Photo du petit Aylan : comment en parler à vos enfants ?

Le cliché du petit Syrien retrouvé mort sur une plage de Turquie a choqué la planète. Qu'en est-il des enfants ? Francetv info a interrogé Olivier Gosselin, rédacteur en chef de "Mon Quotidien", un journal généraliste pour les 9-12 ans.

Aylan Kurdi, un enfant syrien de 3 ans, gît sur une plage à Bodrum (Turquie), après le naufrage de son embarcation à destination de l\'île de Kos (Grèce), le 2 septembre 2015.
Aylan Kurdi, un enfant syrien de 3 ans, gît sur une plage à Bodrum (Turquie), après le naufrage de son embarcation à destination de l'île de Kos (Grèce), le 2 septembre 2015. (NILUFER DEMIR / DOGAN NEWS AGENCY / AFP)

Le cliché est devenu une icône. Depuis sa révélation, mercredi 2 septembre, la photo du petit Aylan, retrouvé mort sur une plage de Bodrum (Turquie), a fait le tour du monde. Elle a troublé, choqué, bouleversé, des millions d'adultes. Mais qu'en est-il des enfants ? Comment évoquer avec eux cette photo dont ils ont très probablement entendu parler ?

Francetv info a interrogé Olivier Gosselin, rédacteur en chef de Mon Quotidien, un journal généraliste qui s'adresse aux 9-12 ans.

Francetv info : Quels conseils donneriez-vous aux parents pour parler de ce drame et de cette photo à leurs enfants ?

Olivier Gosselin : Il faut partir de plus loin, leur expliquer le contexte. C'est plus facile maintenant, parce que l'on parle en France d'accueillir davantage de migrants, donc ça se rapproche de nous, et de la réalité des enfants.

Il faut expliquer de manière simple que les gens, comme Aylan et sa famille, qui partent de chez eux, de leur pays, n'ont pas le choix. Ils fuient la guerre ou la famine. Ils ne le font pas par envie, mais parce qu'ils ne peuvent plus faire autrement. Et ils sont prêts à risquer leur vie, à traverser la mer, parce que sinon c'est la mort qui les attend.

Ce qui est important, c'est donner cette idée d'espoir : ils partent parce qu'ils espèrent avoir une vie meilleure, loin de la guerre, et trouver un travail, aller à l'école... Ce sont des choses que les enfants peuvent comprendre. Mais sur le chemin pour trouver cette vie meilleure, ils risquent leur vie. Les dangers sont nombreux.

Il ne faut pas qu'un enfant se retrouve seul face à cette photo. Ou s'il l'a vue, il faut en parler avec lui. Il ne faut pas le laisser démuni, traumatisé, sans qu'il sache d'où vient ce cliché. 

A partir de quel âge un enfant peut-il voir cette photo ?

[Il hésite] Un enfant peut la voir à partir de 8 ou 9 ans. Pour L'Actu [le cousin de "Mon Quotidien", qui s'adresse aux 14-17 ans], on a assez vite décidé qu'on allait mettre la photo dans le journal. Mais comment, à quelle place, quel format ? On s'est donné une nuit de réflexion. Et le lendemain, on a fait la une avec la photo plein pot. La photo du petit Aylan sur la plage avec une partie de la silhouette de l'adulte qui est à côté.

Sur Mon Quotidien, qui s'adresse aux 9-12 ans, là, on s'est dit "non, on ne va pas la mettre en une directement". On a choisi de la publier, de lui accorder une place, mais à l'intérieur, dans les pages "Monde". On a décidé de montrer la photo qui a fait le tour de la planète, en expliquant qu'elle a fait la une des journaux européens. Mais on a intégré en une un message d'attention s'adressant aux parents. On a mis un large bandeau rouge, avec un dessin de notre illustrateur assez alusive. On explique que Mon Quotidien a décidé de montrer cette photo, qui est choquante, et qu'il faut que les parents accompagnent la lecture de cet article et le visionnage de cette photo. C'était aussi pour les prévenir parce qu'ils ne souhaitaient peut-être pas que leurs enfants la voient.

Une du journal \"Mon Quotidien\", dédié aux 9-12 ans, daté des 5-6-7 septembre 2015.
Une du journal "Mon Quotidien", dédié aux 9-12 ans, daté des 5-6-7 septembre 2015. (MON QUOTIDIEN)

J'ai tenu à ce que l'on mette aussi une autre photo, celle d'après. La photo de ce policier turc, qui marche avec le corps de l'enfant dans les bras. C'est une sorte de bras protecteur. Même si c'est vain, parce qu'il est trop tard, que le corps est sans vie, il y a quelque chose d'un peu rassurant. Avec cette photo, on comprend que l'enfant mort n'est pas resté indéfiniment sur cette plage. On voit qu'un adulte s'occupe de lui. C'était important de montrer qu'après la photo dure et choquante d'un enfant seul, mort, face dans l'eau, il s'est passé quelque chose. Montrer que le corps a été récupéré.

Pour Le Petit Quotidien, celui des 6-10 ans, comment avez-vous procédé ?

On a discuté avec ma collègue. Elle va prendre un peu de temps. La photo n'y a pas encore été publiée. Mais il n'est pas exclu qu'elle y revienne la semaine prochaine. On sait bien que l'impact des images sur les enfants est très fort, alors elle préfère temporiser. Elle réfléchit encore à la manière d'en parler. Le Petit Quotidien a déjà traité de sujets difficiles, mais là, on ne veut pas aller trop vite.