Paris veut mobiliser l'Europe après la tragédie de Lampedusa

"Il est très possible que le président de la République porte cela à l'ordre du jour du prochain Conseil européen", assure le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius.

Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, en conférence de presse, à Paris, le 30 septembre 2013.
Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, en conférence de presse, à Paris, le 30 septembre 2013. (FRED DUFOUR / AFP)

La tragédie de Lampedusa va-t-elle permettre d'entamer une réflexion au sein de l'Union européenne sur la gestion des frontières maritimes ? Après Jean-Marc Ayrault, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius affirme son souhait de "traduire l'indignation en actes" à l'échelle de l'Union européenne, dimanche 6 octobre. Le patron de l'UMP, Jean-François Copé, appelle pour sa part à "réformer Schengen".

Ce qu'a dit Laurent Fabius

"La Méditerranée ne peut pas rester un immense cimetière à ciel ouvert. Il faut agir", a déclaré le ministre des Affaires étrangères, lors du Grand rendez-vous d'Europe 1"Il est très possible que le président de la République porte cela à l'ordre du jour du prochain Conseil européen", prévu au moins d'octobre. Pour commencer, le drame sera à l'ordre du jour du Conseil européen des ministres des Affaires intérieures à Luxembourg, mardi, à la demande de l'Italie et de la France.

"Les chefs d'Etat doivent traduire leur indignation en faits et en actes", a-t-il poursuivi, précisant que l'action se résumait en trois mots: "développement, contrôle, sanctions". Renforcer l'aide au développement des pays pauvres à l'origine des migrations, mieux contrôler les flux en renforçant le budget de Frontex, et sanctionner les passeurs "qui se font des fortunes sur la mort des gens", sont les trois objectifs, selon Laurent Fabius.

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Ce qu'a dit Jean-Marc Ayrault

"J'ai été profondément touché, ému par les images que j'ai vues", a déclaré le chef du gouvernement pendant un déplacement à Metz (Moselle). "C'est un drame terrible, qui ne peut que soulever notre compassion, notre solidarité mais au-delà des mots, je crois qu'il est important que l'Europe se préoccupe de cette situation particulièrement dramatique", a-t-il plaidé.

Il a proposé une réunion des pays européens. "Au-delà du drame, de la tragédie, il est important que les responsables politiques européens en parlent, et vite, ensemble. (...) C'est à eux de se réunir pour trouver la bonne réponse mais la compassion ne suffit pas".

FRA?CE 2

Ce qu'a dit le président de l'UMP

Selon Le Figaro, Jean-François Copé ne partage la vision des socialistes. "Tant que nous laisserons croire à des millions d'hommes et de femmes à travers le monde que l'Europe est un continent ouvert à tous les flux, que nos frontières sont des passoires, alors il y aura des mafieux pour les exploiter, il y aura des réfugiés prêts à tenter le tout pour le tout pour arriver sur notre sol", a-t-il lancé.

Pour lui, "réformer Schengen est une priorité absolue de la part des dirigeants européens. (...) Nous devons sanctionner et même exclure les pays qui ne contrôlent pas les frontières extérieures de l'Europe".

Quelles pistes pourraient emprunter les 28 ?

Donner plus de compétences à l'Union européenne pour harmoniser les politiques et les règles d'accueil des migrants, selon plusieurs chercheurs et responsables d'ONG interrogés par francetv info"On ne peut pas accuser l'UE d'être responsable de ces tragédies parce qu'elle n'a pas de compétence pour le secours en mer", observe ainsi Corinne Balleix, chercheuse à Sciences-Po et auteure de La politique migratoire de l'Union européenne (La documentation française).

Le traité d'Amsterdam signé en 1997, prévoyait que les pays membres de l'Union européenne transfèrent à l'Union européenne leurs compétences en matière d'asile et d'immigration. Mais ça n'a jamais été appliqué totalement. "Les politiques migratoires, fragmentées, sont entre les mains des Etats-membres et considérées à l'aune de préoccupations intérieures", regrette Michele Cercone, le porte-parole de la commissaire en charge de ce dossier, Cecilia Malmström.