Crash du Boeing 737 en Iran : le tir d'un missile "est la plus vraisemblable des solutions", selon le général Patrick Charaix

Un Boeing 737 ukrainien s'est écrasé peu après son décollage de Téhéran mercredi, faisant 176 victimes.

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Radio France
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Les équipes de secours le 8 janvier 2020, sur le lieu du crash du Boeing 737 ukrainien. (- / AFP)

Mercredi près de Téhéran, un Boeing 737 ukrainien s'est écrasé près de Téhéran peu après son décollage, le jour même où l'Iran menait une attaque contre les forces américaines en Irak pour venger la mort du général Qassem Soleimani. Pour le général Patrick Charaix, ancien commandant des forces aériennes stratégiques et ancien pilote de chasse, invité de franceinfo vendredi 10 janvier, un tir d'un missile "est la plus vraisemblable des solutions" pour expliquer ce crash qui a coûté la vie à 176 personnes. Une version également soutenue par Londres et Ottawa mais nié catégoriquement par l'Iran. Une vidéo, que le New York Times assure avoir authentifiée, semble montrer le moment de l'impact entre un missile et le Boeing 737.


franceinfo : Est-ce que vous privilégiez cette thèse du missile ?

Le général Charaix : Ce qui est intéressant c'est de voir cette vidéo, évidemment, si elle est réelle, si c'est la bonne vidéo.

On n’a jamais vu un avion de ligne commercial comme ça exploser en vol. Il y a deux options : soit c'est un colis piégé qui est à bord, soit c'est effectivement un élément extérieur et donc un missile qui vient abîmer l'avion.

Le général Charaix, ancien commandant des forces aériennes stratégiques

à franceinfo

Ce qui est intéressant, c'est de voir que le pilote un moment fait demi-tour. Ça veut dire que le missile touche bien un de ses réacteurs puisque le Boeing 737 en a deux. Ce qui serait intéressant dans la boîte noire, c'est d'écouter les échanges radio qu'il y a eus. Mais ce qui est sûr, c'est que l'équipage ne peut pas se rendre compte immédiatement que c'est un missile qui lui tombe dessus. Lui, il voit des voyants rouges s'allumer, il voit un voyant en feu. Et donc, il a sans doute effectivement l'information d'un réacteur qui est en panne.

Le pilote peut-il savoir si c'est une explosion qui a lieu à bord ?

Oui. Parce que si c'est un engin explosif qui détruit l'avion, encore une fois, il a le temps de pouvoir au moins s'exprimer à la fréquence radio, de dire quelque chose. Là, d'après ce que j'ai compris, c'est qu'il n'a absolument rien dit à la fréquence. Et donc, on le voit aussi sur la vidéo. C'est l'explosion soudaine. Donc là, il n'a vraiment pas le temps de réfléchir. Et donc, la vraie question c'est, si jamais c'est un missile, qui a donné l'ordre aux militaires d'appuyer sur le bouton.

Le Premier ministre évoque un tir de missile accidentel. Peut-on croire à un accident ?

La question est : est-ce qu'on visait autre chose ? Est-ce qu'on était en train de tirer un missile sur une autre cible qui représentait une menace ? À ce moment-là, c'est une erreur de cible. Ou, est-ce qu'on n'a pas bien identifié l'avion civil et on a donné l'ordre de tir. Le missile est parti. C'est assez difficile aujourd'hui, au moment de l'enquête, avec des éléments dont on dispose, de dire quelle est la raison exacte du tir de missile. Je pense vraiment en fonction de la vidéo et de ce que l'on voit que le tir du missile est la plus vraisemblable des solutions.

Les tirs de missiles sol-air par infrarouge sont-ils précis ?

Le missile électromagnétique se guide sur les missions du radar. L'infrarouge, c'est plus délicat parce qu'il se guide sur la chaleur du réacteur. Dans l'entraînement d'un pilote de chasse, on dit souvent attention au soleil. Le soleil étant très chaud, le missile va plutôt sur le soleil que sur la cible. L'infrarouge se guide sur la chaleur du réacteur et donc sur celle des deux réacteurs du 737. Mais l'opérateur a très bien pu viser ailleurs.

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