L'Italie veut rendre leurs noms aux migrants morts en Méditerranée

Le gouvernement italien mène en Sicile une vaste opération d'identification des victimes du terrible naufrage d'avril 2015 en mer Méditerranée. Le travail des médecins, débuté en septembre, commence à porter ses fruits.

Le corps d\'un migrant récupéré par la marine italienne à Reggio de Calabre, le 29 mai 2016
Le corps d'un migrant récupéré par la marine italienne à Reggio de Calabre, le 29 mai 2016 (GIOVANNI ISOLINO / AFP)

Depuis le début de l'année 2016, plus de 3 000 migrants sont morts en tentant de traverser la Méditerranée. Plus de 10 000 depuis 2014. Et voilà que l’Italie se lance dans une opération inédite en tentant d’identifier les cadavres de migrants. Les expertises portent sur les quelque 800 victimes du naufrage d'avril 2015, le plus mortel à ce jour en Méditerranée. Les médecins veulent que les proches des migrants disparus puissent entamer leur deuil.

Les effets personnels envoyés dans les pays d'origine pour une identification

Sur le port d’Augusta (Sicile, Italie) un hangar a été transformé en morgue. Les cadavres proviennent d'un chalutier de migrants, dont le naufrage avait fait 800 morts le 18 avril 2015. L'un des naufrages les plus meurtriers qu'ait connu la mer Méditerranée. Une opération inédite menée par la marine militaire italienne avait permis fin juin de remonter l'épave à la surface.

Venus de toute l'Italie, soixante médecins légistes travaillent depuis septembre à l’identification des corps. "Nous ne pouvons pas toujours les identifier grâce à l'ADN, témoigne Cristina Cattaneo, professeure venue de Milan. Il faut donc regarder les tatouages, les dents... C'est un travail très long. Mais on peut le faire." Ainsi sait-on désormais que le plus jeune de ces migrants avait 7 ans. Que le plus âgé avait 30 ans. Cristina Cattaneo l'assure : elle travaille surtout pour les proches de ces disparus en mer. Car, dit-elle, sans identification, le deuil est compliqué. 

Photo de la marine militaire italienne, en juin 2016, lors des opérations de récupération de l\'épave d\'un chalutier naufragé le 18 avril 2015
Photo de la marine militaire italienne, en juin 2016, lors des opérations de récupération de l'épave d'un chalutier naufragé le 18 avril 2015 (© MARINE MILITAIRE ITALIENNE)

Non loin des corps ont été repêchés des téléphones, des brosses à dents, des numéros de téléphone, la carte de visite d’un garage à Gao (Mali), etc... Les indices ont été envoyés dans les pays d’origine. "Il s’agit d’un protocole unique au monde. Mais il pourrait rester vain sans la collaboration des familles des migrants. C’est toute la difficulté, explique le préfet Vittorio Piscitelli, qui coordonne les opérations pour le gouvernement italien. Nous impliquons donc dans cette opération toutes nos ambassades en Afrique, ainsi que la Croix-Rouge internationale et la Commission internationale pour les personnes disparues. Car eux peuvent entrer en contact avec les proches et ainsi croiser les données."

Parvenir à redonner une identité aux morts, c’est leur restituer leur dignitéVittorio Piscitellipréfet de Syracuse

Un nom et une sépulture

D’Afrique sont déjà parvenues plusieurs demandes d’entretien, en particulier du Sénégal, du Mali et de Guinée-Conakry. Pour les autorités, impossible d’identifier l’ensemble des 800 victimes. Mais l’Italie a fait de cette opération un symbole. Matteo Renzi, le président du Conseil italien, a ainsi promis d’offrir une sépulture à chacun de ces migrants dans un cimetière de Sicile.

Quant à l’épave du bateau, le chef du gouvernement italien souhaite la voir quitter l'Italie pour Bruxelles... afin de l'exposer devant les autorités européennes. Afin, dit-il, que ce bateau et ses morts deviennent un avertissement pour toute l’Europe.

Reportage de Mathilde Imberty en Sicile
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