Quel avenir pour le Cavaliere ?

Les observateurs italiens se demandent comment Berlusconi va tenter de rebondir après sa démission. Mais certains évoquent une fuite sous les tropiques.

Le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, le 14 septembre 2011 à Rome.
Le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, le 14 septembre 2011 à Rome. (ALBERTO PIZZOLI / AFP PHOTO)

Que va faire Berlusconi de son temps libre, maintenant qu'il a démissionné de la présidence du Conseil italien ? Un come-back en politique est l'hypothèse la plus probable, même si les observateurs notent que ses options sont multiples, d'une retraite sous les tropiques à la gestion de son équipe de football en passant, dans le pire des cas, par la case prison.

Lhyper-médiatique Cavaliere ne compte pas rester dans l'ombre, bien au contraire : il s'est dit "libéré" tout en n'excluant pas de participer à de prochaines élections. Car à 75 ans, Silvio Berlusconi, qui domine la scène politique nationale depuis près de 20 ans, ne se voit pas en retraité : "Peut-être que je donnerai un coup de main dans les campagnes électorales, j'ai toujours été très bon à ça". Peu d'experts politiques osent d'ailleurs l'éliminer d'ores et déjà de leur tableau de bord : il demeure en effet député du Peuple de la Liberté (PDL), le parti qu'il a fondé, jusqu'à la fin de la législature en 2013.

Un luxueux exil aux Caraïbes évoqué

D'autres suggèrent en plaisantant qu'il pourrait tenter d'échapper à ses ennuis judiciaires en optant pour un luxueux exil, comme l'avait fait son mentor en politique, Bettino Craxi. Ce dernier, président du Conseil socialiste dans les années 80, avait fui le scandale en Tunisie avant d'être condamné par contumace à 27 ans de prison pour corruption. Il y est mort en 2000.

Dans une conversation saisie lors d'une écoute téléphonique, Silvio Berlusconi avait qualifié l'Italie de "pays de merde". "Dans quelques mois je vais partir", ajoutait-il. Dans cette hypothèse, il pourrait se rendre à Antigua, une île des Caraïbes qui n'autorise pas les extraditions et où le magnat des médias possède un luxueux complexe de villas.

"Soit Berlusconi se rendra à Antigua pour échapper à la justice, soit il commencera à rassembler ses troupes pour tenter de revenir sur scène", estime James Walston, professeur à l'université américaine de Rome. L'un de ses amis les plus fidèles, le journaliste Emilio Fede, actuellement sous enquête pour lui avoir procuré des prostituées, a promis cette semaine qu'il le suivrait aux Caraïbes s'il décidait de partir.

Mais pour le commentateur politique Sergio Rizzo, Berlusconil, qui au début de sa carrière a animé des croisières, est incapable de renoncer aux projecteurs pour une vie paisible de retraité dans les îles. "Je n'arrive pas imaginer Berlusconi et Fede jouant ensemble aux échecs à Antigua. Berlusconi est incapable de se tenir éloigné de la vie publique, il veut être au centre de l'attention", explique-t-il. "C'est le genre de personne qui veut être la mariée à tous les mariages ou le mort à un enterrement."

"Berlusconi veut être le leader de l'opposition"

Un avis partagé par Peter Gomez, auteur de plusieurs livres sur le Cavaliere : "Il subit d'énormes pressions de la part de sa famille, qui héritera de son empire (...) Il pourrait être contraint de rester en politique pour sauver ses entreprises et conserver une sorte de bouclier juridique". "Berlusconi veut être le leader de l'opposition. Nombreux sont ceux qui pensent que cela le rendrait plus intouchable que jamais", ajoute-t-il.

Sergio Rizzo en revanche n'exclut pas un retour de Silvio Berlusconi dans le monde de l'entreprise, tout en conservant son immunité de député. Grand fan de football, il n'a pas exclu de redevenir président du Milan AC, le club dont il est propriétaire et qui a remporté le championnat d'Italie en 2011.