Un couple de millionnaires sillonne la Méditerranée pour sauver la vie des migrants

Regina et Christopher Catrambone vont reprendre la mer dans l'espoir de sauver la vie de migrants naufragés en Méditerranée, pour la deuxième saison de leur mission. La récente série de drames relance l'intérêt sur cette initiative privée, la première du genre.

Regina et Christopher Catrambone prennent la pose à bord du \"Phœnix\", le 13 octobre 2014 dans le port de La Valette (Malte).
Regina et Christopher Catrambone prennent la pose à bord du "Phœnix", le 13 octobre 2014 dans le port de La Valette (Malte). (GILES CLARKE / GETTY IMAGES EUROPE)

Alors que l'Union européenne songe, peut-être, à renforcer les moyens engagés en Méditerranée, un couple de millionnaires italo-américain tente de sauver les migrants depuis voilà un an, dans le cadre de la première fondation privée du genre, Migrant Offshore Aid Station (Moas). Basée à Malte, elle a été fondée par Christopher et Regina Catrambone.

"Nous sommes une sorte d'ambulance"

"Il n'y a pas de temps à perdre. La moindre vie sauvée vaut le voyage à elle seule", explique Regina Catrambone, interrogée par La Stampa (en italien). La mission va débuter sa deuxième saison de sauvetage en mer, le premier week-end de mai, rapporte Christopher, sur son blog (en anglais). Une nouvelle fois, le couple va embarquer à bord du Phœnix, un voilier de 40 mètres équipé de deux drones à détection infrarouge, pour repérer les embarcations en perdition. Cette année, ils ont concentré leurs efforts sur l'amélioration des canots pneumatiques à coque rigide. Deux conduites faciliteront désormais leur mise à l'eau, pour fournir de l'eau potable et des gilets aux personnes en détresse.

La mission 2015 est menée en partenariat avec Médecins sans frontières. "Nous intervenons comme une sorte d'ambulance, pour les premiers secours (...). Quand nous nous approchons pour secourir les migrants, ils nous demandent si nous sommes des Nations unies", expliquait le couple à La Repubblica (en italien), début mars. Le cas échéant, ils transmettront des informations aux centres de coordination des secours à Malte et en Italie.

A l'été 2013, une révélation sur un yacht privé

Tout a débuté à l'été 2013, lors d'une croisière sur leur yacht privé, entre la Tunisie et Lampedusa. Regina et Christopher aperçoivent une veste flotter sur l'eau, appartenant sans doute à un migrant noyé. Au même moment, le pape est de passage dans l'île, où il appelle la communauté internationale à "abattre les murs de l'indifférence." De confession catholique, le couple décide de suivre cet appel et part à la recherche d'un navire.

Après des mois de recherche, ils le trouvent à Norfolk, en Virginie (Etats-Unis), au mois de janvier. Puis ils le modifient pour les besoins de leur mission. "Nous pouvions dépenser notre argent d'une autre façon, nous avons décidé de le faire de cette façon", explique Regina Catrambone, interrogée par La Stampa (en italien). Croyants, Regina et Christopher ont accroché un crucifix dans le salon central du navire.

Regina et Christopher vivent à Malte depuis une dizaine d'années. Entrepreneurs dans le secteur des assurances, ils ont fondé en 2006 une compagnie spécialisée dans les zones à risques, Tangiers Group. Rien ne filtre sur le montant total de leurs dépenses, toutefois évaluées à sept millions d'euros par le magazine Time (en anglais). "Certes, nous sommes riches et nous avons des revenus importants, mais nous pouvions investir ailleurs et nous avons pourtant choisi de créer Moas", explique le couple, discret sur la question. La fondation lance par ailleurs un appel aux dons.

En 2014, 3 000 migrants secourus en deux mois

Un capitaine anglais, des marins maltais, canadiens ou néerlandais... Au total, une vingtaine de personnes composent l'équipage cosmopolite, précise le quotidien italien. L'an dernier, ces efforts ont permis de sauver près de 3 000 vies entre les mois d'août et d'octobre, des Syriens ou des Palestiniens, pour la plupart.

Aujourd'hui encore, Regina Catrambone se rappelle de cette fillette érythréenne, tirée de l'eau avec 40 °C de fièvre. "Après deux jours de traitement au paracétamol, la voir manger et jouer a été l'une des plus belles émotions de ma vie. Et puis, il y avait les yeux de sa mère, pleins de gratitude." Cette année, ils s'attendent à repêcher bien plus de victimes.