Des migrants détenus en Libye, torturés pour s’être rebellés

L’affaire est révélée par la télévision al-Jazeera. Le sort des migrants et des réfugiés bloqués en Libye ne cesse de se dégrader. Le 26 février 2019, plus d’une centaine se sont révoltés dans le centre de Triq al-Sikka à Tripoli, pour dénoncer leurs conditions de détention. La répression a été terrible. Une trentaine de ces détenus auraient été torturés.

Des migrants rassemblés dans le camp libyen de Ganzour le 5 septembre 2018.
Des migrants rassemblés dans le camp libyen de Ganzour le 5 septembre 2018. (MAHMUD TURKIA / AFP)

Ils protestaient contre leurs conditions de détention et demandaient une visite de contrôle de la part du Haut-commissariat aux réfugiés (UNHCR). Certains d’entre eux sont détenus depuis plus d’un an. La majorité a été renvoyée ici après avoir tenté de traverser la Méditerranée pour rejoindre l’Europe. Officiellement, ils attendent de rentrer dans leur pays d’origine.

Si ces migrants sont là, c’est en vertu de l’accord qui lie l’Union européenne et la Libye. Fin 2018, l’ONG Amnesty International estimait à 8000 le nombre de migrants et réfugiés incarcérés. Déjà l’ONG réclamait que l’on veille aux droits fondamentaux de ces personnes.

Cette fois à Trik al-Sikka, c’est une visite de diplomates néerlandais qui a tout déclenché. A leur départ, les coups ont commencé à pleuvoir, selon les témoignages recueillis par al-Jazeera. Des renforts policiers sont arrivés, environ une centaine d’hommes. Quatre des détenus ont perdu connaissance suite aux coups et deux ont été transportés dans un hôpital, confirme International Rescue Committee, qui travaille dans la région.

Selon des témoins, des dizaines de détenus ont été transportés dans des bus vers d’autres centres de rétention. Les meneurs, deux hommes au moins, ont été descendus dans une cellule souterraine et torturés.

("Torture et conditions choquantes : le coût humain pour maintenir les migrants hors d'Europe".)

Le centre de Triq al-Sikka traîne une sinistre réputation. Des migrants y sont retenus dans le noir toute la journée, ne reçoivent aucun soin et très peu de nourriture, témoignent des migrants qui ont séjourné dans ces lieux. L’horreur a franchi un nouveau cap en octobre 2018. Un jeune réfugié somalien de 28 ans a mis fin à ses jours en s’immolant. Il ne voyait plus d’issue à sa détention, a-t-il dit à d’autres détenus. Trois semaines plus tard, c’est un jeune Erythréen qui tentait, à son tour, de mettre fin à ses jours.

Selon Sally Hayden, la journaliste d’al-Jazeera qui a mené l’enquête à l’issue de ce dernier mouvement de révolte, il y aurait trente réfugiés détenus dans les sous-sols du camp, dont quatre à six mineurs. Ils auraient été torturés.

"Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants sont coincés en Libye et doivent faire face aux pires abus sans aucune issue pour sortir", dénonce Amnesty. Une situation que ne nie pas l’Union européenne dans un courrier adressé à la journaliste. "La situation dans ces centres est inacceptable", reconnaît l’interlocuteur, rappelant que depuis 2017, 37 000 migrants ont été rapatriés dans leur pays d’origine.

En fait, réfugiés et demandeurs d’asile ne croient plus trop en leur chance d’être évacués vers un pays sûr. En novembre 2018, des centaines de migrants détenus avaient même forcé les clôtures de leur camp pour se lancer dans une marche improvisée dans les rues de Tripoli. Une fois encore, il s’agissait d’attirer l’attention internationale sur leur situation.