Législatives en Italie : quels sont les différents scénarios après les élections ?

L'incertitude domine, lundi, après les élections législatives en Italie. En attendant les résultats définitifs, différentes alliances sont à l'étude.

Un homme regarde les listes de vote dans un bureau électoral à Rome (Italie), le 4 mars 2018.
Un homme regarde les listes de vote dans un bureau électoral à Rome (Italie), le 4 mars 2018. (MAX ROSSI / REUTERS)

Rien n'est arrêté. Les Italiens ont voté, dimanche 4 mars, à droite et pour les forces antisystème, lors des élections législatives, sans dégager une majorité claire. Le scrutin a été marqué par la percée historique du Mouvement 5 étoiles (M5S), qui devient le premier parti du pays avec un score dépassant les 31%, selon les sondages à la sortie des urnes. Mais c'est insuffisant pour gouverner seul. "Tous les partis vont devoir venir parler avec nous", a déclaré Alessandro Di Battista, l'un des leaders du mouvement. Franceinfo fait le point sur les scénarios possibles.

>> Suivez les réactions aux élections législatives italiennes dans notre direct

Le plus cohérent : une large coalition de droite

La coalition formée par Forza Italia (FI, centre droit) de Silvio Berlusconi, la Ligue de Matteo Salvini (extrême droite) et le petit parti Fratelli d'Italia (Frères d'Italie), obtient quelque 37% des voix, selon des résultats partiels portant sur près de 90% des bureaux de vote. Compte tenu de la complexité du système électoral, qui mêle scrutins proportionnel et majoritaire, il est encore trop tôt pour connaître la traduction de ces votes en nombre de députés et de sénateurs. Mais la majorité absolue semble d'ores et déjà hors de portée.

Par ailleurs, à l'intérieur de cette coalition, c'est la formation eurosceptique et anti-immigration de Matteo Salvini, proche du Front national (FN) français, qui est en tête avec 18% des voix. Or, dans le cadre de leur accord de coalition, Forza Italia et la Ligue ont convenu que la formation qui arriverait en tête prendrait la tête d’un éventuel gouvernement. Reste à savoir si Silvio Berlusconi tiendra parole et se rangera derrière Matteo Salvini.

Le plus eurosceptique : une réunion de l'extrême droite et du M5S

Une alliance "antisystème" entre la Ligue et le Mouvement 5 étoiles semble la seule alliance qui disposerait de suffisamment d'élus pour obtenir une majorité parlementaire stable. Selon des projections réalisées au milieu de la nuit, la Ligue et le M5S auraient 355 sièges à la Chambre des députés (majorité 316) et 168 au Sénat (majorité 158). 

Or, jusqu'ici, les principaux intéressés ont démenti une telle réunion et aucune discussion n'a été pour l'instant entamée sur ce scénario, qui donne des sueurs froides à Bruxelles. Matteo Salvini a d'ailleurs réaffirmé, lundi à la mi-journée, son opposition à tout accord avec le Mouvement 5 étoiles. "Les vainqueurs de cette bataille électorale sont Matteo Salvini et Luigi Di Maio", le chef de file du M5S, mais "tout cela ne conduit à aucune forme de gouvernabilité", assure de son côté l'éditorialiste de La Stampa (en italien).

Le plus improbable : une alliance entre le M5S et le centre gauche

Une autre option possible pour le Mouvement 5 étoiles serait de discuter avec le Parti démocrate et d'autres petits partis de gauche. Mais pour cela, il faudrait que Matteo Renzi, qui a juré de ne jamais faire alliance avec les "extrémistes", cède la direction du PD à quelqu'un de plus compatible. De telles discussions avaient eu lieu en 2013, sans aboutir à un accord. Reste que le M5S a évolué et que son nouveau dirigeant, Luigi Di Maio, s'est montré plus ouvert au dialogue que Beppe Grillo. Néanmoins, avec 19% des voix, les démocrates ne sont plus en position de force.

Le plus europhile : une alliance entre le centre droit et le centre gauche

Une sorte de "grande alliance" à l'allemande entre Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi, et le Parti démocrate (PD, centre gauche) de Matteo Renzi serait la moins risquée pour l'Union européenne. Mais cette alliance privilégiée par Bruxelles semble peu probable, si l'on en croit les chiffres actuellement disponibles. Avec seulement 14% pour Forza Italia et 18,98% pour le Parti démocrate, les deux partis sont loin de pouvoir constituer une majorité pour gouverner. Même si le parti démocrate s'alliait avec les autres partis de gauche europhiles, le compte n'y serait pas. A titre d'exemple, le parti de gauche +Europa n'atteint même pas les 3%. 

"Il est clair que pour nous il s'agit d'une défaite évidente", a commenté Maurizio Martina, l'un des plus hauts responsables du PD. C'est d'ailleurs l'ensemble de la gauche qui boit la tasse. Les frondeurs de Liberi e Uguali (Libres et égaux), sont à peine au-dessus du seuil des 3% nécessaires pour entrer au Parlement.

Le plus probable : statu quo... avant de nouvelles élections

Si aucune majorité ne se dessine, le président de la République, Sergio Mattarella, devrait laisser en place le gouvernement actuel de Paolo Gentiloni (centre gauche), qui n'a pas besoin de demander la confiance du nouveau Parlement pour gérer les affaires courantes. Le temps éventuellement de convoquer de nouvelles élections.

Reste que la procédure va prendre du temps. Les deux chambres se réuniront pour la première fois le 23 mars pour élire les deux présidents et constituer les groupes. Alors seulement, le président entamera ses consultations.