Récupération des frises du Parthénon : c’est "une folie de vouloir que toutes les œuvres reviennent là où elles ont été faites", estime un historien de l'art

La Grèce demande toujours au Royaume-Uni de lui restituer les marbres du Parthénon, exposés au British Museum de Londres. 

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Radio France
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Les frises du Parthénon datant de l'antiquité grecque sont exposées au British Museum, le 21 mai 2008. (OLIVIER BOITET / MAXPPP)

"Si tout le monde récupère l'art qu'il a créé il n'y aura plus de musées qui auront des œuvres étrangères", explique samedi 27 novembre sur franceinfo Didier Rykner, journaliste, historien de l'art et fondateur de magazine de presse en ligne latribunedelart.com, qui a pour objet l'actualité de l’histoire de l’art et du patrimoine occidental, alors que la Grèce relance sa campagne pour une restitution des frises du Parthénon. C’est "une folie de vouloir que toutes les œuvres reviennent là où elles ont été faites" affirme-t-il.

franceinfo : Pourquoi est-ce qu'il y a une telle pression sur le British Museum où sont ces frises et pas sur d'autres musées ?

Didier Rykner : Je suppose que c'est parce qu'une grande partie des sculptures venant du Parthénon sont conservées au British Museum. Le Louvre en a très peu. Il faut rappeler aussi que près d'un tiers est conservé en Grèce. Cette demande est quelque chose qui revient régulièrement depuis très longtemps et qui pour le moment n'a pas abouti. Ces œuvres ont été emportées légalement à l'époque, donc il n'y a pas d'obligation légale. Si elles reviennent, elles reviendront dans un musée en Grèce, il n'est pas question de les remettre sur le Parthénon.

Comment expliquez ces nouveaux débats autour des œuvres d'art ?

On peut se demander ce que veulent toutes ces personnes qui souhaitent le retour des œuvres. Est-ce qu'on veut que toutes les œuvres françaises reviennent en France ? À ce moment- là on pourrait demander le cloître de Saint-Guilhem-le-Désert qui se trouve à New York. Est-ce qu'on veut que tout revienne en Grèce, en Afrique, etc ? En Afrique on dit que 90% des œuvres africaines sont en dehors du pays ce qui est faux. La Chine réclame beaucoup d'œuvres qui ont été pillées pendant le siège du Palais d'Eté et qui se retrouvent en France. "Qu'est-ce que c'est que cette folie de vouloir que toutes les œuvres reviennent là où elles ont été faites ? Cela veut dire que finalement l'art n'est pas universel et qu'il doit forcément être dans le pays où il a été créé. C'est absurde."

"On est rentré dans une spirale totalement folle. Si tout le monde récupère l'art qu'il a créé, il n'y aura plus de musées qui auront des œuvres étrangères."

Didier Rykner

à franceinfo

Certains pays n'ont pas les moyens d'avoir des œuvres comme en ont Le Louvre ou le British Museum. Est-ce que cela peut expliquer ces rappels ?

On parle de frises du Parthénon qui sont en dehors du marché puisqu'elles sont dans un musée. En Afrique, il y a des personnes très riches qui peuvent collectionner. Ce qu'on apprend au fur et à mesure c'est qu'il y a plus d'art africain qu'on ne le pense mais que certains ne veulent pas les mettre dans les musées parce qu'ils pensent que les musées ne sauront pas les conserver. Il y a un côté très nationaliste et cela me fait un peu peur. Ce sont des problématiques qui sont un peu partout et de plus en plus prégnantes depuis qu'Emmanuel Macron a voulu restituer des œuvres au Bénin. Il a ouvert la boîte de Pandore.

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