Comment sept scientifiques ont été condamnés après le séisme de L'Aquila

Ils étaient accusés d'avoir sous-estimé les risques avant le tremblement de terre meurtrier dans cette ville italienne en 2009.

L\'Aquila (Italie) dévastée après le séisme, le 6 avril 2009.
L'Aquila (Italie) dévastée après le séisme, le 6 avril 2009. (CITIZENSIDE.COM / AFP)

EUROPE - Ils étaient accusés d'avoir sous-estimé les risques. Sept scientifiques italiens ont été condamnés, lundi 22 octobre, à six ans de prison ferme, trois ans après le séisme meurtrier de L'Aquila en 2009. Plus de trois cents personnes avaient péri dans cette ville des Abruzzes et des dizaines de milliers d'habitants s'étaient retrouvés sans abri. FTVi revient en détail sur cette décision et ses enjeux pour la communauté scientifique.

Qui sont les scientifiques condamnés ?  

Parmi les sept condamnés pour "homicide par imprudence" figurent de grands noms de la science en Italie, comme le professeur Enzo Boschi, jusqu'à récemment président de l'Institut national de géophysique et vulcanologie. Ils sont tous membres de la commission "grands risques", qui s'était réunie à L'Aquila six jours avant le séisme. Aucune mesure particulière de précaution n'avait été prise à son issue.

"Je suis découragé, désespéré. Je pensais être acquitté, je ne comprends toujours pas de quoi je suis accusé", a commenté Enzo Boschi. "Ce jugement est selon moi injuste. Nous ferons certainement appel", a aussitôt réagi Alessandra Stefano, l'avocate d'un des condamnés, Gian Michele Calvi, à la sortie du tribunal, bondé pour l'occasion.

Quels sont les arguments de la justice italienne ? 

Avant l'énoncé du verdict, plus sévère que les réquisitions, le procureur Fabio Picuti a comparé l'évaluation des risques du séisme à celle des risques terroristes aux Etats-Unis avant les attentats du 11 septembre 2001. "Après le 11-Septembre, le rapport qui démontrait une analyse insuffisante des risques en rapport avec l'attentat a conduit à la démission du chef de la CIA et de son adjoint. Cela montre qu'un tel raisonnement existe" ailleurs, a-t-il affirmé.

La défense avait au contraire réclamé l'acquittement des accusés, arguant du fait qu'aucun scientifique ne peut prévoir un tremblement de terre. Un avis partagé par Jean-Paul Montagner, professeur de géophysique interrogé par Le Figaro. Selon lui, "on est encore incapables de prévoir les séismes".

Comment réagissent les familles des victimes ?

Les plaignants ont salué une "sentence historique, avant tout pour les victimes" : "Cela marque un pas en avant pour le système judiciaire et j'espère que cela conduira à des changements, non seulement en Italie, mais dans le monde entier", a réagi Wania della Vigna, avocate de onze plaignants, dont la famille d'un étudiant israélien mort dans la catastrophe.

D'autres sont plus nuancés : "On ne peut pas appeler ça une victoire. C'est une tragédie, de toute façon, ça ne ramènera pas nos proches", a commenté à l'issue de l'audience Aldo Scimia, dont la mère a été tuée dans le séisme. "Je continue d'appeler ça un massacre commis par l'Etat, mais au moins nous espérons que nos enfants auront des vies plus sûres", a-t-il ajouté.

Quelles conséquences pour la communauté scientifique ?  

Cette sentence risque de faire grand bruit dans la communauté scientifique, dont plus de cinq mille membres avaient adressé au président de la République italien, Giorgio Napolitano, une lettre ouverte dans laquelle ils affirmaient l'impossibilité de prédire un tremblement de terre.

La commission "grands risques" s'était réunie le 31 mars 2009 afin d'analyser une série de secousses sismiques à L'Aquila survenues les mois précédents, et de fournir des indications aux autorités locales qui sont les seules à pouvoir prendre d'éventuelles mesures. A l'issue de cette réunion, la commission avait indiqué qu'il n'était pas possible de prédire la survenue éventuelle d'un séisme plus fort, mais avait recommandé de respecter davantage les mesures de prévention antisismiques, en particulier dans la construction des immeubles.