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"On n'est pas des militants, on agit en citoyens français" : un journaliste venu en aide à des migrants témoigne

À la manière de Cédric Herrou, le journaliste Raphaël Krafft a aidé deux Soudanais à passer la frontière italienne. Il raconte cette expérience dans un livre, "Passeur". 

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Radio France
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Des migrants attendent à Vintimille, à la frontière franco-italienne, en juin 2015. (ERIC VINCETTE / AFP)

Raphaël Krafft a aidé des migrants. Ce journaliste indépendant fait le récit de cette expérience dans un livre, Passeur. Il a traversé le Mercantour (Alpes-Maritimes) avec deux Soudanais pour les faire passer d'Italie en France. Sur franceinfo, vendredi 10 février, Raphaël Krafft explique son geste, similaire à celui de Cédric Herrou, condamné à 3 000 euros avec sursis pour avoir aidé des migrants.

franceinfo : Diriez-vous, comme Cédric Herrou, que nous n'avons pas le droit d'être spectateur devant ces réfugiés ?

Raphaël Krafft : Je ne dirais pas ça, non. Il se trouve que j'habite dans le 18e arrondissement de Paris, à 300 mètres du camp d'accueil de migrants de la Porte de la Chapelle. J'ai été, très souvent, confronté à ces personnes-là qui arrivaient de zones en conflit. On se retrouve face à notre conscience à ce moment-là. Qu'est-ce qu'on fait ? On les loge, on les nourrit ? Au début, on compte sur les pouvoirs publics mais force est de constater que tout n'est pas fait pour assurer la diginité de ces personnes.

Quand on vous lit, on a l'impression que vous aidé ces deux jeunes Soudanais parce que vous avez honte...

Je ne sais pas trop. Ces Soudanais voulaient demander l'asile en France. L'un deux a quitté le Darfour, alors qu'il travaillait dans une association humanitaire, parce qu'il était menacé d'enrôlement dans les milices du pouvoir à Khartoum. Il a appris la Révolution française à l'école, il a appris les droits de l'homme, il a fréquenté des Français dans des ONG, et son rêve c'est d'aller en France. Il arrive à la frontière, demande l'asile au policier qui l'arrête, qui fait mine de ne pas le comprendre et le refoule deux fois. 

Face à cette situation, j'avais envie d'écourter son calvaire et de l'emmener en France.

Raphaël Krafft

à franceinfo

Des gens comme ça, il y en a plein dans les régions montagnardes de l'Italie ?

Oui, et je crois que les discours colportés par les responsables politiques sont faux. On n'est pas des militants, on agit en citoyens français, comme Cédric Herrou. On veut réagir de façon conforme aux valeurs du pays. 30 000 personnes ont été refoulées en 2016 dans la région des Alpes-Maritimes. Cette frontière est fermée mais ces gens passent de toute façon. Ils sont refoulés plusieurs fois mais ils parviennent, au final, à passer. Dès que l'on met des murs, il y a des réseaux de mafieux, des réseaux de passeurs, et on fait prendre des risques aux réfugiés. C'est un calvaire.

Comment vont vos deux protégés, ceux que vous avez réussi à faire passer en France ?

Ils ont obtenu la protection de la France. L'un a le statut de réfugié, l'autre, la protection subsidiaire. Cela montre bien le ridicule de cette situation. Ces deux personnes, qui ont besoin de la protection de la France, on leur dit non à la frontière ! Mais lorsqu'elles parviennent en France, elles présentent leur dossier à l'Ofpra [Office français pour les réfugiés et les apatrides] et on leur dit oui. On constate qu'effectivement ces personnes ont besoin de protection.

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