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En Iran, les femmes font de la résistance

La révolution islamique a ouvert un espace de liberté aux femmes qui représentent aujourd'hui 60% des étudiantes. Mais l'ère du président Ahmadinejad a marqué un retour en arrière, car elles ne peuvent pas se présenter à l'élection présidentielle, prévue le 14 juin 2013. Aujourd'hui, elles utilisent internet comme moyen d'émancipation.
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France Télévisions
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Des femmes dans un bus à Téhéran, le 25 février 2012. (AFP/ATTA KENARE)
Si les deux principaux candidats – classés dans le camp des réformateurs – pour l’élection présidentielle ont été invalidés en mai 2013 par le Conseil des gardiens de la Constitution, une décision arbitraire, les femmes sont victimes d’une discrimination encore plus implacable. Alors que trente d’entres elles s’étaient portées candidates, elles ont été exclues de la course par les autorités. Ce qui contrevient aux articles de la Constitution iranienne et qui va à l’encontre du droit international, indique Amnesty international.

Mais Zahra, une institutrice de 52 ans, a pu passer sous les fourches caudines des ayatollahs: cette héroÏne de bande-dessinée, créée par deux auteurs-dessinateurs, un Iranien et un Arabe, s'est déclarée candidate sur le site Vote4Zahra. Un moyen de touner en dérision le processus électoral.
 
Pourtant, le discours idéologique en Iran n’est pas anti-féminin. Ainsi, le guide suprême Ali Khamenei cite des hadits (préceptes édictés par Mahomet) qui proclament l’importance de la femme dans le foyer et la place au-dessus de l’homme. Mais dans le même temps, la lecture des Codes civil et pénal montre que la gent féminine dispose de moins de droits que les hommes et est plus durement punie.
 
Au début de la révolution islamique (1979), les autorités pour lutter contre l’analphabétisme ont encouragé les femmes des couches populaires à apprendre à lire et à écrire dans les mosquées, indique la sociologue Roksana Bahramitsash. Les maris n’ont pu s’opposer à l’éducation de leurs épouses. Et celles-ci, mobilisées pour la cause de la révolution, ont appris à devenir autonomes et à tenir un rôle public.
 
La jeunesse féminine s'est lancée avec ferveur dans les études et, actuellement, il y a plus de femmes médecins que d’hommes. Elles sont 60% dans les universités, alors que leur présence dans la vie active s'établit à 11%. Cette place dans la vie civile a connu un arrêt après le départ du président réformateur Khatami en 2005.
 
Réseaux sociaux
L’importance de la place des femmes a été remarquée lors des manifestations qui ont marqué la réélection du président Ahmadinejad en 2009. Elles se trouvaient, nombreuses, au premier rang dans les cortèges de protesation. «Je pense qu'elles font partie des personnes les plus courageuses du monde, ni la torture, ni la prison, ni les agressions ne les ont fait reculer», indique Shiva Mahobi, militante de la condition féminine.
 
Afin de freiner leur place dans la société, le pouvoir a fermé en 2012 77 filières qui leur étaient ouvertes dans les universités et introduit des quotas. Mais les Iraniennes continuent à lutter pour leurs droits, notamment avec l’aide de l’avocate Shirin Ebadi, prix Nobel de la Paix en 2003, l'une de leur porte-parole. Les activistes, des journalistes, juristes, avocates et écrivains, ont lancé en 2006 sur internet la campagne «un million de signatures» pour tenter changer la Constitution et de mettre fin aux discriminations.   


«Les Iraniennes ont investi les réseaux sociaux et l’Internet pour faire avancer l’égalité entre les sexes, la liberté d’expression, la démocratie», indique Hanieh Ziaei, chercheuse à l’Université d’Ottawa. On compte aujourd’hui 36 millions d’internautes sur une population de 75 millions d’habitants, dont une majorité de femmes. L’espace virtuel est utilisé comme un outil d’expression et de résistance. Les blogs rencontrent un franc succès. «Ce média sert d’exutoire aux femmes d’en-bas, qui n’appartiennent à aucun groupe. Avec un sacré avantage, l’anonymat», indique la journaliste Delphine Minoui. Des blogueuses ont ainsi créé un blog féministe, où les débats portent sur les sujets tabous en Iran, comme la sexualité.
 
Youtube sert également à diffuser des clips vidéo qui sont la vitrine de la créativité, comme ceux de la rappeuse iranienne Say Skye, et donne naissance à une identité collective, indique Hanieh Ziaei. 
 
«Tremblement de terre»
Mais dans le même temps, l’Internet sert également le pouvoir, car c’est un outil d’espionnage. Les internautes changent souvent d’adresse pour échapper à l’œil mal-intentionné des mollahs et ils utilisent également des réseaux privés pour contourner le filtrage. Mais des mesures sont prises pour ralentir ou couper les réseaux en période d’élections. Nouvelle marotte du pouvoir, la création d’un intranet national.  
 
Les religieux iraniens ne manquent pas d’arguments pour affaiblir la position des femmes: selon Kazem Sedighi, un prêcheur iranien, «le comportement des jeunes Iraniennes qui s’habillent mal poussent les hommes à se pervertir, ce qui augmente les tremblements de terre»...

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