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Pourquoi l'Espagne dit "non" au référendum d'indépendance en Catalogne

Le Tribunal constitutionnel a suspendu, lundi 29 septembre, l'organisation du référendum sur l'indépendance de la Catalogne. Le gouvernement espagnol fait ce qu'il peut pour rendre ce vote illégal.

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Le président du gouvernement régional catalan, Artur Mas, le 29 septembre 2014 à Barcelone (Espagne), lors d'un discours sur la transition nationale de la Catalogne. (QUIQUE GARCIA / AFP)

Le référendum sur l'indépendance n'aura pas lieu. Le gouvernement catalan a annoncé, mardi 30 septembre, qu'il suspendait la campagne pour le scrutin prévu le 9 novembre. La veille, le Tribunal constitutionnel espagnol avait accepté le recours déposé quelques heures plus tôt par le Premier ministre, Mariano Rajoy, contre la loi et le décret catalans destinés à organiser ce référendum. 

De fait, l'organisation du référendum est donc suspendue en attendant que le Tribunal détermine si cette consultation populaire viole ou non la Constitution espagnole. Une décision finale qui pourrait survenir dans plusieurs mois, voire plusieurs années. "Il y a une procédure par-dessus laquelle on ne peut pas passer, a affirmé Francesc Homs, le porte-parole du gouvernement catalan. Mais notre volonté est de continuer et nous ferons les choses pour remplir nos engagements en conformité avec le droit."

Mariano Rajoy a promis d'engager toutes les mesures légales nécessaires pour empêcher la tenue du vote. Pourquoi le gouvernement espagnol, à l'inverse du gouvernement britannique il y a quelques semaines, s'efforce-t-il de rendre ce référendum illégal ?

Parce qu'elle craint la victoire du "oui"

C'est parce qu'il accordait peu de crédit à la victoire du "oui" que le Royaume-Uni a autorisé la tenue du référendum en Ecosse le 18 septembre. Les autorités espagnoles, en revanche, savent que l'issue du vote est risquée. Pourtant, Artur Mas, le président du gouvernement de la Catalogne, se veut rassurant : une victoire du "oui" n'entraînerait pas automatiquement la sécession de cette communauté autonome.

Selon un récent sondage publié par le Centre d'Estudis d'Opinio, 58,8% des Catalans se disent totalement prêts ou assez d'accord avec l'existence d'un Etat catalan indépendant, 31,9% préférant rester au sein de l'Espagne. "Les Catalans partagent une identité commune, affirme Frédéric Alchalabi, maître de conférences en espagnol à l'université de Nantes, interrogé par francetv info. Ils possèdent leur propre histoire, leur propre langue, leur propre culture. La Catalogne est une nation sans Etat."

Leur volonté d'indépendance ne date pas d'hier. Les Catalans ont d'ailleurs choisi le 11 septembre comme jour de fête nationale, la Diada. Cette date commémore le jour où Barcelone, après un long siège, est tombée face aux troupes franco-espagnoles en 1714, une défaite qui a conduit à l'interdiction, entre autres, de parler catalan. Plus tard, à la sortie de la guerre civile, dès 1939, le sentiment identitaire s'est accru face à la répression encore plus poussée de Franco contre les spécificités catalanes.

Depuis 2010, date de la décision du Tribunal constitutionnel d'annuler en partie un statut reconnaissant la Catalogne comme "nation", les tensions avec le pouvoir espagnol se sont ravivées. Avec la crise économique qui a touché le pays et les scandales qui ont entaché l'image de la monarchie, la volonté d'indépendance s'est exacerbée, comme en témoignent les rassemblements spectaculaires de ces dernières années chaque 11 septembre. Par exemple, "depuis deux ans, les Catalans ont aussi compris que leur vitrine à l'international était le football, raconte Frédéric Alchalabi. A chaque match du FC Barcelone, à la 17e minute et 14e seconde, le public se met à crier 'independencia!'."

Parce qu'elle redoute un démembrement de l'Espagne

Sur ce point, le gouvernement espagnol est confronté aux mêmes problématiques que son homologue britannique durant la campagne du référendum écossais. La Catalogne compte 7,5 millions d'habitants, soit presque autant que l'Autriche, et plus que le Danemark ou la Norvège.

Mariano Rajoy a estimé lundi 29 septembre que "rien, ni personne, ni aucun pouvoir, ni aucune institution ne peut rompre ce principe de souveraineté unique, indivisible sur lequel se fonde notre vie commune". L'Etat espagnol, attaché à ses frontières actuelles et à son image, craint une crise identitaire.

"L'indépendance catalane serait une défaite politique pour Mariano Rajoy, qui serait vu malgré lui comme la figure de la perte de l'unité espagnole, reconnaît Frédéric Alchalabi. Cette sécession représenterait un échec en termes de légitimité et d'image au niveau national, mais aussi européen."

Mais surtout, le gouvernement redoute une propagation du phénomène aux autres régions indépendantistes, en particulier au Pays basque, très attentif à l'évolution de la situation catalane. D'autant que les partis nationalistes ont vu leurs scores s'améliorer lors des dernières élections.

Parce que l'économie espagnole en pâtirait

L'indépendance de la Catalogne représenterait une importante perte économique pour l'Espagne. Il s'agit en effet de la région la plus prospère et la plus industrialisée, qui produit près de 20% des richesses du pays. Le système de répartition des richesses et des frais (notamment le financement de la dette publique espagnole) indigne les Catalans, qui ont l'impression de ne pas en profiter.

"J'ai de la famille et des amis catalans qui se plaignent de payer plus d'impôts que dans les autres régions d'Espagne, rapporte Frédéric Alchalabi. Des impôts qui vont financer des infrastructures en Andalousie et non sur le territoire catalan."

Lorsqu'on lui pose la question, l'universitaire reconnaît qu'il pourrait exister un "danger d'appauvrissement de l'Espagne" si l'indépendance était actée. Une telle nouvelle pourrait également écorner à nouveau la confiance des marchés financiers envers l'Espagne, que la croissance de ces derniers mois avait permis de retrouver.

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