Theodora, 57 ans, a voté non au référendum : "Je vis dans un climat d'insécurité permanent"

Les Grecs ont massivement rejeté le plan d'aide des créanciers de leur pays. Theodora en fait partie. Elle témoigne pour francetv info.

Dans un bureau de vote sur l\'île de Kastellorizo, en Grèce, le 5 juillet 2015. 
Dans un bureau de vote sur l'île de Kastellorizo, en Grèce, le 5 juillet 2015.  (CATHAL MCNAUGHTON / REUTERS)

Ils sont 61,31% à avoir dit non au plan d'aide des créanciers de la Grèce. Les Grecs ont majoritairement voté oxi au référendum organisé par leur Premier ministre, Alexis Tsipras, dimanche 5 juillet. Parmi eux, Theodora, 57 ans. Le cas de cette mère de famille, qui souhaite rester anonyme, illustre bien la situation de millions de Grecs, étranglés par les plans d'austérité successifs mis en œuvre depuis 2009 et les économies imposées par la troïka (Banque centrale européenne, Fonds monétaire international et Commission européenne). Francetv info a recueilli son témoignage.

Theodora vit à Athènes et travaille dans l'administration d'une école privée depuis 2008. Elle a vu son niveau de vie chuter en 2010, année marquée par des restrictions budgétaires drastiques engagées par l'ex-Premier ministre Georges Papandréou et la mise en œuvre du premier plan d'aide international. "Mon salaire a été réduit de 30% et, avec l'augmentation des impôts, j'ai épuisé toutes mes économies", confie-t-elle à francetv info. Theodora a la chance d'être propriétaire d'une maison, protégée par la loi sur les habitations principales, qui empêche les saisies immobilières. "Mais je vis dans un climat d'insécurité permanent. S'il m'arrive un problème de santé, comme pourrai-je me soigner avec l'état de l'assurance maladie ?"

"Je retire chaque jour 50 euros"

Veuve depuis une trentaine d'années, cette quinquagénaire est mère de deux filles, dont l'une est partie vivre à l'étranger. "J'ai dû soutenir l'une de mes filles, au chômage. Elle a travaillé pendant un an et demi, quatorze heures par jour, dans un restaurant sans être payée, pour se former au métier." Theodora explique : "Avec la crise, les jeunes préfèrent travailler gratuitement pour se faire de l'expérience plutôt que de rester inactifs." Quand ils trouvent un emploi, ils doivent souvent se contenter d'un salaire minimum très bas (683 euros) depuis la fin des conventions collectives. 

Le quotidien n'est plus le même depuis cinq ans. "On ne sort plus, on ne voyage plus, on ne consomme plus et on ne se divertit plus comme avant. Tout a changé. La situation est vraiment très difficile sur le terrain de l'emploi et de la santé", constate Theodora. Le climat s'est corsé depuis l'annonce du référendum et la décision du gouvernement grec de fermer les banques, sous la pression de Bruxelles. "Je retire chaque jour 50 euros pour les courses. Et pour le reste des factures, les virements interbancaires à l'intérieur du pays sont encore autorisés." 

"Revenir à la drachme serait catastrophique"

Selon elle, les Grecs "sont en colère contre l'Europe de leur avoir coupé les liquidités. C'était une vraie pression pour voter oui au référendum." C'est dans ce contexte qu'elle a choisi de voter non, comme des millions de ses compatriotes. Au risque de voir la Grèce sortir de la zone euro ? "Je ne veux pas qu'on sorte de l'euro. Nous faisons partie de la famille européenne. Historiquement et culturellement, notre place est là. Revenir à la drachme serait catastrophique", s'inquiète-t-elle. 

Elle reste malgré tout "optimiste". "J'espère vraiment que nous allons obtenir un accord plus juste, plus équilibré, même s'il sera de toute façon difficile, pronostique-t-elle. Surtout, il faut restructurer la dette de notre pays. Elle n'est pas tenable en l'état." La Grèce est désormais menacée de faillite et les dirigeants de la zone euro, réunis en sommet à Bruxelles mardi, vont sans doute se pencher sur une "aide humanitaire" à apporter aux Grecs.