Pourquoi la scène de viol du "Dernier tango à Paris" fait de nouveau polémique

Un article du "Elle" américain a remis en lumière la célèbre scène de sodomie du film de Bernardo Bertolucci.

Une scène extraite du \"Dernier tango à Paris\" de Bernardo Bertolucci avec Marlon Brando et Maria Schneider.
Une scène extraite du "Dernier tango à Paris" de Bernardo Bertolucci avec Marlon Brando et Maria Schneider. (UNITED ARTISTS)

Plus de quarante ans après la sortie du film et le scandale qui avait suivi, la scène de sodomie contrainte du Dernier tango à Paris, de Bernardo Bertolucci, fait de nouveau parler d'elle. En cause : une vidéo datant de 2013, dans laquelle le réalisateur italien admet avoir scénarisé la scène sans prévenir l'actrice Maria Schneider. Exhumé par un article de la version américaine du magazine Elle (en anglais), vendredi 2 décembre, le récit de ce tournage, pourtant connu, suscite l'indignation des internautes, qui dénoncent un viol porté à l'écran.

Dans cette interview de 2013, tournée à la Cinémathèque française, Bernardo Bertolucci raconte donc comment il a eu l'idée de filmer cette scène sans prévenir la comédienne, âgée de 19 ans à l'époque. Maria Schneider y interprétait une jeune Parisienne vivant une relation charnelle avec un Américain plus âgé, incarné par Marlon Brando, 48 ans.

"Je voulais qu'elle se sente humiliée"

Dans la scène en question, l'acteur simule une sodomie sur la jeune actrice, à même le sol, après avoir pioché dans une motte de beurre pour en faire du lubrifiant. "J'ai été horrible avec Maria, je voulais sa réaction en tant que fille et non en tant qu'actrice, je voulais qu'elle se sente humiliée..." se souvient le réalisateur. Cet entretien a donc été repris par Elle vendredi, avec ce titre : "Bertolucci admet avoir scénarisé en secret la scène de viol du Dernier tango à Paris."

Morte en 2011, Maria Schneider avait donné sa version en 2007, dans le Daily Mail (en anglais). Traumatisée par cette "expérience", l'actrice disait s'être sentie "humiliée" et "violée". "La scène n'était pas dans le scénario original. La vérité, c'est que c'est Marlon qui a eu l'idée. Ils me l'ont dit juste avant qu'on filme cette scène et j'étais révoltée. (...) Pendant la scène, même si je savais que ce que Marlon faisait n'était pas pour de vrai, mes larmes étaient vraies."

Je me suis sentie humiliée et, pour être honnête, j'ai eu un peu l'impression d'être violée, par Marlon et Bertolucci. A la fin de la scène, Marlon n'est pas venu me consoler ou s'excuser.Maria Schneideren 2011

Indignation dans le monde du cinéma

Après la publication de l'article d'Elle, plusieurs personnalités du monde du cinéma ont fait part de leur indignation. La réaction la plus partagée reste celle de l'actrice américaine Jessica Chastain. "A toutes les personnes qui adorent ce film : vous regardez une jeune femme de 19 ans être violée par un homme de 48 ans, écrit la comédienne sur Twitter. Le réalisateur a planifié son agression. Ça me rend malade."

L'acteur Chris Evans a, lui, tweeté qu'il ne regarderait plus jamais ce film, Bertolucci ou Brando comme avant, et que sa réaction allait "au-delà du dégoût", parlant de "rage".

Bertolucci répond et s'énerve

Le réalisateur, jusqu'ici silencieux, est finalement sorti de sa réserve lundi. "Je voudrais, pour la dernière fois, clarifier un malentendu ridicule qui continue à être rapporté à propos de Dernier tango à Paris dans des journaux du monde entier", écrit-il dans un communiqué. 

"Certains ont pensé et pensent que Maria n'avait pas été informée de la violence subie [dans la scène]. Faux ! Maria savait tout parce qu'elle avait lu le scénario où tout était décrit. La seule nouveauté était l'idée du beurre", affirme Bernardo Bertolucci.

Enfin, il juge "désolant" que certains ne sachent pas que "le sexe est (presque) toujours simulé au cinéma".