Solidarité avec les migrants : "La France devrait donner l'exemple"

L'eurodéputée Front de Gauche Marie-Christine Vergiat réagit mardi sur franceinfo à la position du gouvernement français sur l'accueil des migrants alors que l'Espagne vient de tendre la main au navire humanitaire "Aquarius".

Des migrants descendent de l\'Aquarius dans le port de Catane en Sicile, le 10 mai 2018.
Des migrants descendent de l'Aquarius dans le port de Catane en Sicile, le 10 mai 2018. (LOUISA GOULIAMAKI / AFP)

Emmanuel Macron a dénoncé mardi 12 juin 2018 en conseil des ministres la "part de cynisme et d'irresponsabilité du gouvernement italien" qui a refusé d'accueillir l'Aquarius et ses plus de 600 migrants, dérogeant au droit international, selon les propos rapportés par le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux. Le bateau, affrété par l'ONG SOS Méditerranée, a secouru en deux ans près de 30 000 migrants au large de la Libye, mais se heurte désormais frontalement au durcissement des politiques migratoires en Europe. Les migrants de l'Aquarius vont être transbordés sur des navires italiens, jusqu'en Espagne.

Invitée de franceinfo mardi 12 juin, Marie-Christine Vergiat, eurodéputée (Front de Gauche), membre de la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures, et membre de la sous-commission des droits de l’Homme, estime que "la France devrait donner l'exemple, contrairement à ce que dit monsieur Griveaux". Elle souligne que "cinq groupes du Parlement européen" ont proposé "un mécanisme de solidarité obligatoire". Elle affirme que "la France n'a pas fait de propositions".

Après le refus de l'Italie et de Malte d'accueillir l'Aquarius, l'Espagne est le seul pays à ce stade à avoir proposé de le recevoir. Regrettez-vous la position française ?

Marie-Christine Vergiat : Tout à fait. Nous avons entendu monsieur Macron au Parlement européen il y a quelques semaines nous dire qu'il fallait, en matière d'immigration, faire œuvre de solidarité intra-européenne. Moi, j'attends que la France donne l'exemple. Quand le président de la République vient faire au Parlement européen des déclarations de cette nature, la France devrait donner l'exemple. Contrairement à ce que dit monsieur Griveaux, non seulement elle ne donne pas l'exemple, mais elle ne prend pas sa part dans l'accueil des réfugiés par rapport à ce qui s'est passé au cours des trois dernières années, bien au contraire.

Emmanuel Macron parle du cynisme et de l'irresponsabilité de l'Italie et rappelle qu'en matière de droit maritime, c'est le pays le plus proche du bateau qui en a la responsabilité.

Il oublie juste que l'Italie est chargée, au nom de l'Union européenne, de réguler les appels en détresse dans l'ensemble de l'espace méditerranéen. Depuis des années, l'Italie prend largement sa part et elle est en première ligne. Les bateaux sont systématiquement ramenés vers l'Italie, et vers l'Italie seule. C'est bien de rappeler le droit maritime. C'est mieux quand on est conscient de le mettre en œuvre, et de mettre en œuvre l'ensemble de ses obligations en matière de droit international, y compris à la frontière italienne, ce qui est loin d'être le cas.

Les autorités françaises se permettent de refouler systématiquement, sans le moindre examen de dossier, les migrants qui arrivent à la frontière franco-italienne. Certes l'Italie est une démocratie, mais l'Italie est un pays qui a largement pris sa part dans l'accueil des migrants en situation irrégulière.

Matteo Salvini, le ministre de l'Intérieur italien, demande une répartition automatique des migrants entre les pays d'Europe. Plusieurs pays y sont farouchement opposés. L'Union européenne semble impuissante. Est-ce qu'il faut demander aux pays volontaires de se mettre d'accord assez rapidement pour faire part de leurs ambitions ?

L'Union européenne est un ensemble d'institutions. C'est à la fois le Conseil, la Commission européenne et le Parlement européen. Le Parlement européen a fait des proposions par rapport à la réforme de Dublin, des propositions réalistes qui ont fait l'objet d'un consensus entre cinq groupes du parlement, de la gauche au PPE. Ces cinq groupes proposent un mécanisme de solidarité obligatoire.

Ce sont les États membres qui bloquent systématiquement toutes les propositions en la matière. Les seuls qui sont favorables à la répartition, ce sont les pays du Sud. Moi j'attends la proposition de la France en la matière. La France n'a pas fait de propositions. La France est en recul. C'est bien de faire des déclarations à la radio. C'est mieux de les faire en conseil des ministres. Je donne rendez-vous à monsieur Macron les 28 et 29 juin prochains. C'est là qu'il va falloir accepter de discuter avec le Parlement européen. La proposition est sur la table.