L'Iran avant les élections législatives

Des élections législatives doivent avoir lieu le 2 mars 2012. Les réformateurs n’y participeront pas. En leur absence, le scrutin devrait permettre de mesurer la popularité des conservateurs après la réélection contestée du président Ahmadinejad en 2009 et la répression des manifestations qui a suivi, sur fond d’économie mal en point et de crise nucléaire.

Le président Mahmoud Ahmadinejad prononçant un discours à Téhéran le 3-6-2011 sous les portraits de l\'ayatollah ALi Khamenei (à gauche) et celui du fondateur de la République islamique, l\'ayatollah Ruhollah Khomeini (à droite)
Le président Mahmoud Ahmadinejad prononçant un discours à Téhéran le 3-6-2011 sous les portraits de l'ayatollah ALi Khamenei (à gauche) et celui du fondateur de la République islamique, l'ayatollah Ruhollah Khomeini (à droite) (AFP - BEHROUZ MEHRI )

Une économie exsangue
Le Parlement iranien est officiellement une « assemblée consultative islamique » qui a surtout un pouvoir économique. En la matière, la situation du pays est préoccupante. Ces dernières semaines, la monnaie iranienne a perdu 30 % de sa valeur par rapport au dollar. « Les gens sont inquiets pour l’avenir. C’est pourquoi ils se ruent sur le dollar », constate un spécialiste. L’inflation est importante (officiellement aux alentours de 17 %) et les prix des biens de consommation ont beaucoup augmenté. Le taux de chômage s’élèverait à 20 %.

Pour les observateurs, cette situation résulte notamment des effets économiques des sanctions occidentales, récemment renforcées. L’UE a notamment décidé un embargo sur le pétrole (80 % des recettes budgétaires de l’Iran). Mais le pays vend surtout ses hydrocarbures à l’Asie, notamment la Chine qui n’entend pas se couper de cette source d’approvisionnement…

Conflit au sommet du pouvoir
Pour l’instant, les Iraniens ne manifestent guère leur mécontentement. Le pouvoir a réussi à étouffer par une répression impitoyable le mouvement de contestation après l’élection contestée de 2009. Mais des fissures apparaissent à l’intérieur même du régime. Une querelle oppose apparemment le clan de Mahmoud Ahmadinejad à celui de l’ayatollah Ali Khamenei, « guide suprême » de la République islamique. En octobre 2011, le « guide » a publiquement évoqué la suppression du poste de président… 
 


La guerre des chefs, vidéo de France 24 sur Dailymotion, 9-5-2011

Les adversaires de ce dernier lui reprochent sa gestion économique. Mais le conflit entre les deux clans est aussi idéologique. Le clan Ahmadinejad incarne un islam national revendiquant l’héritage perse que rejette Ali Khamenei. Le premier ne serait pas opposé à des discussions avec les USA, que le second refuse.

L'isolement de l'Iran
Autre problème : l’isolement de la République islamique sur la scène internationale. En dix ans, celle-ci est devenue une puissance qui compte au Proche-Orient. Son soutien au Hamas palestinien et au Hezbollah libanais, son alliance avec la Syrie, lui permettent de peser dans le conflit israélo-palestinien. Pour autant, le développement de son programme nucléaire a aggravé ses relations avec Israël et l’Occident. Mais aussi avec le monde arabe. Dans ce contexte ressurgissent les méfiances contre « une velléité d’hégémonie persane chiite » sur les terres sunnites.

Reste à savoir où en est ce programme, porté par le sentiment patriotique. Selon un récent rapport de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), l'Iran travaille « à la mise au point d'un engin explosif nucléaire ». Téhéran maintient que son programme est pacifique.

Confrontée à une situation intérieure et extérieure délicate, la République islamique ne risque-t-elle pas d'être tentée par une fuite en avant ? A la suite des sanctions occidentales contre ses installations pétrolières, elle a menacé de bloquer le détroit d’Ormuz, où transite 90 % du pétrole du Golfe. Les USA ont fait savoir qu’ils «répondront » à un blocage. De leur côté, les Israéliens pourraient être incités à déclencher des «frappes préventives » contre un programme qu’ils pensent destiné à détruire leur pays, contraignant Washington à intervenir. Une opération aux conséquences imprévisibles…