Reportage Fukushima : dix ans après, les travailleurs continuent à décontaminer la centrale

En mars 2011, la centrale japonaise était dévastée par un tsunami engendrant un important accident nucléaire. Aujourd'hui, des milliers de travailleurs sont toujours sur le site.

Article rédigé par
Karyn Nishimura - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
il y a presque dix ans que la centrale nucléaire Fukushima Daiichi, au nord-est du Japon, a été ravagée après qu'un tsunami a balayé la côte environnante. (KARYN NISHIMURA / RADIO FRANCE)

C’était il y a près de dix ans, le 11 mars 2011, un terrible tsunami dévastait la centrale nucléaire Fukushima Daiichi, au nord-est du Japon. On se souvient des explosions, des évacuations et de la peur planétaire face à cet accident nucléaire. Depuis, des milliers d'ouvriers travaillent sur un chantier de décontamination titanesque.

Ce qui est frappant à chaque visite dans cette centrale ravagée, c’est l’apparente sérénité des travailleurs. Ils sont entre 3 000 et 7 000 à œuvrer quotidiennement dans cet immense chantier. Ils déblayent, bétonnent, pompent de l’eau, construisent et démontent des réservoirs, gèrent des monceaux de tenues de protection.

Entre 3 000 et 7 000 ouvriers travaillent chaque jour sur le site dévasté de la centrale nucléaire Fukushima Daiichi, au nord-est du Japon. (KARYN NISHIMURA / RADIO FRANCE)

Il faut aussi s'occuper des déchets radioactifs et de la cantine. Il y a six réacteurs, dont quatre dans un piteux état. Le combustible fondu est toujours à l'intérieur. Des radiations très fortes s’en dégagent, explique un employé de la compagnie Tepco : "Il y a des endroits où la radiation est si élevée qu'on ne reste que 10 minutes."

Les séquelles de l'explosion encore visibles

Une fois équipés d’une tenue spéciale – masque, casque, double paire de chaussettes, chaussures, gants, etc. – pour se protéger des matières radioactives, et d’un dosimètre pour mesurer la radioactivité reçue, nous traversons le site afin de nous rendre sur un lieu en hauteur face à ces quatre réacteurs les plus abîmés, devant l’océan Pacifique. Les bâtiments sont en partie recouverts, mais les séquelles des explosions sont encore très visibles.  

Les ouvriers doivent s'équiper d'une tenue spéciale pour travailler sur le chantier : masque, casque, double paire de chaussettes, chaussures ou encore gants, qui devront être décontaminés ensuite. (KARYN NISHIMURA / RADIO FRANCE)

L'intérieur des réacteurs est bien sûr inaccessible pour l’homme. Et partout sur le site, les ouvriers et techniciens, dont les tenues sont différentes en fonction des tâches à effectuer et des lieux qu’ils traversent, doivent demeurer très vigilants. 

On ne peut pas éviter les radiations. Les tenues de protection agissent contre les poussières radioactives, mais pas contre les rayons. C’est en limitant le temps sur place et en s'éloignant qu'on régule la dose reçue.

Collaborateur de Tepco

"Pour chaque tâche, on doit évaluer au préalable la dose de radiations puis fixer une méthode de travail pour la minimiser." Cette méthode est répètée plusieurs fois dans un espace peu radioactif, explique-t-il, "puis une fois prêts on la reproduit sur site en un minimum de temps".

De nombreux jeunes parmi le personnel

Il y a quelques années, on voyait surtout des hommes de plus de 40, 50 ou 60 ans travailler sur le site. Il y a désormais sur place nombre des femmes et des jeunes ingénieurs et ouvriers, souvent originaires des environs. Ils étaient encore au lycée ou étudiants au moment de l’accident. Certains bénéficient d'une autorisation spéciale pour vivre à seulement quelques kilomètres du site, séparés de leur famille, dans une zone encore désolée. Ils sont motivés par la volonté de contribuer à la renaissance de la région. Ils sont employés par Tepco ou un de ses multiples sous-traitants pour des tâches en partie ingrates et dangereuses.

Le niveau de radiations est mesuré en permanence sur le site. "On ne peut pas éviter les radiations, dit un ouvrier. C’est en limitant le temps sur place et en s’éloignant qu’on régule la dose reçue." (KARYN NISHIMURA / RADIO FRANCE)

Tepco n’a pas le contrôle direct de tout le personnel et découvre parfois des malversations de sous-traitants peu scrupuleux. Le groupe dit s’efforcer d’avoir le meilleur suivi possible et insiste sur le renforcement de la sécurité, pas seulement face aux radiations, mais aussi face à la chaleur en été, insupportable sous la tenue obligatoire.

De nombreux réservoirs d'eau de la centrale de Fukushima doivent être démontés et décontaminés. Un défi quotidien. (KARYN NISHIMURA / RADIO FRANCE)

Sur le site, certains travaux sont titanesques et paraissent irrationnels. Mais, même sans grande visibilité sur l’avenir, il faut au jour le jour petit à petit avancer, dans l’espoir de tourner la page sur cette catastrophe. "Dans cette zone devant, il y a 49 réservoirs d’eau ; 24 doivent être démontés en les décontaminant au laser", explique un ouvrier de la société Taisei qui transpire sous son masque.

Six cas de cancers reconnus officiellement

Depuis 2011, sur les dizaines de milliers de travailleurs de la centrale, seulement six cas de cancers ont officiellement été reconnus comme dus aux radiations, mais la justice est saisie dans divers autres cas, reconnaît un autre responsable de Tepco : "Les deux employés qui ont subi les plus fortes radiations en 2011 sont vivants, ils travaillent toujours, pas à la centrale mais dans un autre service."

Il y a des procès en cours de personnes disant avoir été irradiées sans le savoir. Il est difficile d’établir le lien direct entre une maladie et les radiations, mais le ministère de la Santé a des critères assez larges.

Responsable de Tepco

De nombreuses dispositions ont été prises pour améliorer les conditions de vie des travailleurs et minimiser les risques d’incidents dans l’enceinte de cette centrale, mais "tout y est défi, car tout est inédit", résume un travailleur.

Des mesures drastiques sont désormais prises pour limiter l'exposition des travailleurs aux risques que présente ce chantier inédit. (KARYN NISHIMURA / RADIO FRANCE)

Un des plus gros problèmes sur le site concerne l’eau contaminée qu’il faut traiter et stocker (il y en a déjà plus de 1,2 million de tonnes) et le plus difficile sera d’extraire le combustible nucléaire fondu des réacteurs numéros 1 à 3, une tâche pour laquelle les techniques restent à inventer.

Le reportage de Karyn Nishimura
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