Crash aérien en Iran : où en est l'enquête ?

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a affirmé que le Boeing 737 à destination de Kiev, dans lequel se trouvait une soixantaine de Canadiens, avait sans doute été abattu par erreur par un missile iranien. Une hypothèse rejetée par Téhéran.

Des équipes de secours travaillent au milieu des débris du Boeing 737 qui s\'est écrasé près de l\'aéroport de Téhéran (Iran), le 8 janvier 2020.
Des équipes de secours travaillent au milieu des débris du Boeing 737 qui s'est écrasé près de l'aéroport de Téhéran (Iran), le 8 janvier 2020. (AFP)

Quelle est l'origine du crash d'un Boeing 737 de la compagnie Ukraine Airlines International, qui s'est écrasé mercredi près de Téhéran ? Deux jours après le drame, qui a fait 176 victimes, quelques heures après des tirs de missiles iraniens visant des bases utilisées par l'armée américaine en Irak, la question électrise plus que jamais les relations internationales. 

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Le Premier ministre Canadien Justin Trudeau a affirmé, jeudi 9 janvier, que l'appareil, qui se dirigeait vers Kiev, avait sans doute été abattu par erreur par un missile iranien. Téhéran a aussitôt demandé au Canada de lui fournir ses renseignements, évoquant des "mises en scènes douteuses". Voici les dernières informations sur l'enquête en cours.

Le Canada et le Royaume-Uni accusent l'Iran

"Les Canadiens ont des questions, et ils méritent des réponses." Lors d'une conférence de presse organisée à Ottawa pour évoquer le crash, au cours duquel 63 ressortissants canadiens ont perdu la vie, Justin Trudeau a assuré posséder "des informations de sources multiples, notamment de [ses] alliés et de [ses] propres services" de renseignements, qui "indiquent que l'avion a été abattu par un missile sol-air iranien". "Ce n'était peut-être pas intentionnel", a précisé le Premier ministre canadien.

"Ces informations vont sans aucun doute provoquer un nouveau choc aux familles déjà endeuillées par cette tragédie sans nom", a-t-il poursuivi. Pour lui, ces derniers développements renforcent "la nécessité d'une enquête approfondie", à laquelle il souhaite que le Canada soit associé.

Son homologue britannique Boris Johnson lui a emboîté le pas, affirmant qu'il existait un "ensemble d'informations" selon lesquelles le Boeing 737 ukrainien, à bord duquel se trouvait quatre Britanniques, avait été "abattu par un missile sol-air iranien". "Cela pourrait bien avoir été accidentel", a-t-il lui aussi précisé dans un communiqué diffusé sur son compte Twitter.

Sans se montrer aussi explicite, Donald Trump avait plus tôt exprimé ses "doutes" sur la thèse d'un problème mécanique, immédiatement avancée par les médias iraniens. "J'ai le sentiment que quelque chose de terrible s'est passé", avait-il dit, évoquant une possible "erreur". Le président américain a sans doute plus qu'un simple "sentiment" à ce sujet : d'après le New York Times (en anglais), des satellites américains, conçus pour suivre les lancements de missiles, ont détecté le tir suspecté d'avoir abattu le Boeing. "Les services de renseignement des États-Unis ont par la suite intercepté des communications iraniennes" confirmant ces faits, assure le quotidien. Jeudi soir, l'agence américaine en charge de la sécurité des transports (NTSB) a quoi qu'il en soit annoncé que les Etats-Unis allaient participer à l'enquête sur le crash.

Une vidéo corrobore l'hypothèse d'un missile

Une vidéo d'une vingtaine de secondes, qui montrerait le moment où un missile frappe le Boeing 737, a été publiée jeudi soir par le New York Times. Le quotidien explique avoir authentifié ces images, notamment en comparant la vidéo à des images satellite fournies par une entreprise spécialisée. 

Sur les images, filmées de nuit, on peut voir un objet lumineux grimpant rapidement vers le ciel et frappant ce qui semble être un avion. "Une petite explosion [se produit] lorsque l'avion survole Parand, une ville proche de l'aéroport, mais l'appareil n'explose pas", décrit le New York Times.

Selon le quotidien, cette situation s'expliquerait par le fait que le système de défense aérienne utilisé "est conçu pour exploser près des avions, créant des éclats d'obus" destinés à faire s'écraser ses cibles plutôt que de les faire exploser en vol. Le New York Times dit avoir déterminé que l'avion, qui avait alors cessé d'émettre son signal, a pris feu tout en continuant à voler durant plusieurs minutes. Le Boeing avait fait demi-tour vers l'aéroport de Téhéran "avant d'exploser et de s'écraser".

L'Iran nie et parle de "gros mensonge"

Réagissant aux accusations occidentales, l'Iran a déclaré vendredi pouvoir affirmer avec certitude que le Boeing ukrainien n'avait "pas été touché par un missile""Nous avons vu certaines vidéos", a déclaré le président de l'Organisation de l'aviation civile iranienne lors d'une conférence de presse. 

Nous confirmons que l'avion a été en feu pendant 60 à 70 secondes, mais dire qu'il a été touché par quelque chose ne peut pas être correct sur le plan scientifique.Le président de l'aviation civile iranienneface à la presse

"Les informations [contenues] dans les boîtes noires sont absolument cruciales" pour l'enquête et "toute déclaration effectuée avant que leurs données soient extraites n'est pas un avis d'expert", a ajouté ce responsable.

Un peu plus tôt, le gouvernement iranien avait également balayé la thèse du missile lancé par erreur, expliquant qu'il s'agissait d'un "gros mensonge" destiné à mener une "guerre psychologique" contre la République islamique. L'Iran a également demandé au Canada de lui fournir les informations qui lui permettaient d'émettre cette hypothèse, évoquant des "mises en scènes douteuses" venues d'Ottawa.

Les boîtes noires doivent être analysées

Le New York Times affirme que les boîtes noires de l'avion ont été récupérées par Téhéran. Endommagées par le crash et l'incendie, elles pourraient tout de même contenir des données utiles pour comprendre les circonstances de la catastrophe. Or, seuls quelques pays, dont les Etats-Unis, mais aussi l'Allemagne ou la France, ont les capacités techniques d'analyser les boîtes noires. "La France est disponible pour contribuer à l'expertise nécessaire", a indiqué le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, précisant que Paris n'avait pas "pour l'instant" été sollicité. 

Contacté, le Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA) français, chargé des enquêtes de sécurité dans ce type de situations, a indiqué avoir été "officiellement notifié de l'événement par l'Iran et désigné un représentant accrédité pour participer à l'enquête". Cette notification est "purement administrative et ne présage pas d'une autre demande de la part des autorités iraniennes", indique toutefois le BEA, en précisant qu'il n'y a pas eu à ce stade de demande formelle de la part de l'Iran.

Une cinquantaine d'experts ukrainiens sont en tout cas arrivés jeudi à Téhéran pour participer à l'enquête. Le Bureau canadien de la sécurité des transports a indiqué de son côté avoir accepté une invitation de l'autorité de l'aviation civile iranienne à se joindre aux investigations.