Pau : ce que l'on sait du meurtre d'un responsable de centre d'asile

Le suspect, un Soudanais de 38 ans, a reconnu les faits. Sa garde à vue a été prolongée samedi, en vue d'une mise en examen et d'une incarcération.

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Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin (à droite) lors d'un point-presse après l'agression mortelle d'un homme à Pau (Pyrénées-Atlantiques), avec le maire de la ville, François Bayrou, le 19 février 2021. (IROZ GAIZKA / AFP)

En fin de matinée, vendredi 19 février, un homme a fait irruption dans un centre d'accueil pour réfugiés à Pau (Pyrénées-Atlantiques), où il a mortellement blessé le directeur de la structure. Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, s'est rendu sur place, accompagné du maire de la ville, François Bayrou, et a apporté sa "solidarité aux Palois et à l'ensemble du personnel de l'association Isard Cos, durement touché par cet acte ignoble". Franceinfo fait le point sur ce que l'on sait de cette affaire.

Un responsable de centre tué à coups de couteau

Les faits se sont déroulés au Centre d'accueil pour demandeurs d'asile (Cada) Isard-COS à Pau, vendredi. Vers 10h30, un homme demande à recontrer le responsable de la structure, qui l'invite à quitter les lieux. L'agresseur présumé ne s'exécute pas et suit le responsable jusque dans son bureau, où il l'aurait poignardé à plusieurs reprises. Les cris de la victime ont alerté ses collègues, qui ont appelé les pompiers vers 11 heures, en signalant que l'homme de 46 ans était grièvement blessé à l'arme blanche.

Ils ont réussi à maîtriser l'agresseur "au niveau des bras" avec "beaucoup de courage", a insisté Cécile Gensac, procureure de la République de Pau, lors d'une conférence de presse tenue samedi. Ils l'ont maintenu dans un bureau jusqu'à ce que la police l'interpelle, sans résistance. La victime est morte des suites de ses blessures, malgré les soins apportés par les secours.

Cet homme, père de deux enfants, était un "travailleur social expérimenté", selon les mots de son directeur Elias Philippe. Chef du pôle "asile" de la structure depuis six ans, il "savait gérer des situations délicates et difficiles". Les premières constatations médicales "ont laissé apparaître 13 plaies sur le corps de la victime, principalement au niveau du thorax", a indiqué Cécile Gensac. Le couteau utilisé lors de l'agression a été retrouvé sur place.

L'agresseur présumé a reconnu les faits

Interpellé rapidement à la suite de l'agression, sans opposer de résistance, l'auteur présumé des coups de couteau a été placé en garde à vue pour "assassinat" et a reconnu les faits. Selon les déclarations de la procureur de la République de Pau, il s'agit d'un "homme de nationalité soudanaise âgé de 38 ans, suivi par le centre d'accueil il y a quelques années mais qui n'était plus logé par une de leurs structures." 

L'homme a fait l'objet d'une première expertise psychiatrique, qui "n'a mis en évidence aucune pathologie". Il sera déféré dimanche devant un juge d'instruction, en vue d'une mise en examen pour assassinat et d'un placement en détention provisoire.

Une agression liée au refus de sa demande d'asile

Aucun fait n'a permis de relier l'agression à une quelconque revendication politique ou idéologique. "Les éléments recueillis permettent d'écarter toute intention terroriste", a précisé Cécile Gensac. Elle a également ajouté que le suspect n'était "ni signalé ni fiché dans le cadre de la radicalisation violente".

Présent sur le territoire français depuis 2015, cet homme de 38 ans résidait en France au titre de la protection subsidiaire internationale, sur décision de la Cour nationale du droit d'asile, la justice administrative. Ce Soudanais, voué à une expulsion prochaine, n'avait plus d'autorisation de séjour depuis novembre dernier, en raison de plusieurs condamnations pour violences, envers d'autres personnes hébergées par le Cada. A ce titre, il avait passé 18 mois en prison entre 2017 et 2018. Il avait été convoqué par l'Ofpra pour "la suppression de son statut de protection suite aux condamnations pénales", a détaillé la procureure. Il ne s'est pas rendu à ces convocations, la dernière datant de décembre. 

Selon la procureure Cécile Gensac, "il nourrit des reproches à l'encontre de la structure, suite à la déshérence qu'il connaît depuis sa sortie de prison, considérant que sa situation n'a pas été bien traitée". Vendredi, il s'était rendu au centre Isard-Cos de Pau pour "obtenir de la structure et donc de la victime un papier [...] afin de permettre son maintien sur le territoire national" et éviter de retourner au Soudan où "les guerres locales" l'avait poussé à partir en Europe. L'agresseur présumé était déjà venu "trois fois dans la semaine en cours" dans le centre.

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