Référendum en Italie : que va changer la victoire du "non" à la réforme constitutionnelle ?

"Ciao" Matteo Renzi. Le président du Conseil italien doit remettre sa décision après la large victoire du "non" à la réforme des institutions. Et l'issue du scrutin ne sera pas sans conséquence pour l'Europe.

Des partisans du \"non\" au référendum devant le palais Chigi, siège de la présidence du Conseil, à Rome, dans la nuit du 4 au 5 décembre 2016. \"Vouliez-vous changer la Constitution ? A bientôt\", peut-on lire sur la banderole.
Des partisans du "non" au référendum devant le palais Chigi, siège de la présidence du Conseil, à Rome, dans la nuit du 4 au 5 décembre 2016. "Vouliez-vous changer la Constitution ? A bientôt", peut-on lire sur la banderole. (TONY GENTILE / REUTERS)

Un peu plus de 1 000 jours au pouvoir, et puis s'en va. Le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, doit remettre sa démission, lundi 5 décembre, au lendemain de la large victoire du "non" au référendum portant sur la réforme constitutionnelle. Il quitte le pouvoir en assumant, dit-il, "toutes les responsabilités de cet échec". "J’ai perdu, je le dis haut et fort, même si j’ai la gorge nouée, a-t-il affirmé. Mon gouvernement s’arrête là." Voilà l'Italie plongée dans le doute. L'Europe aussi. Franceinfo s'interroge sur les conséquences de ce scrutin.

En Italie, une nouvelle période d'instabilité politique

Tout va désormais se jouer sous les ors du palais du Quirinal, à Rome, où siège la présidence de la République. Matteo Renzi est attendu dans le bureau du chef de l'Etat, Sergio Mattarella, lundi après-midi, pour lui remettre formellement sa démission.

Dans la foulée, le président de la République recevra les représentants des forces politiques dotées de parlementaires. Le Parti démocrate, la Ligue du Nord, Forza Italia – le parti de Silvio Berlusconi –, mais aussi les eurosceptiques du Mouvement 5 étoiles (M5S) de Beppe Grillo, le grand vainqueur du référendum. "C'est une leçon pour tous : on ne peut pas toujours mentir au peuple sans en subir les conséquences", a tweeté dans la nuit le leader du M5S, qui se dit déjà prêt à assurer les plus hautes fonctions du pays.

A l'issue de ces différentes rencontres, le président de la République devra choisir entre plusieurs options. Optera-t-il pour un gouvernement de transition ? Décidera-t-il d'organiser des élections anticipées ? Camille Bedock, spécialiste des réformes institutionnelles en Italie, penche pour la première option, celle d'un gouvernement technique. "Ce gouvernement serait dirigé soit par le ministre de l'Économie, pour rassurer les marchés, soit par le président du Sénat", explique la politologue à franceinfo.

En Italie et en Europe, des marchés financiers aux aguets 

Après l'annonce de la victoire du "non" au référendum, les cours des banques italiennes ont chuté de près de 4% à la Bourse de Milan. De quoi inquiéter car elles sont parmi les plus fragiles d'Europe. Leurs créances douteuses représentent aujourd’hui 20% du PIB italien. Ces 360 milliards d'euros de prêts non remboursés, dont le risque est très élevé qu'ils ne le soient jamais, représentent un tiers du total de la zone euro. Cette période de flottement devrait aussi provoquer une hausse des taux d'intérêt, ce qui serait préjudiciable pour le pays.

Quant à l’euro, il s’est nettement affaibli face au dollar, au point de tomber à son plus bas niveau depuis mars 2015 face au billet vert. Peu après l'ouverture des Bourses européennes, lundi, la monnaie unique valait 1,0653 dollar contre 1,0669 dollar à la fermeture vendredi soir. François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, veut toutefois relativiser l'impact du référendum sur l'Europe. Selon lui, "le scrutin [de dimanche] ne peut pas être comparé au référendum britannique". "Le peuple italien a été appelé aux urnes pour voter sur une question constitutionnelle intérieure et pas sur l’appartenance de longue date de l’Italie à l’UE ", a-t-il rappelé lors d'un discours à Tokyo (Japon), en marge du 20e Forum financier international. 

C'est aussi ce que pense Yves Bertoncini, le directeur de l’Institut Jacques-Delors : "Il y a des mécanismes de sauvetage qui ont, par exemple, déjà été utilisés vis-à-vis du secteur bancaire espagnol, a-t-il estimé sur franceinfo. Ce n’est pas comme si les Européens étaient dépourvus. Mais il n’en reste pas moins que si l’Italie, troisième économie de la zone euro, allait mal, l’économie européenne dans son ensemble en pâtirait." 

En Europe, la crainte d'un nouveau départ

Les eurosceptiques italiens n'ont pas tardé à voir dans ce "non" la première étape vers un "Italexit", une sortie de l'Union de l'Italie sur le même modèle que le "Brexit" au Royaume-Uni. Un sentiment accentué par l’hypothèse d'une arrivée aux affaires du Mouvement 5 étoiles de l'humoriste Beppe Grillo, eurosceptique acharné, qui réclame depuis longtemps un référendum sur cette question.

"L’Europe peut s’inquiéter chaque fois que l’un de ses États membres est fragilisé dans sa capacité à gouverner, explique Yves Bertoncini, le directeur de l’Institut Jacques-Delors. Bruxelles ne peut rien faire si les États membres ne bénéficient pas de leaders forts capables d’engager leur pays, de défendre leurs intérêts et de passer des compromis." Pour autant, "pas de panique", nuance-t-il aussitôt sur franceinfo. "Ce n'est là qu'un scénario hypothétique puisqu’il n’y a pas de référendum de prévu et que les Italiens restent attachés à 67% à l'euro." 

La nomination d’un nouveau gouvernement, ces prochains jours ou ces prochaines semaines, devrait apporter quelques éléments de réponse sur la capacité de l'Italie à réagir.