Dominique Strauss-Kahn dénonce "le diktat" imposé par l'Allemagne à la Grèce

Tout en faisant l'éloge de l'Europe, citant Cioran, Erasme, Homère et Habermas, dont il reprend le concept de "solidarité citoyenne", Dominique Strauss-Kahn critique la méthode employée par ses "amis Allemands".

Dominique Strauss-Kahn arrive au tribunal de Lille (Nord), le 16 février 2015.
Dominique Strauss-Kahn arrive au tribunal de Lille (Nord), le 16 février 2015. (FRANCOIS LO PRESTI / AFP)

"Ce qui s'est passé pendant le weekend dernier est pour moi fondamentalement néfaste, presque mortifère." L'ancien directeur du Fonds monétaire international (FMI) Dominique Strauss-Kahn commente, dans un billet mis en ligne samedi 18 juillet, l'accord conclu entre le gouvernement grec et l'Eurogroupe. Tout en faisant l'éloge de l'Europe, citant Cioran, Erasme, Homère et Habermas, dont il reprend le concept de "solidarité citoyenne", Dominique Strauss-Kahn critique la méthode employée par ses "amis Allemands".

Le contexte dans lequel ce diktat a eu lieu crée un climat dévastateur.Dominique Strauss-KahnLe 18 juillet 2015, dans une note publiée sur internet

"Un fonctionnement de la zone euro dans laquelle vous, mes amis allemands, suivis par quelques pays baltiques et nordiques, imposeriez votre loi sera inacceptable pour tous les autres", affirme Strauss-Kahn, qui avait publié une précédente note sur la Grèce, fin juin, faisant son grand retour sur le devant de la scène internationale après la fin de ses ennuis judiciaires. "Ne me dites pas que c'est seulement en imposant des règles de saine gestion que vous entendez sauver l'Europe", écrit encore Strauss-Kahn, dont le texte est publié en anglais, allemand et français.

Plaidoyer pour l'Europe du Sud

Tout en regrettant "l'amateurisme du gouvernement grec", l'ancien patron du FMI apporte son soutien à ce pays et, plus généralement, à l'Europe du Sud. "Nous ne regardons que vers le Nord et négligeons le Sud. C'est là pourtant qu'est le berceau de notre culture (...) Il faut inventer d'urgence une vision commune de l'espace monétaire européen."

Il met également en garde contre un affaiblissement de l'Europe sur le plan géopolitique. "Une alliance de quelques pays européens, même emmenée par le plus puissant d’entre eux, sera peu capable d’affronter seule la pression russe et sera vassalisée par notre allié et ami américain à une échéance qui n’est peut être pas si lointaine." "Pour être un modèle, juge-t-il, l'Europe doit voir loin, refuser les mesquineries, jouer son rôle dans la mondialisation, en un mot, continuer à façonner l'histoire."