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L'Italie, Berlusconi et la presse européenne: après lui, le «chaos»?

La démission des ministres membres du parti de Silvio Berlusconi continuaient à faire couler de l'encre le 30 septembre 2013 dans la presse européenne. Mots les plus fréquents : «geste fou», «chaos», «désastre», «futur incertain», «déluge», «fuite en avant», «gouffre»… Les journaux du Vieux continent insistent sur la confusion totale entre les intérêts du Cavaliere et ceux de son pays.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
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L'ancien président du Conseil italien Silvio Berlusconi pendant un meeting de protestation contre sa condamnation pour fraude fiscale, le 4-8-2013 à Rome. (Reuters - Alessandro Bianchi )
«L’ouverture de la crise gouvernementale (…) a remis l’Italie au cœur des préoccupations des investisseurs internationaux», observe La Repubblica (centre-gauche). En clair, on avait déjà la crise politique, revoici le retour de la crise économico-financière…

Pour qualifier cette affaire, centrée une fois de plus sur Berlusconi, les journaux italiens parlaient le 29 septembre de «geste fou» de la part de l’ancien président du Conseil. Les éditorialistes ne trouvaient guère d'excuses au Cavaliere. «Le condamné fait couler l'Italie», titrait le quotidien Il Fatto Quotidiano (gauche). De son côté, La Stampa suppliait la classe politique par un pathétique et churchillien: «Ora basta, pensate al Paese », «Maintenant, ça suffit, pensez au pays».  

Les confrères européens des journaux italiens ne sont pas en reste sur le pessimisme et le vocabulaire de crise. Météo, notamment. «Après Berlusconi, le déluge», titre Libération (gauche) en France. «Silvio Berlusconi apparaît de plus en plus paniqué à l’idée que le Sénat votera sa déchéance parlementaire, courant octobre», observe de son côté Le Figaro (droite).
 
«C'est l'histoire d'un ancien empire devenu un pays ingouvernable. C'est l'histoire d'un vieil empereur (ou presque) soucieux de ses pouvoirs personnels et prêt à prendre ses compatriotes en otage. C'est l'histoire d'une jeunesse au chômage et de tout un peuple tiraillé par une économie en berne. Bref comme dirait l'autre, c'est l'histoire de l'Italie, de Berlusconi, et d'un gouvernement qui n'en est plus un», commente La Libre Belgique dans un excellent papier qui replace toute l’affaire dans son contexte.

L'ancien président du Conseil Silvio Berlusconi, vu sur un écran, lors de l'inauguration du nouveau siège de son parti, le PDL, à Rome le 19-9-2013. Comme cette image, l'avenir du Cavaliere apparaît quelque peu brouillé... (AFP - Vincenzo Pinto)

«L’Italie, au bord du gouffre, une fois de plus», constate l’éditorial du Guardian (centre- gauche) de Londres. Et d’ajouter : «Quand on a un homme incapable de séparer son destin de celui de son pays, on a tous les ingrédients pour un désastre». The Independant (qui se veut «indépendant» des conservateurs et des travallistes) reste plus factuel. Il met en avant le fait que «des discussions d’urgence sont en cours pour tenter de sauver» la coalition au pouvoir en Italie. Il cite l’actuel président du Conseil, Enrico Letta, pour qui le retour aux urnes est la dernière des solutions «avec des spéculateurs prêts à bondir au moindre signe d’une nouvelle instabilité financière».

Un scénario économique que retient également El Pais (centre-gauche) à Madrid : «L’Italie menace de rouvrir la crise de l’euro dans sa version plus politique». En clair, économie et politique sont étroitement liés… Quand à ABC (conservateur), autre quotidien madrilène, il onstate que l’affaire a d’ores et déjà des répercussions sur les marchés financiers espagnols.

A l’instar de ses confrères italiens, la presse allemande emploie des mots très forts pour qualifier les conséquences du geste berlusconien :  «Le gouvernement italien (…) est au bord de l’effondrement», constate la Frankfurter Allgemeine Zeitung (conservateur) en publiant une photo de Silvio Berlusconi lui donnant l’apparence d’un personnage de cire sorti tout droit du musée Grévin… De son côté, Der Spiegel (centre-gauche) évoque le «chaos politique» en Italie.

«L’Italie est devant un avenir incertain», titre la Süddeutsche Zeitung (centre-gauche) qui constate que «l’indignation est grande» dans le pays et que tout est «ouvert».

Ouvert ? L’apocalypse n’est peut-être donc pas une fatalité pour l’Italie… Notamment parce que Silvio Berlusconi doit faire face à «des dissensions sans précédent au sein de son propre parti (PDL pour Il Popolo della Libertà, le Peuple de la liberté, NDLR) après un week-end chaotique», comme le constate le Guardian.

Des dissensions sans précédent à tel point que le PDL «se trouve au bord de la scission», titre l’hebdomadaire allemand Die Zeit (centre). Une scission qui pourrait s’avérer une «bénédiction» pour Enrico Letta. Car l’on pourrait  assister à des défections dans les rangs berlusconiens : désobéissant à leur chef, des parlementaires du parti pourraient ainsi refuser de faire chuter le gouvernement. Permettant ainsi une nouvelle fois à la Péninsule d’échapper de peu au chaos… 

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