Trois questions sur les "gilets noirs", le collectif de sans-papiers qui a occupé le Panthéon

Environ 700 migrants et leurs soutiens ont investi le célèbre monument vendredi afin de réclamer leur régularisation et une rencontre avec le Premier ministre.

Une pancarte \"soutien aux \'gilets noirs\'\" brandie devant le Panthéon occupé, le 12 juillet 2019, par des sans-papiers. 
Une pancarte "soutien aux 'gilets noirs'" brandie devant le Panthéon occupé, le 12 juillet 2019, par des sans-papiers.  (ESTELLE RUIZ / NURPHOTO / AFP)

Leur action a suscité beaucoup de réactions. Vendredi 12 juillet, plusieurs centaines de sans-papiers ont brièvement occupé le Panthéon à Paris pour réclamer leur régularisation et un rendez-vous avec le Premier ministre Edouard Philippe. Le nom de leur collectif ? Les "gilets noirs". Si certains politiques de droite et d'extrême droite ont dénoncé avec virulence cette occupation, d'autres, venus des rangs de la gauche, ont au contraire apporté leur soutien à ces sans-papiers.

Qui sont les "gilets noirs" ?

Le clin d'œil est évident. Les "gilets noirs" "se sont créés dans la foulée des 'gilets jaunes'", raconte à franceinfo Jean-Claude Amara, porte-parole de Droits devant, une association de défense des sans-papiers. "Ce sont les sans-papiers eux-mêmes qui ont trouvé la formule." "Le nom a été trouvé en janvier lors d'une réunion à Belleville", explique à franceinfo un membre de La Chapelle debout.

Cette source précise que le collectif compte des "sans-papiers mais aussi des demandeurs d'asile et des gens à la rue". Ces derniers viennent de "43 foyers" de travailleurs migrants d'Ile-de-France. En tout, avec les collectif Droits devant et La Chapelle debout, les "gilets noirs" comptent "un millier de sans-papiers organisés", selon Jean-Claude Amara.  

Leurs revendications ? S'entretenir avec le Premier ministre Edouard Philippe afin "de sortir les sans-papiers du cadre du ministère de l'Intérieur", explique Jean-Claude Amara. Dans un communiqué diffusé vendredi d'après-midi, les occupants du Panthéon se présentent comme "des sans-papiers, des sans-voix, des sans-visages pour la République française", demandant "papiers et logements pour toutes et tous".

Le collectif des "gilets noirs" mène régulièrement des actions coups de poing en soutien aux sans-papiers. En juin, ils avaient brièvement occupé le siège du groupe Elior, dans le quartier de la Défense, pour "dénoncer son business" réalisé avec des sans-papiers "non déclarés". En mai, ils avaient également investi le terminal 2F de l'aéroport de Roissy contre "la collaboration d'Air France" dans les expulsions.

Que s'est-il passé au Panthéon ?

Environ 700 migrants et leurs soutiens, selon les participants, ont investi le Panthéon vendredi à la mi-journée. "Le Panthéon, c'est un symbole. Parmi ces hommes et femmes illustres qui y reposent, beaucoup soutiendraient la cause des sans-papiers", assure Jean-Claude Amara, citant Germaine Tillion, Emile Zola, Victor Hugo ou Victor Schœlcher. 

Ce lieu emblématique de la République française a été progressivement évacué à partir de 16h45 par une sortie située à l'arrière du bâtiment.

Trente-sept personnes ont été interpellées "suite à des vérifications d'identité", indique la préfecture de police à franceinfo. Une vingtaine de sans-papiers ont été placés en rétention administrative, a également appris franceinfo de sources concordantes. Des personnes venues à l'extérieur du Panthéon apporter leur soutien l'opération ont dénoncé "une rafle". Les forces de l'ordre ont procédé à des charges et des tirs de gaz lacrymogènes pour repousser les soutiens et migrants les plus véhéments, selon les journalistes de l'AFP.

"En trente ans de combat, je n'ai encore jamais vu cette violence délibérée, c'était inimaginable", affirme Jean-Claude Amara, qui accuse les policiers d'avoir proféré des injures racistes. Selon ce dernier, trois charges policières auraient eu lieu. "Il y avait la volonté de terroriser les gens, c'était très, très violent", confirme un membre de La Chapelle debout, qui évoque une quarantaine de blessés. Selon une journaliste de France Bleu Paris présente sur place, il y a eu effectivement plusieurs blessés, après les charges des CRS, et des personnes déshydratées. Plusieurs victimes ont été évacuées sur des civières par le personnel médical.

Concernant les accusations de violences policières également relayées par La Chapelle debout, la préfecture de police, contactée par franceinfo, renvoie au parquet en cas d'éventuelles plaintes. Ce qui devrait arriver puisque plusieurs sont en préparation selon Jean-Claude Amara et La Chapelle debout. 

Comment a réagi la classe politique ?

Cette occupation a suscité l'indignation à droite et à l'extrême droite. "Il est inadmissible de voir des clandestins revendicatifs occuper, en toute impunité, ce haut lieu de la République", a écrit Marine Le Pen sur Twitter, estimant que "le seul avenir d'un clandestin devrait être l'expulsion, car c'est la loi".

"Les clandestins qui occupaient le Panthéon ne devaient pas seulement être évacués... Ils devaient être expulsés", a également estimé l'eurodéputé RN Thierry Mariani sur Twitter. Le député LR Eric Ciotti a dénoncé un "chantage" et une "profanation" menées par "des sans-papiers manipulés par des associations d'extrême gauche".

Des personnalités de gauche comme la sénatrice Esther Benbassa (EELV), Danièle Obono (LFI) et Eric Coquerel (LFI) sont, elles, venues apporter leur soutien sur place. "Aujourd'hui, il y a eu une occupation pacfique du Panthéon pour interpeller les pouvoirs publics qui depuis des semaines, des mois, voire des années refusent de régulariser les personnes sans-papiers, refusent d'étudier sérieusement les demandes d'asile", a expliqué sur place Danièle Obono