Ennio Morricone, le "maestro" du cinéma, est mort à l'âge de 91 ans

Lauréat d'un Oscar d'honneur en 2007, le musicien est mort dans la nuit de dimanche à lundi dans une clinique de Rome, où il était hospitalisé à la suite d'une chute ayant provoqué une fracture du fémur, d'après plusieurs médias italiens citant sa famille. 

Le compositeur italien Ennio Morricone, le 21 janvier 2019 à Berlin (Allemagne). 
Le compositeur italien Ennio Morricone, le 21 janvier 2019 à Berlin (Allemagne).  (CHRISTOPH SOEDER / DPA / AFP)

Le "maestro" italien n'est plus. Auteur de plus de 500 musiques pour le cinéma, avec des mélodies aussi légendaires que celle du film Le bon, la brute et le truand (1966), Ennio Morricone est mort dans la nuit du dimanche 5 au lundi 6 juillet à l'âge de 91 ans, indiquent l'Agence de presse italienne Ansa et plusieurs médias italiens, citant la famille du musicien. Le compositeur italien a reçu un Oscar d'honneur pour l'ensemble de sa carrière en 2007 puis un second en 2016 pour la musique du film Les huit salopards de Quentin Tarantino.

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C'est sans doute le compositeur de films le plus connu lorsqu'on parle de musiques de films. Sa composition la plus mémorable restera sans doute le lancinant air d'harmonica joué par Charles Bronson dans Il était une fois dans l'Ouest (1968) de Sergio Leone.

Né à Rome en 1928, Ennio Morricone a écrit des partitions pour près des centaines de films. Son nom était le plus étroitement lié à Leone, avec lequel il a travaillé sur les désormais classiques "westerns spaghettis" ainsi que Il était une fois en Amérique. Le compositeur a travaillé sur des films de genres très différents, de l'horreur à la comédie. "Les western spaghetti, ce sont un peu les fondations de la maison Morricone, expliquait Stéphane Lerouge, concepteur en 2019 d'un coffret monumental dédié au compositeur. Mais sur l’ensemble de sa production, il a fait presque autant de films engagés, de films politiques, ou de comédies, ou de thrillers, que de westerns." 

Des musiques composées avant les tournages

Ennio Morricone a travaillé avec les plus grands réalisateurs de cinéma à Hollywood et ailleurs (Huston, Siegel, Polanski, Fuller, Leone, Pasolini, Bertolucci, Argento, Pontecorvo et Almodóvar). Véritable artiste du XXe siècle, il doit aussi son succès à une combinaison habile entre image et mélodie. Et la liste de ses collaborations n'en finit plus : Brian De Palma, Henri Verneuil, Yves Boisset, Giuseppe Tornatore, Roland Joffé ou encore John Carpenter, comment s’adapter alors à des univers et des personnalités si différentes ? Ennio Morricone avait pour cela une méthode très personnelle : "Les metteurs en scène devaient accepter ce que j'écrivais. Et je n'écrivais pas ce à quoi ils s'attendaient. À chaque fois, ils imaginaient autre chose... Donc, pour les aider à dépasser cette difficulté, j'ai pris l'habitude d'écrire avant le tournage. Lorsque le réalisateur prépare le film, il me fait lire le scénario, quelques scènes, et j'écris les thèmes principaux à l'avance. Cela aide le metteur en scène à comprendre ce que je fais". Sergio Leone disait d'ailleurs de Morricone : "Ce n’est pas mon musicien, c’est mon scénariste."

Le compositeur italien Ennio Morricone lors d\'un concert à Berlin le 21 janvier 2019
Le compositeur italien Ennio Morricone lors d'un concert à Berlin le 21 janvier 2019 (MARC VORWERK/SULUPRESS.DE / SULUPRESS.DE)

Des influences variées, de Boulez à Bach

Le musicien reconnaissait volontiers que les compositions pour le cinéma semblent plus faciles, plus entraînantes que la centaine d'œuvres de musique de chambre ou contemporaine qu'il a également écrites. Parmi ses compositeurs préférés figuraient d'ailleurs Stockhausen, Pierre Boulez, Luigi Nonno, Aldo Clementi, Goffredo Petrassi, "mon maître", disait-il, mais aussi Stravinsky, Bach, Palestrina et Monteverdi. 

"J'ai tenté de m'inventer une manière d'écrire de la musique avec beaucoup de pauses", expliquait-il "faite de monosyllabes ou de trois syllabes mises ensemble et ensuite une pause. Un peu comme une pensée qui va et vient et se répète de manière différente. J'ai toujours voulu changer, même si à la fin je reste toujours moi-même".

Pendant toute sa carrière, Morricone a jonglé entre "musique légère" et classique, cinéma et télévision. L'histoire du cinéma retiendra surtout ses musiques pour Leone mais aussi pour le film Théorème de Pier Paolo Pasolini. Souvent d'ailleurs, ces chefs-d'oeuvre ont d'abord été connus et aimés pour leurs musiques. Le génie de Morricone résidait dans l'impureté, ses emprunts apparemment anachroniques au néoclassicisme et au jazz, ou même au pop-rock.

Une pluie d'hommage

Le décès de l'un des Italiens les plus connus au monde a suscité de très nombreuses réactions. "Nous nous souviendrons pour toujours et avec une reconnaissance infinie, du génie artistique du maestro Ennio Morricone. Il nous a fait rêver, il nous a émus et fait réfléchir, écrivant des notes inoubliables qui resteront pour toujours dans l'histoire de la musique et du cinéma", a réagi sur Twitter le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte. "Le petit Toto de Cinéma Paradiso et tous les amoureux du compositeur sont bouleversés aujourd'hui", a commenté pour sa part le violoniste français Renaud Capuçon.

Enfin, Jean-Michel Jarre a parlé du génie italien comme d'une "source d'inspiration constante, comme un membre de ma famille". "Morricone fait partie de mon intimité, il a été omniprésent dans ma vie. Sans Morricone, comme beaucoup d'autres musiciens je pense, je ne serais pas là de la même façon. (...) c'est la perte d'une influence majeure dans ma vie, comme musicien, mais aussi pour son approche sonore, pour le rapport son-image, ce mélange unique de mélodies incroyables et ce son d'une modernité totale, il écrivait la musique du futur", poursuit le compositeur du tube Oxygène.

Les obsèques d'Ennio Morricone auront lieu de manière privée. "Dans le respect du sentiment d'humilité qui a toujours inspiré les actes de son existence", selon l'agence de presse italienne Ansa.