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Italie : "Une première absolue" de voir un président qui se met en travers d'une majorité parlementaire

Christophe Bouillaud, professeur de Sciences politiques à l'IEP de Grenoble et spécialiste de la vie politique italienne a réagi sur franceinfo lundi après le veto du président italien contre le choix d'un ministre.

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Radio France
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Le président italien Sergio Mattarella lors d'une conférence de presse à Rome, le 27 mai 2018. (VINCENZO PINTO / AFP)

Le président italien Sergio Mattarella a créé la surprise lundi 28 mai en choisissant de mettre son veto contre le choix d'un ministre décidé par une majorité parlementaire régulièrement élue.

Le président italien a effectivement chargé Carlo Cottarelli, un ancien responsable du Fonds monétaire international (FMI), de former un gouvernement technique alors que les chefs du Mouvement 5 Étoiles et de la Ligue (extrême droite), majoritaires au Parlement, avaient proposé le nom de Giuseppe Conte.

Pour Christophe Bouillaud, professeur de Sciences politiques à l'IEP de Grenoble et spécialiste de la vie politique italienne, c'est une "première absolue" qu'un président de la république italien se mette "en travers de la formation d'une majorité parlementaire qui existe".

franceinfo : Comment analysez-vous ce nouveau rebondissement ?

Christophe Bouillaud C'est une première. Il y avait une majorité parlementaire possible et finalement le président de la République se met en travers de la formation de cette majorité parlementaire, c'est quand même une nouveauté dans l'histoire politique italienne. Il n'outrepasse pas son rôle dans la mesure où l'on peut avoir une interprétation de la Constitution où il peut refuser de nommer un ministre dont les qualités ne seraient pas celles qu'elles devraient être. Mais c'est une première absolue dans le sens où le président de la République se met en travers de la formation d'une majorité parlementaire qui existe au Parlement. En général, ce sont plutôt les majorités parlementaires qui font défaut. Là c'est la première fois qu'un président de la République se met en travers et en plus, nomme pour remplacer ce gouvernement qui n'aura pas lieu, un candidat au poste de président de Conseil dont tout le monde sait pertinemment qu'il ne peut pas avoir de majorité parlementaire. Normalement dans la Constitution, on doit nommer une personne dont on peut imaginer qu'il a 95% de chances d'obtenir une majorité parlementaire, or, là, Cottarelli a peut-être 0,2% de chances d'avoir une majorité parlementaire.

Cela signifie-t-il qu'il n'y a pas d'horizon de sortie de crise ?

Si, il y a un horizon de sortie de crise tout à fait clair puisqu'il y aura des élections anticipées. Après il y a encore quelques incertitudes pour savoir si l'on change le mode de scrutin, et savoir si on le fait au plus tôt ou si on le repousse au début de l'année 2019 après le vote du budget. Et puis, il y a quand même une incertitude forte sur les alliances. Le centre droit, avec Salvini à sa tête, pourra-t-il continuer à exister alors que Silvio Berlusconi renâcle dans les brancards ?

Cela ne signifie-t-il pas que le système politique italien ne fonctionne pas ?

Non, on peut écarter cela. Ce n'est pas le système qui ne fonctionne pas, mais il y a des oppositions fondamentales sur l'avenir de l'Italie. Mattarella, par toute sa carrière, est l'antagonisme parfait de la majorité parlementaire qu'on lui proposait. Il ne pouvait pas accepter cette majorité qui était le contraire de toute sa vie.

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