Sommet de l'UE en Slovaquie, pays symbole des tensions européennes

Avant le sommet des chefs d'Etat européens à Bratislava le 16 septembre, les ministres des Affaires étrangères des vingt-sept vont travailler les 2 et 3 septembre à l'avenir de l'Union européenne. Très symboliquement, c'est l'un des pays les plus opposés à Bruxelles, membre du groupe de Visegrad, qui accueille ce sommet. Normal, puisque c'est la Slovaquie qui assure la présidence tournante des 27.

Manifestation anti-immigrés en Slovaquie, en août 2015.
Manifestation anti-immigrés en Slovaquie, en août 2015. (SAMUEL KUBANI / AFP)

La Slovaquie, pourtant membre de la zone euro, a un côté mauvais élève de l'Europe malgré une croissance solide. Le pays s'est fait connaître ces derniers mois par ses positions radicales, à caractère raciste, sur l'immigration, sa participation au groupe de Visegrad et à la part montante de milices d'extrême droite. Le gouvernement est pourtant dirigé par un Premier ministre social-démocrate, Robert Fico. Ce dernier, malgré ses prises de position nationalistes, a vu le score de son parti s'effondrer lors des législatives de mars dernier... pour le plus grand profit d'un parti anti-européen et de la droite extrême.

Robert Fico a cependant réussi à former un gouvernement d'union avec le parti de droite SNS, dont le leader Andrej Danko est considéré comme un proche de Heinz-Christian Strache, le chef de la droite dure autrichienne.

C'est donc ce régime fragile qui assure la présidence tournante de l'Union européenne, à l'heure où celle-ci doit gérer la sortie du Royaume-Uni de l'Europe. Membre du groupe de Visegrad  qui rassemble quatre pays (Republique tchèque, Hongrie, Pologne et Slovaquie), Bratislava est en rupture avec Bruxelles sur l'immigration et entend bien peser sur le futur fonctionnement de l'Europe.

26 août 2016 à Varsovie. Sommet des membres de Visegrad, Bohuslav Sobotka, Robert Fico, Viktor Orban) avec Angela Merkel.
26 août 2016 à Varsovie. Sommet des membres de Visegrad, Bohuslav Sobotka, Robert Fico, Viktor Orban) avec Angela Merkel. (Mateusz Wlodarczyk / NurPhoto)

La question des réfugiés
La Slovaquie s’est distinguée dans le concert européen en affirmant qu’elle n’accueillerait pas de réfugiés musulmans, ne se disant ouverte que pour des migrants chrétiens. Une position d’ailleurs partagée par la République tchèque. La Chancelière allemande a réagi le 28 août: «Ca ne va pas du tout que certains pays disent que de manière générale, nous ne voulons pas avoir de musulmans dans nos pays.»
 
Angela Merkel a rappelé à propos des migrants que «chacun devait faire sa part» et qu'une «solution commune devait être trouvée». Ce qui risque de ne pas être simple…
 
Le sujet provoque en effet l’ire de nombreux pays (de l'est de l'Europe) qui ne veulent pas entendre parler de quotas, solution adoptée pour répartir les migrants. Pour sa part, la Slovaquie a porté plainte contre la décision des ministres européens sur cette question. Et la Slovaquie est loin d’être seule dans son combat. République tchèque, Hongrie, mais aussi Pologne, sont sur la même ligne, décrivant une coupure Est-Ouest dans une Europe qui n’avait pas besoin de ça. En Hongrie, le Premier ministre, Viktor Orban, demande le rejet des décisions européennes par référendum prévu le 2 octobre prochain.

La proposition de la Commission d’imposer une amende de 250.000 euros (366.000$) par réfugié refusé a encore irrité le groupe de Visegrad.

Certes, la question est moins visible qu’en 2015 mais elle reste d’actualité. Le projet, élaboré en 2015, prévoyait de «relocaliser» 160.000 migrants en deux ans dans d'autres Etats membres. Aujourd'hui… 4.000 seulement l'ont effectivement été.

Renzi, Merkel et Hollande le 22 août en Italie.
Renzi, Merkel et Hollande le 22 août en Italie. (Tiberio Barchielli / Italian Pri / ANADOLU AGENCY)

Quelle Europe après le Brexit
Mais la question des quotas et des réfugiés n’est pas la seule à créer des tensions au sein de l’Europe. Notamment entre les anciens pays de l’Est et les principaux pays de l’Ouest.

Après le Brexit, l’Europe se coupe-t-elle en deux ? Les trois principales puissances continentales de l’UE se sont réunies en Italie pour «relancer» l’idée européenne. Une réunion qui n’est pas du goût du groupe de Visegrad qui a tenu son propre sommet.
 
La chancelière allemande s’est d’ailleurs rendue à Varsovie le 26 août pour s’entretenir avec ces pays. Le départ des Britanniques, grands opposants à une intégration politique plus poussée de l’Europe, inquiète ces Etats, qui étaient sur la même ligne. A savoir, l’UE doit être réformée en profondeur pour donner plus de souveraineté aux Etats. «Les Quatre se prononcent pour un rôle accru des parlements nationaux, qui devront être "les décideurs en dernier ressort" dans le processus législatif européen. Ils souhaitent également renforcer le poids du Conseil européen, représentant les Etats, au détriment de la Commission européenne », résumait Le Monde.
  
Ils prônent une Europe décentralisée où le pouvoir réside davantage dans les capitales plutôt qu’à Bruxelles. La Pologne, qui préside le groupe, revendique une plus grande représentation des petits pays au sein des institutions européennes. «Pour éviter la domination des grands», a dit sa Première ministre récemment.
 
«Visiblement, le groupe Visegrad ne supporte plus que les grandes décisions sur l’avenir de l’UE soient prises uniquement par le “Vieux Continent”», explique un observateur politique polonais. «Après avoir été traités de partenaires juniors pendant plus de dix ans, ils veulent désormais avoir voix au chapitre», écrit Le Temps. Début juillet, le Premier ministre Robert Fico allait dans le même sens, disant que «l’avenir de l’UE ne peut plus être décidé sans l’implication active des Etats membres qui ont rejoint le bloc après 2004».
 

Travailleurs détachés
A côté de ces grands sujets, d'autres dossiers alimentent le mécontentement de ces Etats. Les parlements de tous les pays d’Europe centrale et de l’Est ont refusé les propositions de la Commission d’imposer les mêmes conditions d’emploi pour les travailleurs étrangers que pour les locaux. Celles-ci concernent en premier les entreprises des pays de l’Est, actives à l’Ouest, mais qui offrent des salaires pratiqués dans les pays d’origine.

Après moult délibérations, la Commission a maintenu sa position avec le soutien des grands pays dont l’Allemagne et la France. A Varsovie ou à Prague, le sentiment qui domine est que les travailleurs de l’Est ne sont toujours pas bienvenus en Europe occidentale.

Et ce sujet n'est pas le seul à diviser les Européens. Une Europe qui doit faire face à la montée de l'euroscepticisme, à des votes de défiance (Danemark, Pays-Bas), à la montée des extrémismes (même en Allemagne avec la poussée de l'AFD). Bref les enjeux des prochains mois sont lourds, surtout que «L’Europe est le bouc émissaire parfait», affirmait l'Italien Matteo Renzi cet été.