Un prénom made in Islande, sinon rien

L'Islande est très attachée à sa culture et à sa langue. A tel point que le prénom d'un enfant doit figurer dans une liste de prénoms officielle. A défaut l'enfant s'appellera "fille" ou "garçon" suivant son sexe...

(ELLI THOR MAGNUSSON / CULTURA CREATIVE)
Harriet ou Jennifer sont des prénoms qui peuvent vous paraître désuet pour l'un et galvaudé pour l'autre, voila pourquoi vous ne nommerez pas votre enfant ainsi. Mais pour les islandais, ils sont «indéclinables» et donc interdits. Un bon prénom islandais doit satisfaire à différents critères pour être autorisé.

Tout d'abord, il doit contenir des lettres de l'alphabet islandais qui en compte 32. Exit Charlotte, le c n'en fait pas partie...

Il doit ensuite supporter les terminaisons permettant d'indiquer le cas grammatical du nom. C'est là que les choses se sont compliquées pour Harriet. Pas déclinable, verdict : refusé !

Il doit enfin, faire partie d'une liste de 1853 prénoms féminins et 1712 masculins dûment approuvés par le Comité islandais des prénoms. 

L'Islande a un rapport assez particulier au nommage, puisque outre cette affaire de prénoms, ils sont les derniers européens dont le patronyme l'est stricto sensu. Le nom décrit la lignée familiale. Ainsi le fils d'un Arnes Eldarsson , s'appellera Domaldur Arnesson, sa fille quant à elle s'appellera Elimar Arnesdottir.

Il est d'usage, et normal, de ne s'appeler que par son prénom, quelle que soit votre position sociale. Enoncer le deuxième nom, c'est faire référence à la généalogie de son interlocuteur. Personne n'aura droit à un monsieur untel ou madame machin. Soit on ne dit que le prénom, soit on énonce les deux ensemble. 

L'annuaire téléphonique islandais est par ordre alphabétique des ...prénoms. Ce qui est évidemment possible pour une population de 320.000 âmes. Plus de participants compliquerait singulièrement les choses avec une multiplication des homonymies. Les Russes, qui ont le même type de fonctionnement, ont dû y renoncer dans les grandes villes.

Un islandais ne peut prétendre à un «vrai» nom de famille, que  si ses parents sont d'origine étrangère ou s'il peut prouver en avoir hérité.

Harriet,12 ans, est la fille d'une islandaise et d'un anglais. La petite Harriet s'est appelée ainsi pendant plusieurs années jusqu'au renouvellement de son passeport, où Harriet a tout à coup été déboutée de son prénom, comme son frère Duncan. Ces deux là sont nés en Islande. Lilja et Belinda leurs deux autres soeurs ont, elles, leurs prénoms sur leurs passeports, étant nées en France. En attendant de trouver une solution à la façon islandaise, à laquelle le père se refuse, Harriet s'appelle «fille» et Duncan «garçon»... 

En même temps, cela met les petits islandais, qui sont réputés avoir des prénoms imprononçables, à l'abri de lubies comme celle subie par ce bébé suisse qui s'est vu infliger:Brfxxccxxmnpcccclllmmnprxvclmnck pour prénom. Devant le refus des autorités suisses, le prénom est devenu....«A».