Migrants en Méditerranée : la "passivité des Etats européens est organisée", dénonce SOS Méditerranée

L'Ocean Viking de l'ONG Sos Méditerranée a secouru mardi 236 migrants au large de la Libye. "Il faut que les Etats remettent en place une flotte de sauvetage digne de ce nom pour pouvoir prévenir ces catastrophes maritimes qui sont tout à fait prévisibles", assure sur franceinfo Sophie Beau, directrice de l'ONG.

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Des dizaines de migrants à bord d'une embarcation pneumatique flottant dans les eaux méditerranéennes au large de la côte nord-est de la Lybie, le 27 avril 2021.
 (FLAVIO GASPERINI / SOS MEDITERRA / MAXPPP)

La "passivité des Etats européens est organisée", a dénoncé mardi 27 avril sur franceinfo la directrice de SOS Méditerranée, Sophie Beau, dont le navire, l’Ocean Viking, vient de secourir 236 personnes à bord de deux embarcations pneumatiques, en détresse au large de la Libye.

franceinfo : En sait-on plus sur les conditions de ce sauvetage qui a eu lieu en mer ?

Sophie Beau : Les deux sauvetages successifs se sont produits aujourd'hui [mardi 27 avril] au large des côtes libyennes, dans les eaux internationales, à 32 milles nautiques des côtes, dans des conditions de mer qui, heureusement, sont un peu moins compliquées que les jours précédents, ce qui fait que le sauvetage en lui-même s'est bien déroulé. Néanmoins, toujours sans aucune coordination des autorités maritimes libyennes. Il y a donc 236 rescapés à bord. Parmi eux, un très, très grand nombre de mineurs, dont 114 sont non-accompagnés, sept femmes, un bébé. Evidemment, ces personnes ont quand même passé plusieurs heures en mer dans des conditions précaires. Ils étaient faibles, déshydratés au moment où nous avons pu effectuer ce sauvetage. Toutes ces personnes sont actuellement en sécurité à bord de l'Ocean Viking et elles reçoivent les premiers soins soins par nos équipes à bord.

Il y a une recrudescence de ces traversées, de ces tentatives ces dernières semaines, ces derniers mois ?

Il y a toujours des tentatives depuis la Libye parce que les personnes quittent ce qu'elles appellent "l'enfer libyen", où elles sont prises dans un étau, dans des réseaux de traite humaine, parquées dans des camps, soumises à des exactions, des tortures, des extorsions de fonds et donc, dès qu'elles le peuvent, dès que la météo se calme, elles prennent la mer. Malheureusement, ça n'a jamais, jamais, vraiment cessé, quelles que soient les conditions. Et donc, il y a eu plusieurs départs, effectivement, et nous avons malheureusement été témoins la semaine dernière d'un naufrage. Là, c'était dans des conditions beaucoup plus difficiles. La mer était démontée. Il y avait une tempête.

Est-ce que vous en voulez à l'Union européenne de ne pas vous venir peut être suffisamment aide ?

Ça fait cinq ans que SOS Méditerranée s'est créée parce qu'il y a une défaillance des Etats qui ne mettent pas en place les dispositifs de secours qui sont pourtant prévus par le droit maritime. Et donc, ce sont des ONG comme la nôtre et SOS Méditerranée qui mènent ces actions de sauvetage en mer. Et c'est tout à fait insuffisant. Aujourd'hui, l'Ocean Viking est le seul navire de secours opérationnel. Il était seul aussi en mer la semaine dernière. Et donc, effectivement, il faut que les Etats remettent en place une flotte de sauvetage digne de ce nom pour pouvoir prévenir ces catastrophes maritimes qui sont tout à fait prévisibles. Et puis, il faut aussi absolument remettre en place une coordination des secours. Là, on voit que les gardes côtes libyennes ne jouent absolument pas ce rôle, malheureusement.

Cette passivité des Etats européens, elle est organisée, il y a une externalisation de la question vers la Libye. La hotline téléphonique qui avait reçu les appels de détresse la semaine dernière a fait passer les informations, et il n'y a pas eu de réaction des autorités maritimes compétentes. Nous étions le seul navire, mais très loin de cette zone-là, à 10 heures de navigation. Quand nous sommes arrivés sur place, c'était malheureusement trop tard, dans une mer démontée avec des vagues de 6 mètres. Et malheureusement, l'embarcation avait chaviré. Nous n'avons pu que constater qu'il y avait encore de nombreux cadavres sur la zone à l’eau.

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