouverture d\'une nouvelle base américaine sur l\'archipel d\'Okinawa, devant le Parlement japonais, à Tokyo, le 21 février 2016.
Des centaines de personnes manifestaient contre l'ouverture d'une nouvelle base américaine sur l'archipel d'Okinawa, devant le Parlement japonais, à Tokyo, le 21 février 2016. (TORU YAMANAKA / AFP)
Le ballet des hélicoptères et des avions militaires rompt régulièrement le calme d'Okinawa. Cet archipel japonais, situé plus près de la côte chinoise que de Tokyo, héberge 75% des bases américaines du Japon. Pourtant, sa superficie ne représente que 0,6% du territoire national.
 
Cette particularité provient de la fin de la Seconde guerre mondiale. Une fois le Japon défait, en 1945, les Etats-Unis ont occupé le pays du Soleil-Levant jusqu'en 1952 et la signature du traité de San Francisco. Le «traité mutuel de sécurité» reconnaissait en revanche – dans son article 3 – le contrôle d'Okinawa par le gouvernement américain, intérêt majeur dans sa stratégie militaire en Asie-Pacifique. La monnaie officielle était alors le dollar américain et l'on roulait à droite – le reste du Japon préférait la gauche.
 
Depuis 1972, Okinawa a été rendu au Japon. Pourtant, les Américains sont encore très présents sur l'île, qui abrite quelques 25.000 soldats américains, ainsi que leurs proches. C'est la moitié de la présence américaine sur le territoire japonais. Les Marines représentent même près de 2% de la population de l'archipel. 20% de la préfecture d'Okinawa sont occupés par des bases militaires de l'US Force.

Crashs, meurtres, viols... Le ras-le-bol des Okinawaïens
La base de Futenma, au sud d'Okinawa, pose plus problème que les autres. Située en plein cœur d'une agglomération de 95.000 habitants, la base militaire doit déménager depuis 1996 vers Henoko, ville côtière moins peuplée. Vingt ans plus tard, le dossier stagne. Pourtant, la base et sa piste d'atterrissage porte atteinte à la sécurité des habitants aux alentours. On recense de nombreux crashes d'avions et d'hélicoptères militaires – sept entre 1972 et 1992, selon The Okinawa Times.

Plus récemment, en 2004, un hélicoptère de la base s'est écrasé sur le campus de l'université internationale d'Okinawa. Seuls les trois membres de l'équipage ont été légèrement blessés, mais cet incident a attisé la peur des habitants. D'autant plus qu'en 2012, Futenma s'est doté de plusieurs Osprey, hybride entre un hélicoptère et un avion. Cet appareil militaire est contesté, mis en cause dans plusieurs accidents. Par sécurité, en plus des exercices incendies et séismes, les écoles de Futenma simulent chaque année une évacuation de leurs locaux suite à un crash.
 
La tension des Okinawaïens se renforce face au comportement des soldats américains. Le 20 mai 2016, un ancien Marine a été inculpé pour le meurtre d'une jeune fille d'Okinawa, alors qu'en mars, un militaire a été accusé de viol sur une touriste japonaise. Des affaires qui font les gros titres, surtout depuis 1995 et le viol d'une collégienne de 12 ans par trois Marines de Futenma.


Selon les statistiques de la police locale, quelque 5.900 délits et crimes ont été commis par les militaires et le personnel des bases américaines dans la préfecture d'Okinawa entre 1972 et 2015, dont 26 meurtres, 139 viols et près de 400 cambriolages.
 
L'alliance nippo-américaine, stratégie majeure pour le Japon
Pour se faire entendre, les habitants de l'île ont élu en 2014 un gouverneur hostile aux bases américaines, dont la ligne principale de sa campagne tournait autour de la présence «nuisible» des soldats. Ce qui n'est pas du goût du gouvernement central et du Premier ministre japonais, Shinzo Abe.

Face à la montée en puissance de la Chine sur le plan militaire, le Japon souhaite renforcer son alliance avec les Etats-Unis et retrouver un rôle militaire mondial. En septembre 2015, le Parlement nippon a même renforcé son armée à travers l'adoption de deux projets de loi. Pas question donc pour le Japon de se séparer de l'US Force présente à Okinawa, située à 700 kilomètres de la côte chinoise. 

Même son de cloche chez les Américains, qui voient en l'archipel un point de chute stratégique. Déjà lors de la guerre du Vietnam, Okinawa était considérée comme leur porte-avions. Alors que les tensions en Asie-Pacifique se ravivent – et poussent les pays de la zone au réarmement –, les Etats-Unis souhaitent y renforcer leur présence. Le Japon est le quatrième pays du monde, après l'Afghanistan, l'Irak et l'Allemagne, avec le plus de troupes américaines sur son territoire.