Quatre questions sur la Communauté politique européenne, qui se réunit pour la première fois à Prague

Pas moins de 43 dirigeants du continent européen, dont Emmanuel Macron, se retrouvent jeudi pour discuter des réponses aux conséquences de la guerre russe en Ukraine. 

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Les dirigeants de la Communauté politique européenne (CPE), le 6 octobre à Prague, en République-Tchèque. (JOE KLAMAR / AFP)

Ils sont 43 sur la photo de famille, la Première ministre danoise Mette Frederiksen étant retenue à Copenhague pour des élections législatives anticipées. Les dirigeants de la Communauté politique européenne (CPE) tiennent leur premier sommet au château de Prague, jeudi 6 octobre. La capitale de la République tchèque, qui occupe la présidence tournante du Conseil de l'Union européenne, n'a pas été choisie au hasard pour accueillir cette première réunion. Quelque 54 ans plus tôt, en 1968, la ville était envahie par les chars soviétiques. La guerre en Ukraine a en effet précipité la création de la CPE. Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, s'exprimera d'ailleurs depuis Kiev en visioconférence.

Quels sont les sujets sur la table ? Comment va être gérée la présence de pays comme le Royaume-Uni ou la Turquie ? Quels sont les objectifs à plus long terme ? Eléments de réponse.

Qu'est-ce qui a motivé sa création ?

La CPE est la traduction concrète d'une idée lancée en mai par le président français Emmanuel Macron, trois mois après le début de l'invasion russe en Ukraine. La guerre a remis sur le devant de la scène la nécessité "de renforcer la coordination à l'échelle continentale sur les enjeux de politique étrangère et de sécurité" mais aussi de "développer les liens en matière énergétique, de transport, de commerce, de recherche et d’éducation", précise la présidence de la République dans un communiqué publié mercredi.

Cette "CPE" est donc un rassemblement beaucoup plus large que l'Union européenne, puisque 17 pays sont invités en plus des 27 membres du bloc : le Royaume-Uni, la Turquie, les six pays des Balkans occidentaux, la Suisse, la Norvège, l'Islande, le Liechtenstein, l'Ukraine, la Géorgie, la Moldavie, l'Arménie et l'Azerbaïdjan.

L'objectif est une démonstration d'unité destinée à Vladimir Poutine, au moment où le président russe brandit de nouveau le spectre de l'arme nucléaire et où le continent redoute une crise énergétique sans précédent.

Quelle sera la place du Royaume-Uni dans la CPE ?

Derrière ce nouvel acronyme et cette ambition d'unité, on trouve des pays aux trajectoires radicalement différentes vis-à-vis de l'UE, à commencer par le Royaume-Uni, qui a claqué la porte six ans plus tôt avec le Brexit. Les moindres faits et gestes de la Première ministre britannique Liz Truss à Prague seront évidemment scrutés avec attention.

A un moment extrêmement difficile dans son propre pays, cela peut lui permettre de retrouver "une posture internationale, une forme d'influence sur le continent", explique à l'AFP Elvire Fabry, de l'Institut Jacques Delors. "Liz Truss y voit aussi un intérêt à court terme, ajoute-t-elle. La situation énergétique au Royaume-Uni est telle qu'elle a besoin de cet espace de dialogue."

"On n'est pas du tout dans un mécanisme centré sur l'UE, on est dans une conversation stratégique où il est évident que les Britanniques ont absolument toute leur place", souligne de son côté l'Elysée auprès de l'agence de presse. Comme le rappelle Le Monde, plusieurs pays comme les Pays-Bas, la Finlande, la Suède, la Norvège ou encore la Pologne voient dans la présence britannique un moyen de se rapprocher de Londres, avec qui les relations sont difficiles depuis le Brexit, sur fond de différends sur le protocole nord-irlandais.

Et celle des pays candidats à l'adhésion à l'UE, dont la Turquie ?

Certains craignent de voir la CPE devenir une anti-chambre des candidats à l'adhésion à l'UE. Difficile de trouver un dénominateur commun entre ceux qui viennent de voir s'accorder ce statut, comme l'Ukraine et la Moldavie, et ceux qui savent que la porte leur est fermée pour longtemps, comme la Turquie. La présence du président turc Recep Tayyip Erdogan a d'ailleurs fait débat. Non seulement il n'est pas aligné sur les sanctions européennes contre Moscou mais il bloque l'adhésion de la Suède et de la Finlande à l'Otan et est en conflit avec la Grèce et Chypre. Il souffle également sur les braises dans le conflit entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie, tous deux invités.

Autant dire que la photo de groupe et les tables rondes ont été minutieusement préparées pour éviter les clashs diplomatiques. "On aurait pu au moins exiger des Etats intéressés par la CPE de ratifier la charte des droits fondamentaux de l'Union, ce qui aurait été un bon test en matière de valeurs européennes", estime dans Libération Sébastien Maillard, le directeur de l’Institut Jacques Delors.

Le cas de la Serbie est également délicat. Alors que le pays était perçu comme l'un des plus avancés sur le chemin de l'intégration dans l'UE, la guerre en Ukraine a rebattu les cartes. S'il a condamné cette invasion, le président serbe Aleksandar Vucic refuse toujours de se joindre aux sanctions européennes contre son allié russe. De quoi remettre en question sa candidature. Le sommet de Prague devrait être une nouvelle occasion pour les Européens d’accentuer la pression sur Belgrade.

Face aux menaces de Moscou, la Géorgie frappe aussi à la porte de l'UE. Lors de son discours en mai, Emmanuel Macron avait assuré que cette communauté européenne serait un "complément" et non une "alternative" au processus d'adhésion. 

Quelle est sa feuille de route ?

Pour ce premier sommet, la réunion commence par une session plénière et sera suivie par des "tables rondes et des rencontres bilatérales". Au programme, énergie et climat, paix et sécurité, détaille RFI. Un dîner de travail clôturera la séquence, mais "aucun résultat formel écrit n'est envisagé", a précisé le président du Conseil européen Charles Michel. Les organisateurs espèrent l'annonce de possibles projets de coopération concrets, en particulier sur l'énergie. Selon Le Monde, il reviendra à Emmanuel Macron de conclure les travaux.

Pour la suite, la France espère une réunion au printemps 2023 avec l'annonce, à Prague, du nom du prochain pays hôte, qui ne serait pas membre de l'UE. La Moldavie est sur les rangs. "La Communauté politique européenne tiendra sur deux piliers. Le premier est politique : les membres vont pouvoir se parler sur un pied d'égalité deux fois par an, un peu à la façon de ce qui existe pour le G20, mais dans un format paneuropéen, pour réfléchir à un avenir commun, explique dans La Croix Laurence Boone, secrétaire d'Etat chargée de l'Europe. Il y a un vrai gain à ce que les dirigeants du continent trouvent un espace pour aborder librement leurs préoccupations. Et parce que le politique doit être ancré dans la réalité des projets, le deuxième pilier sera celui des coopérations."

La CPE s'inscrira-t-elle vraiment dans la durée ou rejoindra-t-elle la longue liste des projets sans lendemain sur le continent, à l'image de la Confédération européenne proposée en 1989 par François Mitterrand ? "Elle ne doit pas être guidée par la bureaucratie, mais par la flexibilité", mettent en garde Edi Rama et Mark Rutte, respectivement Premier ministre d'Albanie et des Pays-Bas dans une tribune commune publiée dans Politico (en anglais). 

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