"L'Italie est sortie de la modération" après des élections où "les principaux partis ont eu des comportements populistes"

Les résultats des législatives en Italie montrent que les partis traditionnels sont "profondément remis en question", a analysé lundi sur franceinfo Guillaume Klossa, président de Civico Europa, un cercle de réflexion pro-européen

Des affiches au QG de campagne de la Lega, le parti d\'extrême droite italien, à Milan, le 4 mars 2018.
Des affiches au QG de campagne de la Lega, le parti d'extrême droite italien, à Milan, le 4 mars 2018. (AFP)

Les résultats des législatives en Italie ne sont pas encore encore définitifs mais ils ont de quoi inquiéter l'Union européenne car "les principaux partis ont eu des comportements populistes, et l'Italie, dans cette campagne, est sortie de la modération" a estimé lundi 5 mars sur franceinfo Guillaume Klossa, président de Civico Europa, un cercle de réflexion pro-européen. Les Italiens ont voté pour élire leur Parlement. Aucune majorité claire ne semble émerger des urnes. C'est la coalition de droite et d'extrême droite, formée autour du parti de Silvio Berlusconi, Forza Italia, et de la Lega menée par Matteo Salvini qui arrive en tête, mais sans majorité absolue. Le mouvement populiste 5 Étoiles est le premier parti en nombre de voix.

franceinfo : Est-ce que ces élections en Italie sont le début d'une nouvelle crise pour l'Union européenne ?

Guillaume Klossa : Déjà, il faut voir les bonnes nouvelles. Depuis hier [dimanche] l'Allemagne a un gouvernement avec une coalition CDU-SPD qui sera solide. C'est un premier signe positif pour l'Union européenne. La situation italienne n'est pas encore complètement claire. Il faut attendre les résultats définitifs mais ce qui est certain c'est que comme partout en Europe, on voit que le vote anti-establishment est très important. La dimension critique par rapport au projet européen est certaine. Les partis traditionnels, et c'est vrai en Italie mais ça l'a été aussi en France, sont profondément remis en question.

L'Italie, troisième économie de la zone eur,o va sans doute se retrouver sans gouvernement pendant un moment, avec deux forces très eurosceptiques en tête. Pour Bruxelles quel est le scénario de coalition le moins risqué ?

Toutes les combinaisons sont possibles. Concernant les deux forces en tête, il faut être très prudent sur le Mouvement 5 Étoiles. J'ai regardé à nouveau les positions de Luigi di Maio [le leader du mouvement] qui postule quand même pour le poste de président du Conseil européen, ce qui n'était pas le cas de son prédécesseur Beppe Grillo. Il a repositionné le Mouvement 5 Étoiles comme un mouvement pro-européen sceptique et non plus du tout europhobe. Le Mouvement 5 Étoiles s'inscrit dans le cadre du projet européen, veut rester dans la zone euro et, il y a quelques mois, il a failli négocier un ralliement au parti ALDE [Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe] qui est le parti le plus fédéraliste européen. Donc il faut être prudent. La coalition la moins risquée pour Bruxelles, c'est celle qui se prépare en coulisse depuis quelques mois entre le Parti démocratique [mené par Matteo Renzi] et Forza Italia [mené par Silvio Berlusconi], qui, tous les deux, ont eu une posture populiste. Le problème en Italie aujourd'hui c'est que les principaux partis ont eu des comportements populistes, et la tradition européenne, c'est quand même la modération. L'Italie, quelque part dans cette campagne, est sortie de la modération.

On a beaucoup parlé de la crise migratoire pendant la campagne. Est-ce que dans cette crise l'Europe ne paye pas le prix d'avoir laissé l'Italie seule face aux 700 000 migrants qui sont arrivés depuis 2013 ?

C'est certain. Quasiment tous les Italiens, quel que soit leur vote, ont un sentiment d'une forme de délaissement de l'Union européenne à l'égard de l'Italie sur la crise migratoire. Mais ce qui est vrai, aussi, c'est que l'Union européenne n'a pas la compétence [sur les questions migratoires]. Donc ce n'est pas l'Europe en elle-même qui est visée, c'est l'Europe des nations qui n'a pas été solidaire de la situation italienne. Et bien sûr cela pèse énormément dans la perception des Italiens, qui ont très longtemps été le peuple le plus pro-européen du continent.