Italie : les opposants à la ligne de TGV entre Lyon et Turin désespèrent

Les discussions s’intensifient entre les anti-système du Mouvement 5 Étoiles (M5S) et les Démocrates du centre gauche, pour tenter de former un gouvernement. Mais ils s’opposent sur de nombreux dossiers, notamment celui de la ligne à grande vitesse entre Lyon et Turin.

Paolo et Sabine, à Turin le 25 août 2019, sont deux opposants au projet de TGV entre Lyon et Turin. Le TAV (treno ad alta velocità, train à grande vitesse) est à leurs yeux \"un grand projet imposé et inutile\".
Paolo et Sabine, à Turin le 25 août 2019, sont deux opposants au projet de TGV entre Lyon et Turin. Le TAV (treno ad alta velocità, train à grande vitesse) est à leurs yeux "un grand projet imposé et inutile". (ISABELLE LABEYRIE / RADIO FRANCE)

"Vous voyez, les toits rouges ?", interroge Barbara dont la maison au pied de la montagne, dans la Vallée de la Suse, est cachée dans les arbres, très près des rails. "La ligne est juste derrière. Ce qu'on entend là... c’est un petit train ! Vous imaginez, dans cette vallée, le bruit d’un TGV ?" Cela fait trente ans que l’institutrice milite contre ce projet destiné à faire circuler plus d’hommes et de marchandises entre la France et l’Italie. La plus grande infrastructure de transport européenne est aujourd’hui en chantier. Côté politique, les Démocrates, comme la Ligue avant eux, y sont favorables. Le mouvement 5 étoiles (M5S), ne l'est pas du tout. C’est d’ailleurs ce qui a servi de déclencheur à l’éclatement de la précédente majorité.

Une "absurdité" économique et environnementale

"Pendant toutes ces décennies on en a vu passer, des gouvernements ! explique Barbara, mais même avec les plus ouverts, on n’a jamais obtenu l’abandon de l’ouvrage. Ça fait trente ans qu’on est là, et dans trente ans on y sera encore !" Les Démocrates et le M5S, qui pourraient former une nouvelle coalition en vue de gouverner, s'opposent farouchement sur ce dossier. 

Barbara de Bernardini, habitante de la vallée de Suse, lutte depuis plus de 30 ans contre le train à grande vitesse entre Lyon et Turin.
Barbara de Bernardini, habitante de la vallée de Suse, lutte depuis plus de 30 ans contre le train à grande vitesse entre Lyon et Turin. (ISABELLE LABEYRIE / RADIO FRANCE)

Une bataille perdue sur le plan politique mais aussi médiatique

Avec l’arrivée du M5S au sein du gouvernement de coalition avec la Ligue, l’an dernier, les militants ont cru au changement. Leur déception est immense. "Le M5S, c’est un parti d’ignorants, ils sont mal préparés, incapables, absolument pas dignes de confiance", s'emporte Davide Rostan, pasteur dans la vallée. "En un an au gouvernement, ils n’ont rien fait. Ils se sont juste servis de ce dossier pour leur image, pour faire semblant d’être de gauche ... Parce qu’ils savent très bien que ni les Démocrates ni aucun autre parti n’acceptera d’arrêter le chantier et que la bataille est perdue d’avance !"

Davide Rostan, opposant au projet de train TAV entre Lyon et Turin, est pasteur dans le Val de Suse.
Davide Rostan, opposant au projet de train TAV entre Lyon et Turin, est pasteur dans le Val de Suse. (ISABELLE LABEYRIE / RADIO FRANCE)

Angelo Tartaglia, professeur de physique opposé au TGV, dénonce un débat irrationnel et biaisé : "En quinze jours, il y a quelques mois de cela, La Stampa, le quotidien de Turin, a publié 75 pages en faveur du train à grande vitesse. Sans arguments, mais avec des slogans, du genre : 'le progrès ne peut pas s’arrêter', 'Turin doit se connecter à l’Europe' etc. C’est une propagande efficace : les gens pensent que nous sommes des montagnards qui ne comprennent rien..."

Les gens pensent que nous sommes des ennemis du progrès qui veulent planter leurs patates et élever leurs chèvresAngelo Tartagliaà franceinfo


Le professeur poursuit : "Mais nous, c’est avec des chiffres et des arguments rationnels qu’on prouve que cette affaire est une folie. D’un point de vue économique, cet ouvrage n’a aucun sens. Les investissements sont sous-estimés, et nettement supérieurs aux bénéfices attendus car l’accroissement du trafic, lui, a été surestimé". Les différents rapports sur le coût et l’inutilité du tunnel n’ont pas convaincu. L’Union européenne vient même de donner un coup d’accélérateur au projet en augmentant sa part de financement.

En Italie, les opposants au projet de ligne à grande vitesse Lyon-Turin désespèrent
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