Pèlerinage à La Mecque: l’Iran veut enlever la gestion des lieux saints à Ryad

Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, exhorte les musulmans à «réfléchir sérieusement à la gestion des lieux saints» situés en Arabie, dont les deux plus importants de l'islam, La Mecque et Médine. Aucun Iranien n’accomplira le pèlerinage cette année. Le pèlerinage rapporte 40 milliards de dollars à Ryad.

Des pèlerins musulmans autour de la Kaaba accomplissent le pèlerinage de la omra, dans la ville sainte de La Mecque, en Arabie Saoudite, le 17 juin 2012.
Des pèlerins musulmans autour de la Kaaba accomplissent le pèlerinage de la omra, dans la ville sainte de La Mecque, en Arabie Saoudite, le 17 juin 2012. (FAYEZ NURELDINE / AFP)

La revendication n’est pas nouvelle, la violence des propos non plus. «Le monde musulman, aussi bien les gouvernements que les peuples, doit connaître les dirigeants saoudiens et leur nature irrévérencieuse, non croyante et dépendante», affirme l'ayatollah Ali Khamenei, à moins d’une semaine du grand pèlerinage de La Mecque. Ses nouvelles attaques illustrent la persistance des tensions entre l'Iran chiite et l'Arabie Saoudite sunnite (wahhabite), deux puissances qui cherchent à étendre leur influence au Moyen-Orient.
 
Le guide suprême iranien dénonce depuis des années le contrôle des lieux saints de l’Islam (La Mecque et Médine) par l’Arabie Saoudite. Il exhorte les musulmans à «réfléchir sérieusement à la gestion des lieux saints sinon le monde musulman sera confronté à des problèmes plus grands». Sans préciser la nature de ces problèmes.

 
Les relations entre les deux pays n’ont jamais été au beau fixe et se sont dégradées il y a an, lors du dernier hajj. Une immense bousculade avait provoqué la mort de près de 2.300 pèlerins, dont 464 Iraniens. Depuis, Téhéran et Ryad n'ont pas réussi à trouver un accord en 2016 pour l'envoi des pèlerins iraniens à la Mecque alors qu'ils avaient été 60.000 en 2015.
 
Un marché de 40 milliards de dollars
Deux millions de personnes sont attendues à La Mecque. Chaque pèlerin dépense en moyenne 4.633 dollars. Le pèlerinage est la deuxième source de revenus derrière le pétrole en Arabie Saoudite. On estime à près de 9 millions le nombre de pèlerins qui se rendent chaque année à La Mecque et à Médine pour le hajj ou la Omra, (petit pèlerinage). Soit près de 40 milliards de dollars.
 
L’Arabie Saoudite dénonce une «ingérence étrangère» dans la gestion de Médine et de La Mecque. La monarchie saoudienne justifie sa légitimité (religieuse et politique) en tant que gardienne des lieux saints. D’où son intransigeance à refuser toute concession. 
Pèlerinage à la Mecque, la ville natale du prophète Mohammed, en Arabie Saoudite.
Pèlerinage à la Mecque, la ville natale du prophète Mohammed, en Arabie Saoudite. (Reuters / Muhammad Hamed )

 
C'est la première fois depuis presque trois décennies que des Iraniens sont empêchés de participer au hajj. Les relations entre les deux pays se sont encore tendues en janvier 2016 lorsque l'Arabie Saoudite a rompu ses relations avec l'Iran après l'attaque de son ambassade à Téhéran. Ryad a également rompu ses relations commerciales et les liaisons aériennes avec Téhéran.