Agressions racistes en Italie : Matteo Salvini entretient un "climat relativement malsain"

Christophe Bouillaud, professeur de sciences politiques à l’IEP de Grenoble et spécialiste de la vie politique italienne a réagi sur franceinfo à la vague d'agressions racistes en Italie.

 Matteo Salvini, le ministre de l\'Intérieur italien, le 25 juin 2018 à Rome.
 Matteo Salvini, le ministre de l'Intérieur italien, le 25 juin 2018 à Rome. (TIZIANA FABI / AFP)

Pour le ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini, "il n’existe pas de racisme en Italie, mais juste un problème d’immigration", analyse sur franceinfo Christophe Bouillaud, professeur de sciences politiques à l’IEP de Grenoble et spécialiste de la vie politique italienne, au sujet de la vague d'agressions racistes en Italie ces dernières semaines.

Accusé d’alimenter un climat d’intolérance, Matteo Salvini a déclaré qu’il se tiendrait toujours "aux côtés de celui qui subit les violences", tout en niant l’ampleur du phénomène en Italie. Une "arme politique" souvent utilisée par son parti, la Ligue du Nord, souligne Christophe Bouillaud.

franceinfo : Comment qualifier le climat actuel en Italie ?

Christophe Bouillaud : On peut dire que le climat est relativement malsain dans la mesure où le gouvernement voit la présence d’un ministre de l’Intérieur pour lequel il n’existe pas de racisme en Italie, mais juste un problème d’immigration. Pour lui, les Italiens ne sont pas racistes, il n’est pas raciste bien sûr lui-même, les gens qui l’accusent de racisme ont complètement tort, et le seul problème qu’il peut y avoir en Italie c’est une immigration qui a été incontrôlée et qu’il s’agit maintenant de contrôler. Par ailleurs, il souligne l’importance de la délinquance d’origine immigrée, qui semble pour lui le problème principal de l’Italie, ou au moins un des problèmes principaux.

Depuis quand est-ce que la question du racisme existe dans le débat italien ?

C’est une question relativement nouvelle. C’est seulement qu’au début des années 1990, lorsque l‘Italie est devenue un pays d’immigration, que l’on s’est rendu compte que le racisme pouvait exister, et qu’en particulier le racisme pouvait être instrumentalisé par un parti politique. La Ligue du Nord est le parti, en Italie, qui a instrumentalisé le premier le racisme. Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce ne sont pas les héritiers du néofascisme qui ont commencé à utiliser le racisme et la xénophobie comme arme politique, c’est bien la Ligue du Nord à l’époque d’Umberto Bossi. Déjà à l’époque, beaucoup de militants antiracistes dénonçaient très fortement cet entrepreneur du racisme qu’était la Ligue du Nord de l’époque.

Vous parliez de l’instrumentalisation du racisme par la Ligue du Nord. Et aujourd’hui, Matteo Salvini a utilisé des mots de Benito Mussolini. On a le sentiment qu’il s’amuse à mettre de l’huile sur le feu, qu’en pensez-vous ?

Bien sûr. En fait, toute la technique de communication de Salvini est de bien montrer aux Italiens que des gens le haïssent. Et comme il le dit, il répond avec de l’amour. Il s’agit de signaler aux électeurs italiens que c’est bien la personne qu’il faut, dans la mesure où il s’oppose à d’autres gens.

Peut-on dire que la Ligue du Nord de Matteo Salvini écrase pratiquement toute autre parole politique ?

Oui, c’est largement vrai. Un peu moins dans les toutes dernières semaines dans la mesure où maintenant il y a, en discussion au Parlement, ce qu’ils appellent "le décret d’unité", qui doit réformer le marché du travail et qui permet au Mouvement 5 étoiles de Luigi di Maio d’être un peu plus à la pointe de l’actualité.

Mais c’est vrai que les premières semaines du gouvernement Ligue – Mouvement 5 étoiles ont été extrêmement marquées par le poids de Matteo Salvini. Cela correspond aussi à une extraordinaire demande de la part des électeurs. C’est-à-dire que les sondages d’opinions lui sont extrêmement favorables. Matteo Salvini est d'autant plus populaire que le gouvernement est déjà impopulaire. Et il est populaire parce qu’il a un discours contre l’immigration qui est approuvé par 60 à 70% des Italiens.