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"Nous ne pouvons plus assumer tous ces migrants" : en Grèce, la colère des habitants de Lesbos se tourne vers l'Europe

Depuis une semaine, les habitants manifestent leur refus d'accueillir plus de migrants. Des affrontements ont eu lieu avec la police alors que les autorités prévoient d'ouvrir un nouveau centre d'accueil. Près de 20 000 migrants sont déjà hébergés sur l'île.

Article rédigé par
Marie-Pierre Vérot, édité par Ariane Schwab - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 1 min.
Des Lesbiotes interdisent à des migrants de débarquer sur leur île, le 1er mars 2020. (ARIS MESSINIS / AFP)

Matamados, un petit village de moins de 1 000 âmes, à quelque 40 kilomètres de Mytilène la capitale, sur des hauteurs surplombant la mer Égée. C'est là que le gouvernement veut construire un centre fermé pour 20 000 migrants. La semaine dernière, les habitants se sont mobilisés sur les terres réquisitionnées où avaient débuté les travaux de construction et ont affronté la police anti-émeutes envoyée pour sécuriser le chantier. "La semaine dernière a été la pire vécue ici, raconte Athena. On avait l'impression d'être en guerre."

"L'Europe n'a rien fait"

"On essayait de protéger nos terres, plaide Athena. Finalement, la police est partie, mais on a juste gagné une bataille. Pas la guerre. On est prêts à continuer à protéger nos gens et nos terres." Les habitants de Lesbos, comme Nikos, se sentent abandonnés. "Je pense que ce n'est pas seulement un problème grec, c'est un problème européen, dit Nikos. L'Europe n'a rien fait."

Depuis que les frontières ont été fermées, nous avons dû supporter cette masse de gens, seuls. Nous avons montré notre solidarité envers eux. Mais l'Europe n'a pas fait de même avec nous. Nous ne pouvons plus assumer tous ces migrants. C'est assez. Nous n'en pouvons plus.

Nikos, un Lesbiote

à franceinfo

Ce sentiment d'abandon par la communauté internationale nourrit toutes les haines contre le gouvernement, contre les ONG et contre les journalistes étrangers. De plus en plus d'habitants de Lesbos ont entrepris, comme ils le disent, de "nettoyer" leur île.

Dimanche soir, certains d'entre eux ont mis le feu à un centre d'accueil inoccupé de migrants près de la plage de Skala Sikamineas, craignant des arrivées supplémentaires. Et des incidents ont éclaté lundi au centre d'hébergement de Moria entre les migrants et la police. Les quelque 20 000 demandeurs d'asile qui y sont hébergés venaient d'apprendre que la Grèce interrompt tout processus d'enregistrement. Au large, un petit garçon est mort dans le naufrage d'une embarcation de fortune chargée d'une cinquantaine de migrants. Selon un responsable, "entre dimanche matin et lundi matin environ 1 300 personnes au total" ont débarqué sur les îles de Lesbos, Chios, Leros, Kos et Samos, les cinq îles égéennes où se trouvent les centres d'accueil et d'enregistrement des demandeurs d'asile.

Les migrants ne sont plus les bienvenus à Lesbos. Reportage à Matamados, au nord de l'île, de Marie-Pierre Vérot.
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