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Chez les jeunes Grecs, la tentation de l'exil

Alors que près d'un jeune sur deux est touché par le chômage, l'expatriation est une solution qui divise en Grèce.

Article rédigé par
Envoyé spécial à Athènes (Grèce), - Yann Thompson
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 3 min.
Des personnes quittent la plage de Glyfada (Grèce), le 25 août 2013. (JOHN KOLESIDIS / REUTERS)

"Ici, tout est mieux qu'en Grèce, sauf le temps, et peut-être les filles..." Son diplôme de cuisinier en poche, Nicolas, 25 ans, a quitté Athènes fin 2014. Ce jeudi 25 juin, il raconte, par webcam interposée, sa nouvelle vie au Royaume-Uni, à Brighton. "En Grèce, après les cours, je travaillais cinq heures par jour pour 15 euros. Ici, je gagne 400 ou 500 euros par semaine", se réjouit-il.

Il a fait le choix de l'exil pour des raisons financières. Son objectif : mettre de l'argent de côté pour revenir, dans quelques années, ouvrir un restaurant dans son pays. Voyant ses proches s'enfoncer dans la crise, il envisage désormais de prolonger son séjour en Angleterre. "Mes amis me disent que j'ai fait le bon choix", ajoute-t-il.

En fuyant son pays, Nicolas est devenu un soutien financier pour sa mère, retraitée depuis trois mois. "Elle est trop fière pour me demander de l'argent, mais elle souffre encore plus que quand elle travaillait, assure le cuisinier. Alors je lui envoie 100 ou 200 euros de temps en temps. Cela ne représente que deux jours de travail pour moi, mais, pour elle, c'est beaucoup."

"Il n'y a que l'argent qui peut te faire partir de Grèce"

Comme Nicolas, entre 2010 et 2013, environ 200 000 Grecs, pour la plupart âgés de moins de 35 ans, ont fait leurs valises pour l'étranger, selon une étude Endeavor (en anglais). Un chiffre en hausse de 300% par rapport à l'avant-crise. Découragés par un taux de chômage des jeunes supérieur à 50%, les Grecs plébiscitent avant tout l'Allemagne et le Royaume-Uni.

"Pour moi, peu importe la destination, je veux juste trouver du travail." Jacqueline est une hôtesse de l'air de 29 ans, installée à Athènes depuis 2009. L'an dernier, sa compagnie aérienne, Hermes Airlines, a décidé de réduire subitement les salaires de moitié, de 1 000 à 500 euros par mois. "C'était à prendre ou à laisser, alors j'ai choisi de partir", dit-elle, amère. Certains de ses anciens collègues ont déjà réussi à rebondir en Italie et aux Emirats arabes unis. Elle vise les Etats-Unis ou le Canada, même si "ce sera un départ à contrecœur".

Felix, lui, a choisi la Russie. Installé sur un banc cerné de cafés dans le quartier de Kallithea, dans l'ouest athénien, ce designer de 24 ans vient de passer six mois à Krasnodar, près de la mer Noire, où vit une partie de sa famille. "Depuis petit, je savais que la Russie pouvait être un plan B, explique-t-il. Mon acclimatation s'est bien passée, mais je n'y ai pas bien gagné ma vie, et mon esprit est resté en Grèce." Le voici donc de retour au point de départ, parti pour y rester. "Ici, j'ai le soleil et les amis, savoure-t-il. Il n'y a vraiment que l'argent qui peut faire partir quelqu'un de Grèce. Et encore, je sais maintenant que je préfère la Grèce à l'argent…"

Patriotisme et épicurisme

Pendant que certains Grecs quittent le navire, d'autres restent. Il y a les patriotes, qui veulent participer au redressement du pays. Il y a aussi les épicuriens, comme Alexandros. Ce coiffeur réputé de 34 ans vit à Glyfada, une station balnéaire du sud d'Athènes. Ici, peu de traces de la crise. Les yachts sont toujours là, les nouveaux riches aussi. Ce jeudi soir, on inaugure une nouvelle boutique branchée, avec buffet gratuit et déco dorée et rose bonbon. "Je ne gagne peut-être que 800 euros par mois et je fais de longues journées, mais j'ai la plage, les cafés, la liberté et des bateaux qui m'emmènent sur les îles pour 5 euros", observe Alexandros.

Alexandros Kiriakakis donne un cours de coiffure dans un centre de formation d'Athènes (Grèce), en mars 2014. (ALEXANDROS KIRIAKAKIS)

Un café frappé dans une main, une cigarette électronique dans l'autre, le coiffeur juge sévèrement les exilés. Ce sont, d'après lui, des victimes d'une société qu'il juge patriarcale et consumériste. "Ils ont choisi les études voulues par leurs parents et découvrent après coup que leur voie est bouchée, estime-t-il. Seule leur carrière compte, et peu importe s'ils s'enterrent en Allemagne, en Belgique, ou au Zimbabwe. C'est dingue."

Alexandros a étudié en partie à Londres et travaillé en Norvège. Il en a gardé le souvenir d'acharnés du travail "qui s'épuisent toute l'année pour se payer des vacances en Grèce". Lui vit à cinq minutes de la plage et scande que "le bonheur ne passe pas par la carrière". La seule chose qu'il demande aux candidats au départ est de "se poser la question de ce qu'est le bonheur pour eux".

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