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Plan de relance, nouvel objectif climatique, sanctions contre la Turquie… Ce qu'il faut retenir du sommet européen de Bruxelles

Les Vingt-Sept sont finalement parvenus à se mettre d'accord vendredi sur plusieurs dossiers à l'issue du dernier Conseil européen de l'année.

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France Télévisions
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La chancelière allemande Angela Merkel (au centre), le président du Conseil européen Charles Michel (à gauche) et le président français Emmanuel Macron, au sommet de l'Union européenne à Bruxelles, le 11 décembre 2020. (EUROPEAN COUNCIL / ANADOLU AGENCY / AFP)

"Ce sommet était un test pour l'Europe et nous avons réussi ce test", s'est félicité Emmanuel Macron, vendredi 11 décembre, à l'issue du dernier Conseil européen de l'année, qui s'est réuni pendant deux jours à Bruxelles. L'issue était incertaine, notamment en raison de l'opposition de la Hongrie et de la Pologne sur différents points. Les Vingt-Sept sont finalement parvenu à se mettre d'accord sur des dossiers variés. 

Le plan de relance sauvé, malgré les menaces de la Hongrie et de la Pologne 

Première réussite, dès jeudi. Les dirigeants européens ont sauvé leur plan de relance massif post-Covid. Le budget européen pour la période 2021-2027 (1 074 milliards) et le plan de relance (750 milliards d'euros) étaient en effet bloqués depuis la mi-novembre par la Hongrie et la Pologne. Accusés régulièrement par Bruxelles de saper les valeurs démocratiques, ces deux pays refusaient une clause conditionnant l'accès aux fonds européens au respect de l'Etat de droit.

A cause de ce mécanisme, les deux pays avaient mis leur veto sur le projet de budget. Pour vaincre leurs réticences, la présidence allemande de l'UE a élaboré un compromis : concrètement, il prend la forme d'une déclaration précisant que le lien entre Etat de droit et déblocage des fonds n'a pas pour but de sanctionner des pays via des procédures distinctes, mais de garantir une utilisation appropriée de l'argent versé par l'UE.

De plus, pour retarder la mise en œuvre effective de ces dispositions, la Hongrie et la Pologne peuvent réclamer l'examen par la Cour de justice de l'UE de leur conformité aux traités européens, ce qui pourrait prendre jusqu'à deux ans. "Nous avons défendu nos intérêts", s'est ainsi vanté le Premier ministre hongrois Viktor Orban.

"C'est une réponse qui était indispensable sur le plan budgétaire face à la crise du Covid-19", a salué Emmanuel Macron. "Nous devons désormais mettre en œuvre ce plan pour que les premiers versements puissent intervenir dès le printemps prochain, ce qui va permettre aussi à chaque pays de décliner sur le plan national la totalité des plans de relance ainsi pensés."

Un nouvel objectif climatique déjà critiqué par les ONG

Après avoir sauvé leur plan de relance massif post-Covid, les Européens ont conclu un nouvel accord sur le climat, à la veille du cinquième anniversaire de l'Accord de Paris. Ils ont ainsi donné leur feu vert à une baisse des émissions du continent d'"au moins 55%" d'ici 2030 par rapport au niveau de 1990, contre un objectif de 40% actuellement, afin d'arriver à la neutralité carbone en 2050.

"L'Union européenne s'est montrée à la hauteur de ses ambitions climatiques", a salué vendredi Emmanuel Macron. "C'est un signal majeur et une ambition concrète", a-t-il souligné. Si le chiffre est en deçà de l'objectif de - 60% que réclamait le Parlement européen, il ne s'agit pas moins d'une "proposition ambitieuse", considère la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.

Là encore, l'incertitude régnait. La Pologne, très dépendante du charbon, s'inquiétait des conséquences pour son économie et exigeait des garanties sur les futures aides financières pour débloquer l'accord. Les conclusions adoptent des formulations propres à rassurer Varsovie : "L'objectif sera atteint collectivement par l'UE (...) les Etats participent à l'effort en tenant compte de l'équité et de la solidarité, sans laisser aucun d'entre eux en arrière." "Dix ans [les objectifs étant fixés à l'horizon 2030], c'est demain. Alors, mettons tout en œuvre pour réussir, maintenant, tous ensemble. Car il n'y a pas de plan B", a réagi Emmanuel Macron.

Cet accord est jugé largement insuffisant par les ONG environnementales. Il "n'est pas à la hauteur de l'urgence climatique. C'est une baisse de 65% des gaz à effet de serre qui serait nécessaire pour respecter l'Accord de Paris", a critiqué Greenpeace France. 

Le Réseau Action Climat a dénoncé une "ambition en trompe-l'œil" : la réduction de 55% est "nette", c'est-à-dire qu'elle inclut les "puits de carbone" naturels, comme les forêts et les sols, dans le calcul des émissions absorbées. Ce qui signifierait une réduction de seulement 50 à 52% des émissions "réelles" des secteurs polluants en misant sur les forêts pour assurer le reste de la baisse. La militante suédoise Greta Thunberg a critiqué les "objectifs hypothétiques et lointains" et les "promesses vides" et a demandé une nouvelle fois des objectifs d'émissions annuels immédiats.

Des sanctions contre la Turquie 

Les Européens ont enfin surmonté leurs divisions pour sanctionner la Turquie en raison de ses travaux d'exploration gazière dans des zones maritimes disputées avec la Grèce et Chypre. La menace de représailles avait été brandie en octobre, mais les sanctions étaient bloquées par l'Allemagne, qui menait alors une médiation avec le président turc et jugeait donc le moment inopportun pour des sanctions.

Emmanuel Macron s'est félicité vendredi que l'Union européenne ait "démontré sa capacité à faire preuve de fermeté". "Nous avions donné une chance à la Turquie" en octobre, mais "nous avons unanimement constaté que la Turquie avait poursuivi ses actions provocatrices", a déclaré le président français à la fin du sommet. 

La décision porte sur des sanctions individuelles – une liste de noms va être établie – et des mesures supplémentaires pourront être décidées en mars lors d'un nouveau point d'étape, si la Turquie poursuit ses actions. Cette décision est vivement critiquée par la Turquie. "Nous rejetons cette attitude biaisée et illégitime figurant dans les conclusions du sommet de l'UE", a déclaré vendredi matin le ministère turc des Affaires étrangères, dans un communiqué.

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